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Economie verte : ce qui a changé en vingt ans

24.06.2012, source : Les Echos.fr

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L’économie verte devait être la solution au désordre de la planète. Elle est devenue la pomme de discorde du sommet de la Terre, qui se tient cette semaine au Brésil. Quarante ans après le premier sommet du genre, vingt ans après celui de Rio, le verdissement de l’économie est bien en marche mais la direction et la vitesse de la foulée divisent les experts et la société civile.

Car à Rio, c’est un visage bien sombre de la planète que les scientifiques dessinent. En vingt ans, la dégradation des écosystèmes terrestres s’est accélérée, 80 % des stocks de poissons commerciaux sont, par exemple, surexploités laissant entrevoir un épuisement des espèces comestibles d’ici à 2050. Sols dégradés, eaux de plus en plus polluées, atmosphère dopée au CO2..., la situation ne s’améliore pas, elle empire.

L’économie a intégré certains de ces signaux. Réglementations et marchés ont poussé les entreprises vers une utilisation plus rationnelle des ressources : le fameux découplage entre PIB et matière première est amorcé. Dans quelques pays en pointe, comme l’Allemagne, l’activité économique liée à la préservation de l’environnement pèse de 2 à 3 % des emplois. Une part croissante des marchés est également en train de verdir. Le tourisme, par exemple, connaît des croissances de 20 % dans ses niches écologiques. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la moitié des centrales électriques installées dans le monde en 2008 et 2009 exploitent des sources renouvelables.

Aucun de ces chiffres ne fait pourtant d’ombre à l’économie traditionnelle. Si l’on prend la part des brevets verts mesurée par l’OCDE, elle atteint au mieux 1 %. Pas de quoi insuffler cette économie verte poussée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), capable d’ « entraîner une croissance du revenu et de l’emploi grâce à des investissements publics et privés qui ciblent une réduction des émissions de carbone et de la pollution, une amélioration de l’efficacité énergétique et de la gestion des ressources naturelles, et une réduction de la perte de la biodiversité ».

Les experts du PNUE ont modélisé l’effort pour y parvenir : investir 2 % du PIB mondial dans le verdissement de 10 secteurs cruciaux de l’économie par la réorientation des capitaux publics et privés. C’est-à-dire le dixième de l’investissement total mondial. A un horizon de dix ans, la croissance dépasserait alors celle d’un développement « brun » tout en permettant de reconstituer le stock de ressources naturelles et de limiter la concentration atmosphérique en CO2 à la limite des 450 parties par million (soit 2 ° C de réchauffement planétaire).


Mauvaise allocation

Pour ces économistes, la cible principale est la mauvaise allocation des financements en faveur d’une accumulation rapide de capital au prix d’une dégradation des ressources naturelles. Parmi les acteurs de la société civile réunis à Rio, un chiffre revient sans cesse : les subventions en faveur des énergies fossiles atteignent 1.000 milliards de dollars, autant de perdu pour le développement des énergies propres. Le même constat peut s’appliquer à l’agriculture intensive par exemple.


Reste que les modèles mathématiques ne suffisent pas à convaincre la société civile. Comme le déclare une militante présente à Rio : « L’économie verte peut servir à justifier le nucléaire ou de grands barrages qui déplacent les populations autochtones. » Dans son apologie de l’économie verte, le WBCSD (World Business Council for Sustainable Development), qui réunit 200 des plus grandes multinationales, promeut sans fard les OGM. Autant de malentendus que cette nouvelle économie devra balayer pour rayonner.


Matthieu QUIRET, Les Echos, le 20/06/2012

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