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Distribution : avec le rachat de la totalité de Monoprix, Casino retrouve toute sa liberté

02.07.2012 mis à jour le 05.07.2012,

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Le groupe présidé par Jean-Charles Naouri va débourser 1,175 milliard d’euros pour les 50 % détenus par Galeries Lafayette au plus tard le 30 octobre 2013. Casino aura alors achevé un cycle de quinze ans qui aura profondément modifié sa physionomie.

Le différend entre le groupe Casino et le groupe Galeries Lafayette « peut se dénouer à tout moment », pouvait-on lire dans « Les Echos » du 22 juin. C’est chose faite. Quatre mois après qu’a éclaté au grand jour le conflit portant sur la valorisation de la part de 50 % détenue par Galeries Lafayette dans le groupe Monoprix et promise à Casino, les deux groupes ont annoncé, vendredi, avoir signé une lettre d’intention visant à aboutir à un protocole transactionnel. Avant même donc que n’aboutissent les procédures judiciaires en cours ouvertes par l’un et l’autre, celui-ci prévoit « la cession par Groupe Galeries Lafayette de cette participation d’ici au 30 octobre 2013, au prix de 1,175 milliard d’euros », précisait leur communiqué commun.

Vendredi, Philippe Houzé, le président du Groupe Galeries Lafayette, n’était pas disponible pour commenter l’accord. De son côté, Jean-Charles Naouri, le PDG de Casino, indique dans un entretien aux « Echos » que cette opération a vocation à être bouclée avant le 30 mars 2013, le temps de mener à bien l’information-consultation des institutions représentatives du personnel et d’obtenir l’accord de l’Autorité de la concurrence. Après cette date, le prix serait indexé à + 5 % l’an. Le financement sera assuré sur les « 3 à 4 milliards d’euros de capacité financière dont dispose le groupe, en cash et lignes de crédit non tirées », précise Jean-Charles Naouri.


Un prix « acceptable »

Très loin des valorisations établies par les banques mandatées par Casino et Galeries Lafayette dans le cadre du processus d’évaluation, qui avaient abouti à 700 millions d’euros pour celle de Casino et 1,95 milliard pour celle de Galeries Lafayette, les deux parties se sont finalement entendues sur un prix qualifié d’ « acceptable » par Jean-Charles Naouri. « Je n’ai pas été étonné par ce grand écart. Nous étions dans un processus de négociation et il ne s’agissait pas d’une valorisation des parties. Je n’ai jamais prononcé de chiffre. Galeries Lafayette a, de son côté, avancé le prix de 1,35 milliard. Nous l’avions refusé », rappelle le PDG de Casino.


A 1,175 milliard d’euros, la valeur de la part de Galeries Lafayette est « proche » de celle qui ressort du consensus d’analystes, constate-t-il, et correspond « au même multiple d’Ebitda que celui de Casino ». Dès que l’opération sera conclue, « elle aura un effet très relutif sur le bénéfice net par action de Casino », précise celui qui, en quinze jours, aura donc débouclé avec maestria deux alliances stratégiques après l’aboutissement du processus de prise de contrôle du premier distributeur brésilien, le groupe Pao de Azucar (« Les Echos » du 22 juin). Pour ce qui est de Monoprix, sa pépite de centre-ville, Jean-Charles Naouri devra néanmoins attendre la décision de l’Autorité de la concurrence. Celle-ci a déjà rendu au début de cette année un avis sur la position dominante du groupe Casino et de ses filiales à Paris. Elle avait établi leur part de marché globale entre 50 % et 60 % , mais n’avait pas constaté d’abus et surtout n’avait pas de moyens juridiques d’agir. Cette fois, dans le cadre d’une procédure de concentration classique, elle pourra enjoindre à Casino de céder ou fermer des magasins. « Quant à nous et, selon les panels professionnels, nous évaluons notre part de marché à 36 %  », indique le patron de Casino.


« 100 % épicier »

Selon un porte-parole du groupe, le consensus des analystes anticipe un chiffre d’affaires pro forma de 54 milliards d’euros en 2013, compte tenu de l’intégration globale de Pao de Azucar et de Monoprix, contre 34,4 milliards en 2011. Interrogé sur l’aboutissement de son grand oeuvre, quinze ans d’alliances ayant abouti à des prises de contrôles, Jean-Charles Naouri estime que « c’est à la fois un point d’arrivée et un point de départ ».


Après avoir mené à bien sa « stratégie du pauvre » sans coup férir, Jean-Charles Naouri considère que son groupe a des positions suffisamment solides en France et à l’international pour se dispenser de nouvelles opérations de croissance externe majeures. Le voilà désormais « 100 % épicier ».


ANTOINE BOUDET, Les Echos, le 02/07/2012