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Distribution : Casino réaffirme son ancrage en Amérique latine

04.07.2011, source : Les Echos.fr

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En plein conflit avec Carrefour, le groupe stéphanois a annoncé hier une nouvelle montée au capital de sa filiale brésilienne CBD, ainsi que la fusion de ses activités uruguayennes avec sa filiale colombienne Exito.


La samba continue. Deux jours après l'offre de fusion de Carrefour Brésil et de CBD par le fonds BTG Pactual et la Banque nationale brésilienne de développement (BNDES), Casino, qui co-contrôle CBD, a réagi. Le groupe stéphanois dirigé par Jean-Charles Naouri a annoncé jeudi matin avoir acquis sur le marché 6,2 % supplémentaires de CBD, la structure juridique de GPA, Grupo Pão de Açucar. Un investissement compris, selon les estimations, entre 500 et 700 millions d'euros.


Par cette acquisition, qui intervient quelques jours après l'achat d'un bloc de 3 %, Casino détient désormais 26 % de CBD en direct. Si l'on ajoute les 69 % de Wilkes, le holding de contrôle de CBD, que possède le distributeur français (Wilkes détenant une participation de 25 % dans CB), Casino porte sa participation économique totale dans CBD à 43,1 % . « Par cette nouvelle augmentation significative de sa participation, le groupe réaffirme son engagement au Brésil et dans GPA ainsi qu'à l'équipe de direction et l'ensemble des équipes GPA, ses clients, ses fournisseurs et toute autre partie en relation avec la société », indique le communiqué du groupe.


Rapprochement honni

Il s'agit, à première vue d'une nouvelle manifestation de la volonté de Jean-Charles Naouri de s'opposer au projet de rapprochement avec Carrefour, projet qu'il a précédemment qualifié d' « illégal » et même de contraire à « l'éthique élémentaire des affaires ». Mais l'opération a d'autres ressorts. Elle souligne l'implication de Casino dans la communauté brésilienne au moment où, par le biais de la BNEDS, une partie de la classe politique nationale soutient son éviction de la scène locale de la distribution. Elle contribue également à priver les « adversaires » du groupe stéphanois d'un argument : celui qui consiste à dire que Casino serait mal venu de prétendre défendre l'intérêt de l'ensemble des actionnaires de CBD alors qu'il ne détiendrait qu'une petite part du capital. Avec, désormais, une participation directe de 26 % dans CBD, Casino devient le premier actionnaire de CBD, devant le holding Wilkes, qu'il cocontrôle avec Abilio Diniz, le Brésilien à l'origine du putsch.


Droit de veto

Certains, à Paris, se demandent pourquoi Casino a investi 700 millions dans l'achat d'actions dépourvues de droits de vote et l'interprètent comme le signe d'une certaine fébrilité. De fait, le rachat ne modifie en rien le contrôle de CBD. Celui-ci est détenu à 100 % par Wilkes. 100 %, car outre les 66 % de droits de vote que détient la structure, le pacte d'actionnaires prévoit que les 34 % des droits de vote attachés à la participation directe de Casino ne peuvent que suivre les décisions de Wilkes.


Casino conserve donc son droit de veto sur l'opération que le conseil de Carrefour devait examiner jeudi soir. Pour approuver le projet proposé à Carrefour, il faut en effet convoquer une assemblée générale de CBD. Or celle-ci ne peut être décidée qu'à l'unanimité du vote des quatre administrateurs de Wilkes qui se partagent entre les deux camps : deux pour Casino, deux pour Diniz. L'absence d'unanimité vaut, en outre, décision négative.


Une chose est sûre, Casino entend prouver son attachement à la zone Amérique latine. Le groupe a annoncé jeudi avoir cédé à Exito, sa filiale colombienne détenue à 54,8 %, ses activités uruguayennes Disco et Devoto (pour 520 millions d'euros) afin de créer « une plate-forme intégrée de développement en Amérique latine hispanique ». Un développement qui sera financé par une augmentation du capital d'Exito de 1,4 milliard de dollars, à laquelle Casino va souscrire.


PHILIPPE BERTRAND, Les Echos, le 01.07.2011

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