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Distribution : les enseignes ajustent leurs effectifs à la crise

03.10.2012, source : Les Echos.fr

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Les patrons de la distribution française ont retenu les leçons de l’impact politique et médiatique déclenché par l’annonce de la fermeture de l’usine d’Aulnay par Peugeot. C’est la raison pour laquelle ils privilégient les départs volontaires, les ruptures conventionnelles, le dialogue social et... la discrétion pour procéder aux ajustements sociaux rendus nécessaires par la crise.

Mercredi, débutait à Templemars, près de Lille, un comité central d’entreprise extraordinaire de Castorama, convoqué à la demande des syndicats maison. Il devait s’étendre sur trois jours. A l’issue de la première séance, les représentants du personnel CFDT, CGT, FO, CFTC et CGC ont voté la procédure de droit d’alerte devant l’insuffisance des explications de la direction concernant les prévisions sur l’emploi. Ils attendaient notamment des réponses concernant un document interne de la direction, datant de janvier dernier, faisant craindre 1.167 suppressions de postes d’ici à 2014.

Jeudi, à Meaux, c’est le tribunal de grande instance qui jugeait « insuffisant » le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de Conforama prévoyant la suppression de 288 postes au sein de Saveo, sa branche de service après-vente (le groupe compte 9.179 employés). « Cette décision impose à l’employeur, s’il souhaite maintenir son projet de restructuration, de recommencer la procédure de consultation de toutes les instances », a précisé Maître Barbara Vrillac, avocat de l’intersyndicale CGT, CFDT, FO et CFE-CGC qui dénonçait « un plan social boursier, non conforme à la législation ».

« Dissimulation »

Ce sont, en fait, les propositions de reclassement qui devraient être revues. L’enseigne, rachetée en 2011 à PPR par le sud-africain Steinhoff, proposait la création de 70 postes dans la nouvelle configuration du SAV et 252 autres postes disponibles au sein de l’entreprise en France. Soit un total de 332 postes, supérieur au nombre des suppressions. Mais, regrettaient les syndicats, peu de reclassements étaient proposés dans la maison-mère Steinhoff.

Chez Castorama, les syndicats comptabilisent 491 CDI en moins depuis juin 2011 et en prévoient 226 autres d’ici à la fin de l’année, sur un effectif de 12.650 salariés à fin 2011. « Même si ce sont des départs non remplacés et qu’effectivement il n’y a pas de plan social, il y a une réelle stratégie de l’entreprise à utiliser des CDD comme variable d’ajustement en fonction des besoins économiques », estime Jean-Paul Gathier, délégué central FO, qui parle de « dissimulation ». Le CCE de Castorama a engagé une procédure pour délit d’entrave. Du côté de la direction, on affirme que le document incriminé n’est qu’ « un document de travail » et on souligne qu’avec l’ouverture de nouveaux magasins, les effectifs en équivalent temps plein diminueront certes de 14 unités en 2012 mais augmenteront de 50 en 2013.

Activité atone

De fait, dans la présentation de la direction que « Les Echos » ont pu consulter, il est bien question du « modèle économique de demain ». L’examen du ratio personnel/chiffre d’affaires permet d’imaginer en cas d’alignement sur les magasins les plus performants « un gain maxi de 1.167 équivalent temps plein ». Mais le document indique aussitôt que ce raisonnement purement mathématiques est « erroné » car ne tient pas compte de la spécificité de chaque magasin.

Toujours est-il que chez Castorama la question de l’adaptation des effectifs à une activité atone est posée. C’est aussi le cas chez Carrefour, à la FNAC, chez Darty ou chez Décathlon. Pour ce dernier, la CFDT estime que, en 2010 déjà, il a été perdu 600 équivalent temps plein sur un effectif de 13.000 personnes. Un porte-parole réaffirme, lui, qu’ « il n’y a pas de plan national de réduction d’effectifs », mais reconnaît « une nouvelle organisation des magasins » et des « ajustements »...


Philippe BERTRAND, Les Echos, 27/09/2012

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