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Distribution : le gouvernement indien « gèle » l'ouverture du marché

11.12.2011, source : Les Echos.fr

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Confronté à une levée de boucliers contre l’arrivée de distributeurs étrangers, Manmohan Singh repousse la réforme, faisant craindre une paralysie de l’action gouvernementale.

Les Carrefour, Wal-Mart et autres Tesco vont devoir attendre : les portes de la grande distribution en Inde, qui s’étaient ouvertes voici deux semaines, se sont refermées hier. Le gouvernement a annoncé que la mesure est désormais « suspendue », jusqu’à ce qu’un « consensus » se dégage en sa faveur.

Le Premier ministre Manmohan Singh avait pourtant présenté cette initiative comme une réforme clef - la première vraie réforme économique depuis sa victoire électorale au printemps 2009. En autorisant les groupes étrangers à créer des coentreprises contrôlées à 51 %  pour implanter des super et hypermarchés dans le pays, le gouvernement voulait moderniser un secteur actuellement dominé par les petites boutiques individuelles. L’arrivée de compétences et de capitaux étrangers devait, en outre, permettre la mise en place d’une infrastructure logistique moderne, entraîner une baisse des prix pour les consommateurs ainsi qu’une amélioration des revenus des agriculteurs du fait de l’élimination des nombreux intermédiaires.

Les petits commerçants se sont évidemment mobilisés contre le projet. Mais c’est le front commun entre l’opposition et les partis soutenant le gouvernement, agitant le spectre de millions de pertes d’emplois, qui a obligé Manmohan Singh à reculer. En paralysant intégralement le Parlement depuis l’annonce de la réforme, ces alliés de circonstance mettaient en péril tous les projets de loi du gouvernement, notamment un texte anticorruption très attendu par l’opinion publique


Consternation

Officiellement, le projet n’est pas abandonné. Mais les analystes politiques voient mal le gouvernement relancer le dossier à brève échéance, alors que se tiennent l’année prochaine des élections régionales importantes.


Dans les milieux d’affaires, c’est la consternation. Le président de l’organisation patronale Ficci a qualifié la décision de « profondément décevante et hautement régressive », le directeur général de sa rivale CII redoutant pour sa part « un impact profond sur le sentiment des investisseurs étrangers ».

Les professionnels veulent croire que tout n’est pas perdu. Ficci, suggère au gouvernement de sauver la réforme en renforçant les conditions prévues : autoriser les groupes étrangers à 49 % au lieu de 51 %, augmenter le minimum d’achats réservés aux PME indiennes... L’espoir demeure également que le passage à 100 % de capitaux étrangers dans la distribution monomarque, beaucoup moins controversée, puisse être maintenu. Mais les milieux d’affaires redoutent en fait que le « gel » s’étende par contagion à d’autres réformes prévues comme l’ouverture des compagnies aériennes aux capitaux étrangers ou la réforme de l’assurance.


Patrick DE JACQUELOT, Les Echos, 08/12/2011

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