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Distribution : la fragilité de la consommation au coeur des négociations entre industriels et distributeurs

07.10.2012, source : Les Echos.fr

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Les négociations commerciales 2013 entre les enseignes et leurs fournisseurs débutent cette semaine. Comme chaque année, les seconds mettent en avant la hausse des matières premières et veulent limiter la marge de discussion des premières. Mais la crise pousse au compromis.

C'est le rituel du secteur des produits de grande consommation. Hier ont débuté des négociations commerciales entre les enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs industriels. Comme chaque année depuis l'instauration en 2009 de la Loi de modernisation (LME) qui a a rendu du pouvoir aux Carrefour et autres Leclerc, le round de négociations qui s'achèvera fin février 2013 est l'occasion pour les parties de défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.

Dès le 27 septembre, dans un communiqué, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) rappelait l'engagement de campagne du nouveau gouvernement de « rechercher un meilleur équilibre » entre les distributeurs et les industriels. Aussitôt, le ministre délégué à l'Agroalimentaire,Guillaume Garot, prenait la balle au bond en déclarant hier à l'AFP que le partage de la valeur ajoutée se faisait « au détriment des producteurs et des transformateurs », estimait que les distributeurs avaient « des efforts à faire » et annonçait pour le 21 novembre une réunion des acteurs de la filière, afin de voir comment « la régulation pourrait être approfondie »

Attaqués, les distributeurs répondent en substance que la LME a rempli l'office que lui avaient assigné les pouvoirs publics, à savoir, limiter l'inflation annuelle des produits alimentaires à quelques petits pour cent. Pas question d'abandonner leur liberté de négociation retrouvée, surtout à l'heure où les prélèvements fiscaux vont restreindre le pouvoir d'achat disponible. « Remettre en cause cette loi comporte un risque fort de hausse des prix et donc de baisse de la consommation, d'ores et déjà extrêmement fragilisée », indique la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) dans un communiqué. De fait, cette année, la consommation en volume des produits alimentaires a oscillé entre un -0,5 % et un + 0,5 % selon les produits et les périodes.

La tension va donc rester vive durant les négociations d'autant que les industriels mettent en avant de nouvelles hausses des matières premières (+ 26 % pour le blé, + 20 % pour le maïs, + 22 % pour le colza, + 47 % pour le soja). Les céréales constituant la base de la nourriture des animaux « il y aura des tensions sur le porc ou la volaille » résume un distributeur.

La guerre des prix continue

Menée par Leclerc, la guerre des prix va donc continuer sur les 500 à 1.000 produits de grandes marques les plus visibles. Mais ce sera surtout une guerre des marges, fabricants et commerçants sachant que le prix de vente public ne peut augmenter trop nettement. Mais dans ce contexte de morosité générale, ils entrevoient une ébauche de discussions plus constructives. Pierre-René Tchoukriel, directeur des achats alimentaires libre-service chez Auchan « attend des baisses » sur des produits dont les matières premières ont baissé, comme le café. « On voit de l'innovation, des réflexions sur les petits conditionnements qui réduisent la valeur faciale des produits ou sur la construction de business dans l'e-commerce », ajoute-t-il.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 02/10/2012

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