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Distribution : numéro un des supermarchés au Brésil, Casino prend une dimension mondiale

26.06.2012, source : Les Echos.fr

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En prenant le contrôle du conseil de Grupo Pão de Acucar, le premier distributeur brésilien, l’entreprise stéphanoise et son patron, Jean-Charles Naouri, changent de dimension. Les pays émergents généreront désormais l’essentiel de l’activité et du résultat du groupe français.

Pour le groupe Casino et son propriétaire, Jean-Charles Naouri, le moment est symbolique. Même si celui que le « Wall Street Journal » appelle « le nouveau roi de la distribution au Brésil » n’entend pas céder au triomphalisme.

Le 22 juin 2012 à São Paulo, l’ancien directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy et artisan de la déréglementation des marchés financiers va prendre le contrôle de Grupo Pão de Açucar, le leader de la distribution au Brésil, avec 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires (contre 12,4 milliards pour Carrefour Brésil). L’entreprise stéphanoise, dont il est devenu le maître en 1998, deviendra alors un véritable groupe international réalisant 60 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, le Brésil devenant plus gros que la France avec 41 % des ventes du groupe en 2012.

L’international contribuera également à hauteur de 68 % au résultat opérationnel courant de Casino, contre seulement 31 % pour l’Hexagone. Casino sera alors moins dépendant des marchés européens matures, voire en déclin sur le plan de la consommation, et définitivement ancré dans un pays émergent qui recèle encore un grand potentiel de développement. Avec, en appui, d’autres plates-formes aussi prometteuses en Colombie et en Thaïlande.

Pour ce faire, Jean-Charles Naouri applique les dernières clauses des accords qu’il a signés en 2005 avec Abilio Diniz, l’actionnaire familial de Pão de Açucar. Le chantre du « commerce de précision », surdiplômé précoce et considéré par beaucoup comme un génie de la finance, va nommer trois nouveaux administrateurs, tous brésiliens (un banquier, un homme d’affaires et un diplomate) et avec huit membres dans sa main aura la majorité au conseil du groupe brésilien.

Dans un deuxième temps, d’ici au 22 août, c’est le verrou capitalistique qui se refermera. Soit Abilio Diniz vend, au prix préétabli de 10 millions de dollars, 2,4 % du capital de Wilkes, le holding de tête de l’affaire dont il partage aujourd’hui les droits de vote à parité avec le Français, soit Jean-Charles Naouri exerce une option d’achat d’une action de Wilkes au prix symbolique de 1 real. Abilio Diniz sera d’autant plus enclin à faire jouer son option de vente que celle-ci déclenchera un autre « put », pour la vente en 2014 de 31 % de Wilkes, soit 7,8 % de Pao de Acucar.


Poulies bretonnes

En débouclant cette opération, Jean-Charles Naouri arrivera au bout de sa stratégie qui - un peu à l’instar des « poulies bretonnes » imaginées par Antoine Bernheim pour Vincent Bolloré -consiste à entrer dans des groupes familiaux à un moment où les actionnaires ont besoin d’argent pour se développer - et survivre -, à profiter de la position de faiblesse de ses partenaires pour nouer des accords en vue d’une prise de contrôle différée, accords qui sont ensuite farouchement défendus par une batterie de juristes et d’avocats.


Car certains associés, comme Abilio Diniz, sont tentés, les périodes de crise passées, de s’asseoir sur les contrats afin de rester maîtres là où ils se considèrent encore chez eux. Ainsi, l’an passé, l’homme d’affaires brésilien, véritable icône médiatique dans son pays depuis son enlèvement en 1989 par des extrémistes de gauche, a tenté une improbable « opération Gama », qui consistait à fusionner avec Carrefour Brésil et devenir le premier actionnaire du groupe Carrefour, ce qui aurait dilué Jean-Charles Naouri. « C’est l’opinion publique brésilienne mue par la honte de voir le droit bafoué qui l’a sauvé », résume un proche.


Philippe BERTRAND, Les Echos, le 22/06/2012

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