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Distribution spécialisée : Biocoop a fait redémarrer le moteur de sa croissance

18.07.2012, source : Les Echos.fr

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Le réseau coopératif de magasins bio a enregistré en 2011 10 % de croissance, après un creux à 2,1 % en 2010. Ses dirigeants ambitionnent désormais d’atteindre la barre des 500 magasins à terme.

Bio et coopératif : le réseau de magasins Biocoop cumule deux des caractéristiques qui rencontrent le plus de succès dans le monde de la distribution en cette période de crise. Alors que, en 2011, le marché français des produits de grande consommation (produits alimentaires et produits d’entretien, etc.) n’a progressé que de 3 % environ, celui des produits bio a bondi de 10 % , à 4 milliards d’euros. Parallèlement, alors que les distributeurs intégrés comme Carrefour et Auchan sont à la peine, les groupements coopératifs comme Leclerc, Intermarché ou Système U, n’arrêtent pas de gagner des parts de marché. A partir de là, il ne paraît pas étonnant que Biocoop ait enregistré en 2011 une croissance forte de plus de 10 %  et que les dirigeants de la structure créée en 1986 aient annoncé il y a quelques jours qu’ils ambitionnaient de passer le nombre des points de vente rattachés à leur enseigne de 325 à 500 en quelques années.

Pourtant, l’organisation militante qui compte comme sociétaires et administrateurs aussi bien des magasins indépendants que des groupements agricoles bio ainsi que des salariés et des consommateurs, n’a pas été épargnée par la crise financière de 2008 qui a touché des produits souvent plus chers que leurs équivalents non bio : de 30 % en 2008, la croissance des ventes de Biocoop SA Coop, la structure de tête centrale d’achats et plate-forme logistique, est passée de 14,7 % en 2009 et à 2,1 % en 2010. « Pour enrayer cette baisse, nous avons pris des mesures drastiques, notamment d’optimisation de la logistique », explique Gilles Piquet-Pellorce, le directeur général. Solidaires et appliquant de longue date une échelle des salaires de 1 à 5, les structures Biocoop sont gérées au cordeau, les magasins Biocoop ne dégageant que 1,2 % de rentabilité nette et la coopérative centrale... 0,57 %  !

Pour les membres, le retour de la croissance n’est pas une fin en soi, mais permet d’affirmer les convictions maison. « Nous voulons être influents dans le type de bio que l’on veut voir développer », indique son président Claude Gruffat.

Tout est dit. Alors que les supers et hypermarchés dominent le secteur avec 45 % des ventes en 2010 selon une estimation de l’Agence Bio, alors que les groupes qui exploitent ces grandes surfaces développent ou testent des concepts spécialisés (Naturalia pour Monoprix, Coeur de Nature pour Auchan), les membres de Biocoop défendent un bio pur et dur qu’ils appellent d’ailleurs « la » bio. Les contraintes qu’ils s’imposent sont strictes. Outre les filières agricoles qu’ils organisent en garantissant aux exploitants prix et volumes sur la durée (sur le million d’hectares dédiés au bio en France, 95.000 sont dévolus à l’enseigne) et le refus des OGM, ils luttent pêle-mêle contre le transport par avion (quitte à subir une pénurie de sucre) ou la vente des fruits et légumes (ou de fromages) hors leur saison de production.

Le moteur de la croissance ayant rédémarré, Biocoop entend aujourd’hui se diversifier dans la restauration collective. Sa filiale dédiée ne réalise que 3 millions d’euros de chiffre d’affaires auprès de 1.000 clients, mais veut répondre cette année à plusieurs appels d’offres. Autre activité nouvelle : Défi Bio, une société d’investissement doté de 2 millions qui peut cautionner ou financer des actions de développement de ses partenaires. Là encore, une forme de prosélytisme.


Philippe BERTRAND, Les Echos, le 17/07/2012

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