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Distribution spécialisée : Boulanger prêt à reprendre les magasins Saturn en France

04.11.2010, source : Les Echos.fr

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HTM Group, le holding de la chaîne de magasins d'électrodomestique du groupe Mulliez, est en négociation avec le géant allemand Metro pour l'acquisition des 34 magasins français de sa filiale Media-Saturn, numéro un européen du secteur.


Vendredi prochain, les membres du comité central d'entreprise (CCE) de Boulanger, la chaîne de magasins d'électrodomestique du groupe familial Mulliez (Auchan, Leroy-Merlin, Decathlon, etc.), seront réunis dans le cadre de l'ouverture d'un processus d' « information-consultation » sur un projet d'acquisition des magasins Saturn et Planet Saturn en France.


Autant dire que, sans présager de l'avis que rendront les élus du CCE, les discussions entre Metro, propriétaire de Media-Saturn, et HTM Group, la société holding qui chapeaute Boulanger (de même que sa variante discount Electro Dépôt), sont sans doute plus avancées que ne le laissait entendre, en fin de semaine dernière, le géant allemand de la distribution.


Dans un communiqué publié vendredi, le groupe de Düsseldorf annonçait, en effet, avoir entrepris une revue des options stratégiques pour l'avenir des 34 magasins français de sa filiale, numéro un européen de la distribution d'appareils d'électronique grand public et d'électroménager. Dans ce cadre, Metro précisait que « des discussions ont été engagées avec HTM Group comme un potentiel investisseur », tout en ajoutant qu' « à ce stade, l'issue de ces réflexions est totalement ouverte ».


Au-delà des précautions de langage, qui font même envisager à Metro « un partenariat stratégique », voire « une nouvelle stratégie de croissance », il semble bel et bien que, sous réserve de lever toutes les hypothèques, tant sur un plan social qu'au regard des Autorités de la concurrence, l'accord entre Metro et HTM Group devrait aboutir prochainement.


De fait, malgré sa puissance d'achat, Media-Saturn n'aura jamais su s'imposer en France (le troisième marché européen), où sa présence remonte déjà à plus de dix ans.


Concurrence des hypers

« Quand ils sont arrivés, les Allemands pensaient tout balayer sur leur passage et très vite atteindre les 20 % de parts de marché. Mais ils avaient oublié deux choses », analyse un expert du secteur qui a souhaité conserver l'anonymat. La première, c'est la particularité du marché français, où les hypermarchés détenaient encore au début des années 2000 quelque 30 % du marché de l'électrodomestique (TV-hi-fi-vidéo-son, PC, électroménager, etc.) précisément sur le segment dit du « mass merchant » -consommation de masse -sur lequel Media-Saturn a bâti sa fortune en Allemagne puis ailleurs en Europe. Et s'ils ont perdu depuis du terrain, ils restent des acteurs puissants. La deuxième tient au fait que Media-Saturn est arrivé dans l'Hexagone sur un marché mature où les grandes surfaces spécialisées (Darty, FNAC, Boulanger, etc.) ont trusté les meilleurs emplacements commerciaux. D'où les difficultés de l'enseigne Saturn à s'imposer malgré une communication originale et agressive.


Sans compter, un troisième facteur, l'alliance objective -qui n'a cependant jamais fait l'objet d'une plainte -entre les grands industriels du secteur et les grands distributeurs pour compliquer la tâche de Media-Saturn. Ce que confirme, également sous couvert d'anonymat, un cadre du distributeur allemand : « Nous n'avons jamais obtenu les conditions d'achat de Darty ou de la FNAC, pas plus que leur niveau de services. Ainsi, quand Samsung a lancé ses téléviseurs 3D, nous avons été livrés dix jours après tout le monde. »


En ouvrant en fanfare, l'an dernier, le plus grand magasin français d'électrodomestique au centre commercial de Rosny 2, près de Paris, Saturn voulait affirmer sa volonté de repartir à la conquête du marché français. Las, « nous avions plusieurs projets qui nous ont valu des réponses négatives des bailleurs », regrette ce même cadre.


Media-Saturn s'apprête donc à jeter l'éponge et Boulanger à faire une bonne affaire. En perte, l'activité serait valorisée entre 10 % et 15 % de son chiffre d'affaires, estimé aux alentours de 500 millions d'euros. Une paille pour l'empire Mulliez, d'autant que cela permettrait à l'enseigne de s'approcher de la barre des 150 magasins au-dessus de laquelle son patron, Francis Cordelette, estimait, dans un entretien au site lavoixeco.com, qu'elle serait « vraiment forte ».

Antoine Boudet, Les Echos, 02.11.2010
 

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