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Distribution : Casino lance une procédure arbitrale à l'encontre de son associé brésilien, Abilio Diniz

04.06.2011, source : Les Echos.fr

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Le groupe de Jean-Charles Naouri a saisi la Chambre de commerce internationale du cas d'Abilio Diniz, son partenaire au Brésil, qui discutent d'un éventuel rapprochement avec Carrefour. Pour les experts, le projet aurait un sens sur le plan industriel.


Le Brésil aura été hier dans la tête de nombreux acteurs de la distribution française. Si le conseil d'administration du groupe Carrefour n'était censé qu'entériner les dernières résolutions qui seront présentées à l'assemblée générale du 21 juin prochain, laquelle tournera autour de la scission du réseau de « hard discount » Dia, nul doute, cependant que les administrateurs (dont la nouvelle venue, l'économiste Mathilde Lemoine, qui remplace Jean-Martin Folz, parti pour cause de désaccord stratégique) auront évoqué l'idée d'un rapprochement de leur filiale brésilienne avec le groupe local Pão de Açucar. Révélé, il y a dix jours par « Le Journal du dimanche » le projet a provoqué l'ire de Casino, associé à 50-50 avec Abilio Diniz, le président de Pão de Açucar, a travers le holding de contrôle Wilkes. Hier matin, le groupe de Jean-Charles Naouri publiait un communiqué indiquant que « Casino [avait] saisi le 30 mai 2011 la Chambre de commerce internationale d'une procédure d'arbitrage à l'encontre du groupe Diniz sollicitant notamment le respect et la bonne exécution du pacte entre actionnaires du 27 novembre 2006 relatif à leur société commune Wilkes, laquelle contrôle la société brésilienne CBD [CBD est la structure située entre Wikes et Pão de Açucar, NDLR] ». En résumé, Casino, qui en 2012 n'aura qu'à racheter une part de Wilkes pour en prendre le contrôle, montre les dents, « pour faire valoir son bon droit », indique un proche du groupe.
Ses dirigeants avaient déjà écrit à leurs homologues de Carrefour, il y a quelques jours, pour leur rappeler qu'aucun accord avec Abilio Diniz ne pouvait se faire sans leur accord. La procédure engagée par Casino clarifie la situation. A l'évidence, l'associé brésilien du groupe stéphanois a bien engagé des contacts avec Carrefour par le biais de sa banque d'affaires, Estater. Le « Wall Street Journal » a d'ailleurs cité une lettre que celui qui détient la huitième fortune du Brésil a écrit à Jean-Charles Naouri pour l'en informer. Après coup. Il a prétendu que, pour l'heure, cela n'avait débouché sur rien. Mais sans rompre les pourparlers avec le concurrent de Casino. Un journaliste du magazine brésilien « Vega » a d'ailleurs indiqué sur son site Internet qu'il avait vu le 25 juin « un groupe de six Français entrer dans les locaux d'Estater », des Français qui pourraient être les représentants de Lazard, la banque française que Carrefour aurait mandatée pour traiter le dossier. Une information donnée par « Le Journal du dimanche » et jamais démentie depuis.


Une logique de rapprochement

L'action de Casino paraît d'autant plus légitime que, selon les experts, Carrefour aurait un vrai intérêt stratégique à fusionner sa filiale brésilienne avec Pão de Açucar. Certes, le nouvel ensemble, avec une part de marché globale de près de 30 %, mais de plus de 40 % dans certaines villes, se heurterait aux règles de la concurrence. Mais, proche du pouvoir brésilien, Abilio Diniz pourrait régler le problème avec la vente de plusieurs magasins. Sur le plan industriel, certains trouvent une logique au rapprochement. Pão de Açucar gère, notamment, des magasins de centre-ville, type Monoprix, et Carrefour des hypers périphériques. Les deux exploitent un format entrepôt (Atacadao pour Carrefour, Assai pour Diniz), mais, dit un connaisseur du dossier, « les Assai pourraient facilement devenir des Atacadao ». En payant Abilio Diniz en actions, ce dernier pourrait aussi devenir un nouvel actionnaire de référence du groupe Carrefour, une perspective qui ne peut déplaire à Colony Capital et Groupe Arnault, qui contrôle 20 % des droits de vote par le biais de Blue Capital.


Même l'actionnaire minoritaire activiste Knight Vinke (1,5 % de Carrefour en propre), qui tenait conférence hier à Paris, a reconnu, dans une lettre aux dirigeants de Carrefour, un « potentiel intérêt à court terme d'une cotation en Bourse de ce qui serait la plus importante société de distribution au Brésil ».


S'il estime que le projet est « une distraction » par rapport à ce qui constitue à ses yeux la priorité de Carrefour - le redressement des hypermarchés européens par la refonte de rayons non alimentaires aujourd'hui non profitables -, il affirme aussi que, s'il avançait, il conviendrait d' « y associer Casino ». une hypothèse à laquelle, d'ailleurs, Casino ne s'oppose pas formellement dans ses différents courriers et communiqués.


PHILIPPE BERTRAND, Les Echos, le 01.06.2011

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