Les secteurs

E-commerce : des chaînes logistiques réinventées pour suivre l'essor des ventes en ligne

30.10.2011, source : Les Echos.fr

imprimer

Derrière les pages des sites de vente en ligne, il a fallu complètement repenser les chaînes d’approvisionnement et de distribution.

L’Internet a réinventé le commerce. L’e-commerce a réinventé la logistique. On comprend qu’envoyer un camion de palettes vers une boutique est plus simple que préparer et expédier 500 petits colis à autant d’adresses différentes. Avec le commerce en ligne, la logistique vit donc une de ses révolutions.

Cette nouvelle logistique, à part, plus complexe et coûteuse, « implique une préparation de commandes très fine, au niveau du produit », souligne Eric Hemar, PDG d’ID Logistics, un prestataire qui accompagne les grands de la distribution dans leur mutation vers l’e-commerce. De surcroît, jusqu’à une période récente, les volumes de commandes en ligne restaient à peu près imprévisibles, impliquant une flexibilité acrobatique des approvisionnements et des stocks. Cette contrainte s’atténue, car les grands e-commerçants maîtrisent mieux leurs prévisions. Mais, en bout de chaîne, les exigences des particuliers restent implacables. « Un client qui refuse un colis engendre un retour et dégrade l’image du commerçant. Les taux de préparation et d’erreur doivent être quasi parfaits. »

L’entrepôt, à la charnière des flux amont et aval, est un maillon clef de fidélisation : « Il faut y préparer les bons produits dans la bonne quantité pour les livrer à la bonne personne dans l’emballage adapté à la taille et au produit », résume Frédéric Mancion, président de Savoye, industriel automatisant les entrepôts.


Plusieurs types de logistique

Pour lui, « c’est un abus de langage de parler de "la" logistique de l’e-commerce, car il y en a plusieurs ». De fait, à côté des historiques de la VAD, déjà un peu rodés, il faut distinguer, chez les « pure players », deux modèles, celui des boutiques en ligne (type Cdiscount, Pixmania,...) et celui des ventes flash (Vente-privee...). S’y ajoutent les distributeurs classiques qui ont intégré le Web comme canal de distribution supplémentaire. Ils se divisent eux-mêmes en vendeurs avec livraison à domicile (type Telemarket) adaptés à la grande densité urbaine et les vendeurs avec retrait en magasin ou en entrepôt ( « drive »), mieux adaptés à la périphérie urbaine et au monde rural.


Chacune de ces familles a son organisation et sa logistique propres. Les « pure players » non alimentaires (parfois plus de 1 million de références) doivent faire face à des commandes fractionnées et à beaucoup de petits colis à composer et emballer. Ces opérations se font avec des préparateurs faisant leur marché dans les entrepôts et se déplaçant vers la marchandise. Lorsque les commandes dépassent 10.000 par jour, il faut éviter qu’il y ait trop de personnes dans tous les sens et équiper l’entrepôt de convoyeurs organisant les flux et amenant les marchandises aux préparateurs, le système « good to man ». Dans les entrepôts de ventes flash, qui ne gèrent que quelques dizaines de références mais en très grandes quantités, l’automatisation est plus facile et poussée.

Quant à la logistique du « drive » (le client commande à 14 heures et prend livraison à 18 heures), elle oblige à gérer des pics avec beaucoup de temps partiels et un stockage intermédiaire des lots préparés. L’automatisation y est difficile, mais l’informatique essentielle.

Souvent, les e-commerçants qui se lancent créent leur propre logistique dans leur garage. Au-delà de plusieurs centaines de commandes par jour, la gestion familiale n’est plus tenable, mais les volumes insuffisants pour investir. Ils doivent donc externaliser auprès de prestataires spécialisés qui mutualisent plusieurs acteurs. Au-delà de plusieurs dizaines de milliers de colis, la réinternalisation des stocks et de la préparation de commandes est souvent choisie.

A la sortie de l’entrepôt suit un autre casse-tête, celui de la distribution finale, la plupart du temps sous-traitée. La Poste-ColiPoste domine largement la relation en « B to C », à hauteur de 60 %. Son offre So Colissimo est maintenant intégrée pour les e-commerçants (à domicile, sur rendez-vous, au bureau de poste ou chez un commerçant). Les autres acteurs sont les expressistes, les messageries, les « points relais »,... Une complexité qui a favorisé l’émergence d’acteurs d’ « e-shipping » : Parcel2Go, Interparcel, Parcel Monkey en Grande-Bretagne, Freightquote, iShip.com, ShipGooder aux Etats-Unis, Envoimoinscher, Envoi2colis en France. Ils commercialisent des offres négociées auprès des transporteurs. Envoimoinscher, par exemple cible les sites expédiant jusqu’à 300 colis par jour. Au-delà, les sites négocient directement avec les transporteurs.


Olivier NOYER, Les Echos, 25/10/2011

Dernières actualités