Distribution : les supermarchés veulent ouvrir tout le dimanche en ville

15.10.2014, source : Les Echos.fr

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Les commerces alimentaires ne veulent plus se contenter de l’ouverture dominicale le matin dans les grandes villes.

On croyait le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche circonscrit à l’ameublement, au bricolage et aux grands magasins. Il n’en est rien. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a en effet l’intention de profiter de la discussion autour des grands thèmes du projet de loi pour l’ « activité » d’Emmanuel Macron, mercredi 15 octobre, au Conseil des ministres, pour réclamer une plus grande flexibilité pour les supermarchés de proximité des grandes villes.

Depuis 1906, les commerces alimentaires peuvent ouvrir leurs portes le dimanche matin (jusqu’à 13 heures aujourd’hui). Cette disposition semblait jusqu’à présent convenir aux Carrefour Market, City ou Express, ainsi qu’aux autres Franprix ou Monoprix. Et dans le sillage du récent rapport Bailly sur l’ouverture dominicale, l’on attendait de leur syndicat professionnel qu’il se contente d’assurer cette possibilité, en demandant au gouvernement la suppression de l’article du Code du travail autorisant les préfets à restreindre cette liberté en fonction du contexte local.
 

Mais, dans une note interne que « Les Echos » ont pu consulter, la FCD estime qu’ « une vraie réforme des règles d’ouverture des magasins est indispensable ». Pour la fédération professionnelle, « en l’absence d’une vraie analyse économique, le rapport Bailly propose un nouveau rafistolage au moins aussi complexe que la réglementation actuelle ».

Le simple redécoupage préconisé par le rapport Bailly des zones touristiques et des périmètres d’usage de consommation exceptionnel, les fameuses PUCES, dans lesquels l’ouverture dominicale est permise, ne suffit manifestement pas aux grands groupes de distribution qui composent la FCD (tous à l’exception de Leclerc et d’Intermarché). Pas plus que le passage de 5 à 12 ou 15 dérogations annuelles. Ils souhaitent que la loi autorise désormais l’ouverture dominicale toute la journée, de tous les supermarchés de moins de 1.000 mètres carrés dans les villes de plus de 50.000 habitants.

Les arguments avancés ne manquent pas : l’évolution du comportement des consommateurs, la raréfaction du temps libre la semaine - et même le samedi - et, surtout, le spectre du commerce électronique. L’arrivée annoncée d’Amazon Fresh en Europe (à Berlin d’abord) et la multiplication des offres de consignes, ambiantes ou réfrigérées, comme de livraison, sept jours sur sept, sont autant de menaces pour les enseignes en place. « Il ne faut pas voter une loi seulement pour les deux ou trois ans à venir, mais penser au long terme », explique Jacques Creyssel, délégué général de la FCD.

L’emploi, le vrai sujet

Reste que si les solutions de livraison et de consigne existent, l’e-commerce alimentaire se limite encore en France au drive : le client va chercher en voiture sa commande en magasin, le plus souvent en province. Les Carrefour et Casino se sont néanmoins montrés les premiers intéressés par l’équipement de leurs points de vente en casiers, notamment les Abricolis du polonais InPost. « Des dizaines de magasins français vont s’équiper de casiers de retrait de commande », écrivait le magazine spécialisé « LSA » en juin.

Pour Gérard Dorey, directeur exécutif de la proximité chez Carrefour, le vrai sujet est celui de l’emploi : « Le dimanche, le panier moyen est supérieur de 25 % à celui de la semaine. Et il n’y a pas vraiment de report sur les autres jours. Nos franchisés emploient des volontaires ou des étudiants, essentiellement en caisse. L’e-commerce est complémentaire, mais nous devons pouvoir nous développer d’égal à égal. C’est important pour la préservation de l’emploi. »

Philippe Bertrand, Les Echos, le 14/10/2014

 

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