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Distribution : les enseignes se rebellent contre les centres commerciaux

26.01.2014, source : Les Echos.fr

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Les boutiques situées en centres commerciaux se plaignent du niveau des loyers et des charges. Elles attendent beaucoup du projet de loi Pinel.

Ce n’est pas le projet de loi le plus médiatique mais, le 28 janvier, Sylvia Pinel, la discrète ministre du Commerce, doit présenter à l’Assemblée un projet de loi du commerce visant à « garantir l’équilibre des relations entre bailleurs et commerçants », c’est-à-dire entre les enseignes et les propriétaires des murs de leurs magasins, notamment les centres commerciaux. Le texte prévoit, entre autres, la généralisation au centre ville de l’ILC, l’indice des loyers commerciaux, en lieu et place de l’ICC, l’indice des coûts de construction, qui épouse la volatilité des matières premières et la possibilité de lisser les hausses de loyer sur plusieurs années (la hausse annuelle ne devra pas dépasser les 10 % ).

Pour les enseignes, au-delà de mesures techniques sur la question, elle-même complexe, des baux commerciaux - domaine où le classique 3-6-9 est loin d’être la règle -, c’est l’occasion de monter au créneau pour protester contre l’inflation des loyers et des charges. Dans un communiqué commun, l’Alliance du commerce - pour les principales chaînes de vêtements (Zara, H&M, La Halle), de chaussures, les grands magasins (Printemps, Galeries Lafayette) comme les autres grandes enseignes du centre-ville (Monoprix, C&A) - et Procos, fédération rassemblant 260 enseignes (dont Darty, Decathlon, Conforama, la FNAC) appellent à « améliorer la situation des commerçants ».

Crise et concurrence de l’e-commerce

Sont en jeu les hausses de loyer, mais surtout celles des charges qui ont progressé de 20 % à 30 % depuis 2007. « Aujourd’hui, le loyer, les charges et les taxes afférentes à la surface de vente représentent 15 % du chiffre d’affaires et sont parfois supérieures aux frais de personnel des magasins, explique Claude Boulle, président exécutif de l’Union du centre-ville, l’une des trois composantes de l’Alliance du commerce. Alors que, sous l’effet de la crise, la fréquentation des centres commerciaux baisse, tout comme les ventes des magasins. » De fait, le Conseil national des centres commerciaux (CNCC) a reconnu que la fréquentation des « malls » avait diminué, pour la deuxième année d’affilée, de 1,7 % et le chiffre d’affaires global du secteur de 1,6 %.

De son côté, Procos a réalisé une enquête indiquant que, pour la première fois, les enseignes allaient peut-être, à l’avenir, ouvrir moins de points de vente qu’elles n’en fermeront. « Nous sommes à une période où chaque magasin d’une chaîne est considéré comme un centre de profit à part, résume Pascal Madry, directeur de Procos. L’époque où les enseignes conservaient des unités non rentables pour faire des économies d’échelle est révolue. » Conséquence : si la vacance globale des centres commerciaux demeure stable, à 5 %, celle des centres ouverts depuis 2000, notamment en centre-ville, s’accroît et peut aller jusqu’à 11 %, affirment les enseignes. Crise et concurrence de l’e-commerce oblige, les intérêts des enseignes et des promoteurs de centres commerciaux ne sont plus aussi alignés qu’autrefois.

Les commerçants ne veulent plus fermer les yeux sur les hausses de charges que les foncières comme Unibail ou Klépierre leur imposent de payer. « Nous ne voulons plus payer les gros travaux d’infrastructures qui incombent aux seuls propriétaires, déclare Claude Boulle. Nous souhaitons la transparence totale avec la publication de toutes les pièces justificatives sur un extranet, centre par centre. » « Dans l’immobilier commercial, où les projets de création de surfaces nouvelles sont encore nombreux, note un expert du secteur, il existe un phénomène de bulle. Pour éviter son explosion, les bailleurs doivent lâcher du lest. »

Philippe BERTRAND, Les Echos, 21/01/2014

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