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Economie verte : le petit éolien se cherche un marché

14.05.2011, source : Les Echos.fr

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Le petit éolien sortirait-il de l'anonymat ? La chaîne de magasins Botanic, spécialisée dans le jardinage écologique, a décidé de promouvoir dans son magasin de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) les petites génératrices innovantes de 1,5 à 3,5 kW. Perchées à 9 mètres de haut, elles suffisent, selon son constructeur, le français Nheolis, à alimenter une habitation plus ou moins importante. « Nous voulons tester le marché, comprendre l'attente des clients et éventuellement travailler avec Nheolis pour adapter le produit aux besoins des particuliers. Nous percevons un grand intérêt auprès de nos clients, qui posent beaucoup de questions », explique Laurent Combaz, responsable des activités énergie chez Botanic. Le distributeur espère ainsi répliquer la démarche lancée dans le domaine du photovoltaïque. Avec son partenaire Watt & Home, Botanic a développé une ligne de générateurs solaires autonomes pour le jardin, vendue dans une dizaine de ses 50 magasins.


Manque de compétitivité

Reste que l'offre souffre du même manque de compétitivité que le reste de la filière. La plus petite machine et son installation impliquent un investissement de 17 000 euros environ, avec un point mort au minimum de plus de douze ans, contre de six à sept ans dans le solaire. En dehors de quelques zones de développement éolien (ZDE) définie par l'administration, le petit éolien ne bénéficie pas d'un tarif d'achat avantageux par EDF. Dans les ZDE, le tarif de 8,2 centimes d'euro le kilowattheure est inadapté au petit éolien. « Les premiers clients seront des militants qui autoconsommeront leur production », reconnaît Laurent Combaz. Botanic ne réalise que 1 % de son chiffre d'affaires dans les énergies renouvelables, mais compte atteindre 5 % dans quatre-cinq ans. « Nous faisons le pari que l'offre éolienne va évoluer. Dans trois ans, le point mort devrait se réduire à sept-huit ans », prédit Laurent Combaz.


En attendant, la filière peine à décoller, au grand dam de la quinzaine de constructeurs français, comme Vergnet ou Eoltec, des installateurs et des petits laboratoires spécialisés. L'Association française des professionnels du petit éolien (Afppe) évalue la taille du secteur à plus de 600 personnes et revendique 2 000 machines installées en France, soit 5 MW. Ce parc doit beaucoup aux subventions de certaines régions et aux commandes de quelques entreprises désirant afficher leur intérêt pour les énergies renouvelables. Certaines machines baptisées « éoliennes totems » servent plutôt de moyen de communication que de sources d'énergie, une situation contre-productive pour le syndicat.


L'Afppe déplore également de nombreuses contre-références dues à des vendeurs incompétents ou au cadre administratif inadapté. Rhônalpénergie-Environnement supporte de 20 à 30 % de l'investissement, sur dossier et avec l'aide de la région. D'après Emmanuel Jeanjean, son responsable, une petite dizaine de projets ont vu le jour, mais seules les éoliennes installées à plus de 18 mètres de haut ont atteint les prédictions de production. Or ces conditions dépassent la hauteur de 12 mètres à partir de laquelle il est nécessaire de décrocher un permis de construire, épreuve rédhibitoire pour beaucoup de particuliers.


Dans le même temps, plusieurs pays ont créé des tarifs plus attractifs (plus de 30 centimes d'euro le kilowattheure), comme en Italie. Aux Etats-Unis, des milliers de machines seraient actuellement vendues. La filière française mise donc sur une évolution du cadre réglementaire français pour se développer.


MATTHIEU QUIRET, Les Echos, le 11.05.2011

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