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Distribution : l'Inde décide enfin de s'ouvrir à la grande distribution étrangère

30.11.2011, source : Les Echos.fr

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Le gouvernement a décidé d’autoriser les distributeurs étrangers à investir jusqu’à 51 % au capital des chaînes d’hypermarchés et supermarchés dans le pays. Si le Parlement n’a pas à se prononcer, la colère des petits commerçants devrait rapidement s’exprimer.

Le gouvernement indien a sauté le pas : il a décidé, hier soir, d’autoriser l’entrée à 51 % des distributeurs étrangers au capital des chaînes d’hypermarchés et de supermarchés du pays. Simultanément, les enseignes monomarques pourront détenir 100 % de leurs activités, contre 51 % jusqu’ici.

Cette double décision aura été difficile à prendre. Mais, confronté aux accusations d’immobilisme portées contre lui par les milieux d’affaires, le Premier ministre Manmohan Singh a voulu montrer qu’il était capable de prendre une initiative. D’autant que cette décision, du ressort du gouvernement, ne nécessite pas l’aval du Parlement, où l’équipe au pouvoir a du mal à contrôler les travaux législatifs.

Pour autant, cette mesure ne va pas passer comme une lettre à la poste. Les oppositions sont, en effet, très fortes au sein de la société et du monde politique indiens. Les petits commerçants, qui tiennent les dizaines de millions d’échoppes de proximité où les ménages font l’essentiel de leurs courses, ont annoncé qu’ils se battraient contre ce qu’ils perçoivent comme une menace mortelle. Fermetures de boutiques et manifestations sont à prévoir. Au sein même de la coalition gouvernementale, le Trinamool Congress, principal allié du Parti du Congrès de Sonia Gandhi, a proclamé son hostilité. Quant aux principaux partis d’opposition, ils sont prêts à se battre.


Apports de savoir-faire

Manmohan Singh a en tout cas décidé que le jeu en valait la chandelle. Le gouvernement attend de cette mesure de gros apports de savoir-faire et de capitaux de la part des professionnels internationaux. Avec en ligne de mire la modernisation de la chaîne logistique alimentaire. Actuellement dans un état catastrophique, celle-ci engendre des pertes évaluées à 40 % de la production agricole indienne ou plus. Conjuguée à l’élimination de nombreuses couches d’intermédiaires dans le système actuel de la distribution, la révolution de l’hypermarché devrait en théorie permettre d’enrayer la flambée des prix alimentaires (autour de 10 % ), qui est l’un des principaux casse-têtes du gouvernement.


Pour les groupes étrangers, cette mesure ouvre la porte à un marché de 1,2 milliard d’habitants, estimé à 450 milliards de dollars par an, la dernière « grande frontière » après la Chine. Mais il leur faudra respecter de nombreuses conditions. La réforme obligera ainsi les supermarchés à se fournir auprès de producteurs locaux et à assurer un minimum d’investissements. Et ce afin de soutenir l’emploi. Ce montant minimal d’investissements pourrait être élevé (le chiffre de 100 millions de dollars a été mentionné) et des minima d’investissements dans les infrastructures logistiques sont aussi programmés.

Quelques distributeurs étrangers en Inde

• Sous forme de « cash & carry » :
l'américain Wal-Mart (9 magasins), en association avec Bharti Enterprises ;
l'allemand Metro (8 points de vente) ;
le français Carrefour (1).
• Sous forme de boutiques monomarques à 51 % , avec un partenaire indien : Reebok, Nike, Levi's, Benetton, Lacoste, L'Occitane, Celio, Hermès et bien d'autres.


Patrick DE JACQUELOT, Les Echos, 25/11/2011

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