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Economie verte : les emplois verts font toujours débat

16.02.2013, source : Les Echos.fr

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Deux études constatent une progression des intentions d’embauche des secteurs verts. Toujours sur des marchés subventionnés.

Le coup de frein attendu sur les emplois verts en 2012 n’a pas eu lieu. Selon l’étude publiée la semaine dernière par Trendeo, les entreprises ont annoncé la création de 9.000 emplois verts en 2012. Il ne s’agit pas de créations immédiates mais d’intentions d’embauche que Trendeo vérifie les années suivantes. Le record de 2009 est dépassé (5.500 créations d’emploi).

Trois secteurs des énergies renouvelables ont créé un appel d’air. Les deux gros appels d’offres éoliens en mer lancés par l’Etat pourraient déboucher sur 7.500 embauches. « Les années précédentes, c’est le solaire qui tirait l’emploi vert. L’éolien prend le relais », juge David Cousquer, gérant de Trendeo. Le développement des centrales de méthanisation en France se confirme par un millier d’emplois annoncés dans ce secteur. Dans une moindre mesure, la géothermie créerait aussi une centaine de nouveaux emplois. En revanche, la production de biocarburant reflue avec 6 emplois en moins l’an dernier. Fort de ces chiffres, Trendeo estime que, en trois ans, l’économie verte aurait créé 24.000 emplois, soit la moitié des emplois détruits dans l’automobile.

Emplois subventionnés

Une étude de la CGPME et le cabinet de recrutement spécialisé Orientation Durable ont fourni au début de l’année un autre angle de vue sur le marché de ces emplois. Il s’agit d’une photographie des annonces d’emplois verts le même jour de l’automne 2012 sur 150 sites internet. Ces 2.219 offres sont 75 % plus nombreuses que lors du premier pointage il y a un an. Les 800 offres du secteur des énergies renouvelables confirment ses difficultés du moment. Ce sont essentiellement des emplois de commerciaux peu rémunérés en fixe. « Les sociétés doivent se battre pour trouver de nouveaux projets », estime Jean-Philippe Teboul, directeur associé du cabinet. A contrario, les entreprises croient à un développement plus sûr du marché de l’efficacité énergétique puisque ses entreprises embauchent des profils de plus haut niveau : « Elles anticipent un marché d’ici deux à cinq ans », traduit Jean-Philippe Teboul.

Ces deux constats de dynamisme contredisent l’essoufflement qui avait été prévu début 2012 par l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Entre 2009 et 2012, l’agence mesurait une croissance de 2,9 % pour atteindre un total de 310.000 emplois. Contre une croissance entre 2006 et 2009, de 9,4 % en moyenne des effectifs dans le sillage du Grenelle de l’environnement. Allant encore plus loin, les différents syndicats des énergies renouvelables prétendent même que des milliers de postes ont été détruits ces deux dernières années. Les études sur le marché de l’emploi vert se suivent et ne se ressemblent pas, essentiellement car son périmètre est large et flou. En annonçant fin 2012 son objectif de créer 100.000 emplois d’ici à trois ans, la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, a ravivé le débat. Car une majorité des éco-activités sont portées par la réglementation ou des subventions. Ce qui a fait dire dans nos colonnes à Nicolas Lecaussin, directeur de l’Institut de recherches économiques et fiscales, qu’ « un emploi vert coûte 400.000 euros par an à la France contre 55.000 euros dans le privé ». David Cousquer partage cette analyse : « ces emplois sont portés par des décisions publiques, le secteur n’arrive pas à sortir de cette logique, à part dans le recyclage et la méthanisation. »

Autre imperfection du marché, le cabinet Orientation durable, qui place une petite dizaine de cadres par mois, continue de constater le grand décalage entre l’offre et la demande. « Beaucoup de cadres cherchent à se reconvertir dans l’environnement, c’est une catastrophe, car les entreprises ou les ONG n’ont pas besoin de profils généralistes, elles peinent à trouver les doubles compétences qu’elles cherchent », prévient Jean-Philippe Teboul.

Matthieu QUIRET, Les Echos, 13/02/2013

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