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Distribution : Carrefour cède sa filiale colombienne

26.10.2012, source : Les Echos.fr

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Le distributeur français cède 72 hypermarchés au chilien Cencosud pour 2 milliards d’euros, un prix jugé très haut par les analystes. Le numéro deux mondial de la distribution poursuit ainsi une stratégie visant à assurer sa solidité financière en quittant les pays où il n’est pas leader.

Avec l’annonce, en fin de semaine dernière, de la cession de sa filiale colombienne, Georges Plassat, le PDG de Carrefour, confirme son intention de faire le tri dans ses actifs internationaux. Une volonté exprimée lors de la présentation des comptes semestriels à la fin août et qui s’était matérialisée en juin par la vente au partenaire grec, Marinopoulos, des parts du groupe dans leur société commune. En juillet, une opération similaire était initiée avec l’allié turc, Sabanci, mais celle-ci n’a pas encore abouti.

En cédant sa filiale colombienne au groupe de distribution chilien Cencosud, Carrefour, présent en Colombie depuis 1998, se sépare de 72 hypermarchés, 16 magasins de proximité et 4 « cash and carry » ayant réalisé au total, sur douze mois au 30 juin, 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires. La valeur de l’entreprise cédée est de 2 milliards d’euros. Selon nos informations, l’endettement de Carrefour Colombie est minime. C’est donc la quasi-totalité de cette somme qui sera inscrite dans ses comptes 2012. Deux milliards qui apporteront au groupe le cash qui lui fait défaut, vu la baisse du résultat d’exploitation courant. Celui-ci a diminué de 8,2 % au premier semestre 2012. En 2011, il avait chuté de 20 %, à 2,18 milliards d’euros. L’investissement effectué dans les prix en France pour reconquérir des parts de marché a un coût.

Sauver le marché domestique

Deuxième distributeur mondial derrière Wal-Mart, avec 9.900 magasins dans 30 pays, Carrefour n’a plus les moyens d’une présence internationale « universelle ». Lars Olofsson, le prédécesseur de Georges Plassat, avait déjà indiqué que le groupe quitterait « les pays dans lesquels il n’est pas leader ou coleader et dans lesquels il a peu de chance de le devenir ». Il avait ainsi cédé sa filiale thaïlandaise à Big C, la filiale de Casino. En Colombie, Carrefour est numéro deux avec 19 % de part de marché, mais très loin derrière le leader Exito (autre filiale de Casino !), qui est à 42 %.

Par ailleurs, Cencosud a surpayé la filiale. On est à 1,33 fois le chiffre d’affaires. Dans une note, Oddo Securities évoque « des niveaux de transactions très élevés », alors que « Exito est valorisé 107 % du chiffre d’affaires ». Cencosud a payé le prix d’une position forte dans un marché fermé.

Reste que Carrefour, après la Thaïlande, quitte un deuxième pays en forte croissance. « La Colombie représente avec le Brésil les deux plus intéressantes opportunités en Amérique du Sud pour un investisseur étranger », assurait aux « Echos » en 2011 Mauricio Reina, chercheur au think tank Fedesarrollo. Le taux d’inflation est maîtrisé et le taux de croissance devait avoisiner les 5 % en 2011. La paix a été signée avec les rebelles des FARC.

Mais, pour sauver son marché domestique, Carrefour devrait continuer à « externaliser de la valeur » avec ses filiales étrangères, comme le souhaitait l’actionnaire activiste Eric Knight, fin 2011. Mouvement qui pourrait aussi passer par l’introduction en Bourse de Carrefour Brésil. Les investisseurs apprécient. Vendredi, le titre Carrefour gagnait 5,85 % à la clôture.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 22/10/2012

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