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Distribution : Carrefour pourrait céder son franchisé Altis pour reprendre Guyenne et Gascogne

10.12.2011, source : Les Echos.fr

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Ne pouvant laisser partir chez Auchan leur plus gros franchisé, les dirigeants de Carrefour devraient sortir d’un joint-venture, lui aussi franchisé, détenu avec l’espagnol Eroski.

« Les deux parties ont une communauté d’intérêts », indique une source proche du dossier pour expliquer pourquoi le conseil d’administration de Carrefour semble avoir donné hier son accord de principe pour le rachat de son franchisé du Sud-Ouest Guyenne et Gascogne. Exploitant directement 6 hypermarchés (plus 27 supermarchés) et indirectement 13 autres - à travers Sogara, sa filiale à 50/50 avec Carrefour -, ce dernier représente un volume d’achats important à l’heure de l’atonie des ventes, équivalent à 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le projet révélé hier par « Le Figaro » permettrait aussi au deuxième distributeur mondial de consolider à 100 % Carrefour Espagne dont Guyenne détient 8 %.

Pour autant, à l’heure où les dirigeants du groupe surveillent le niveau de liquidités de leurs hypermarchés français, ils auraient peut-être préféré éviter d’investir du capital dans une zone de chalandise mature. Un avis que partagent les investisseurs qui, hier, ont fait baisser le titre de près de 3 % en Bourse.

Une autre opération pourrait cependant limiter cette sortie d’argent. Selon nos informations, que ne commentent ni le groupe ni ses actionnaires principaux (Groupe Arnault et Colony Capital) réunis au sein de Blue Capital, Carrefour devrait d’ici à la fin de l’année sortir d’Altis, la coentreprise qu’il exploite avec le distributeur basque espagnol Eroski. Altis est un franchisé bien plus petit que Guyenne et Gascogne. La société basée à Pau exploite 6 hypermarchés de petite taille (environ 5.000 mètres carrés) ainsi que10 supermarchés encore à l’enseigne Champion. Le tout réalise moins de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. A l’origine, en 1993, l’association avait été nouée avec Promodès repris depuis par Carrefour. Il se trouve qu’au 31 décembre de cette année, les accords peuvent être révisés. Eroski, qui connaît quelques difficultés, aurait trouvé un acheteur pour son activité française. La société souhaiterait donc reprendre les 50 % de Carrefour pour revendre le tout à un autre opérateur. Les dirigeant d’Eroski n’ont pas répondu à nos appels.


Les basques motivés

Motivée, la société basque proposerait pour cela jusqu’à 20 fois l’Ebitda d’Altis. Ce qui fournirait à Carrefour un part non négligeable des liquidités nécessaires au projet de rachat de Guyenne et Gascogne. Un projet qui devrait aboutir avant la fin de l’année, Bertrand de Montesquiou, le président de la société ayant jusqu’au 31 décembre pour dénoncer , en cas de désaccord, le contrat de franchise avec Carrefour.


De l’avis de la plupart des experts, la meilleure solution pour les parties consisterait en un paiement qui mixerait des titres Carrefour et du « cash ». Reste à déterminer la proportion des deux. Guyenne et Gascogne était valorisé hier, après un bond de 4,33 % en Bourse, à 565 millions d’euros.


Discussions ardues

Les discussions peuvent être ardues. En effet, le cours de l’action Carrefour est faible (18,44 euros, quand il tangeantait encore les 40 euros à l’été 2010 ) et mal orienté après cinq avertissements sur résultats successifs. Ces titres pourraient ne pas satisfaire les actionnaires activistes à la manoeuvre chez Guyenne et Gascogne. En effet, si la famille Beau, fondatrice et partenaire fidèle de Carrefour, milite pour un accord « amical » , elle ne détient plus que 21,32 % du capital (pour 33% des droits de vote), contre 40 % pour les quatre fonds, First Eagle, IVA, Holding de Lisbonne et Tocqueville Finance. A lui seul, First Eagle détient 20,09 % des actions.


Ces derniers seraient en réalité à la manoeuvre menaçant de passer chez Auchan (dont l’intérêt ne fait aucun doute) si Carrefour ne reprenait pas leurs participations. Les gestionnaires de ces fonds savent bien que le groupe basé à Boulogne-Billancourt n’a pas vraiment le choix, ne pouvant pas se permettre, dans une passe difficile, de perdre son plus gros franchisé français, après avoir déjà vu Coop Atlantique rejoindre Système U.


Philippe BERTRAND, Les Echos, 08/12/2011

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