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Distribution : ébullition en Inde autour de l'ouverture de la grande distribution aux investisseurs étrangers

02.12.2011, source : Les Echos.fr

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L’opposition se mobilise contre la décision du gouvernement indien d’ouvrir la grande distribution aux investisseurs étrangers. De leur côté, les professionnels tentent de mesurer les retombées de la réforme.

L’annonce, jeudi soir, par le gouvernement indien de sa décision d’autoriser les professionnels étrangers à investir à 51 % dans les super et hypermarchés plonge le pays dans l’effervescence. Sur le plan politique, l’opposition a bloqué le Parlement, vendredi, avec le soutien de certains alliés du gouvernement pour dénoncer une initiative qui va mettre en danger les millions de petits commerçants. Ces derniers annoncent une journée d’action le 1er décembre.

De son côté, le gouvernement défend une réforme dont il attend une modernisation spectaculaire de la logistique, la création de millions d’emplois et une baisse des prix pour les consommateurs. Des analyses partagées par les industriels, qui soutiennent le projet.


Montée dans le capital

Chez les professionnels, on tente d’en mesurer la portée exacte. Wal-Mart, le numéro un mondial, s’est félicité de l’initiative. Il est considéré comme le mieux placé pour ouvrir rapidement des hypermarchés. Solidement implanté dans le pays, il a déjà un partenaire, Bharti, tout comme le britannique Tesco, allié au groupe Tata. Un avantage par rapport à Carrefour, qui recherche un partenaire.


Prudent, Wal-Mart « veut étudier précisément les conditions et les détails » de la réforme. Ses modalités exactes ne seront annoncées qu’en fin de semaine. Seule condition connue pour l’instant : investir au moins 100 millions de dollars, dont la moitié dans les infrastructures (entrepôts, chaîne du froid...) et acheter 30 % des produits à des petits fournisseurs. Enfin, les grandes surfaces ne pourront être implantées que dans des villes d’au moins 1 million d’habitants.

Du côté des enseignes monomarques, le fait de pouvoir passer de 51 % à 100 % dans le capital des boutiques va changer la donne, estiment les professionnels. « Cela va permettre à ceux qui sont déjà là avec un partenaire à 49 % d’accélérer leur développement », affirme Sumit Khosla, spécialiste du secteur dans la société de conseil en fusions-acquisitions Accuracy. « Les accords en place prévoient déjà très souvent la montée à 100 % dès que ce sera autorisé, ajoute-t-il, ce qui ne veut pas dire que tous les distributeurs occidentaux voudront monter tout de suite. » De fait, explique Guillaume Geslin, responsable en Inde des boutiques de produits de beauté L’Occitane : « Nous nous entendons très bien avec notre associé. Mais s’il voulait se retirer un jour, cette mesure nous donne une marge de liberté. » Sentiment inverse chez un distributeur de produits de luxe : « Pour le moment, nous distribuons en gros avec des boutiques en franchise. Mais la valeur ajoutée n’est pas suffisante. Donc nous pourrions passer rapidement à des boutiques en propre. »

Ce changement de règle dans le monomarque pourrait inciter Ikea à revenir sur ce marché. Mais, là encore, tout dépendra des détails : si la règle des 30 % d’achats à des petits producteurs devait être étendue aux magasins à marque unique, cela pourrait compromettre bien des projets.


Patrick DE JACQUELOT, Les Echos, 28/11/2011

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