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Dim, Playtex, Lejaby : nouveau coup de tabac dans la lingerie et les sous-vêtements

13.04.2010, source : Les Echos.fr

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Un marché en baisse, des coûts de production trop élevés en France : l'industrie de la lingerie et des sous-vêtements se retrouve à nouveau face à des difficultés. Lejaby doit annoncer officiellement aujourd'hui la fermeture de trois de ses quatre ateliers de l'Hexagone et la suppression d'un tiers de l'effectif. Un CCE est aussi convoqué demain chez Dim.

Semaine critique pour l'industrie de la lingerie et des sous-vêtements en France. Confrontés à un marché déprimé et à des coûts de production plus élevés qu'ailleurs, deux des grands noms du secteur réunissent leurs élus du personnel pour lancer d'importantes restructuration. Chez Lejaby comme chez Dim-Playtex, les groupes étrangers, qui ont pris les manettes il y a quelques années, n'ont visiblement pas réussi à redresser la barre et doivent se résoudre à des mesures douloureuses.

Lejaby ouvre le feu aujourd'hui. Un comité central d'entreprise a été convoqué à 10 heures et le personnel est appelé à manifester devant le siège de Rillieux-la-Pape, dans la banlieue lyonnaise. Raymond Mahé, le président de cette filiale du groupe autrichien Palmers Textil, doit présenter un projet de fermeture de trois ateliers de production sur quatre : Bourg-en-Bresse et Bellegarde dans l'Ain et Le Teil en Ardèche. L'arrêt de ces ateliers entraînera la suppression de 197 emplois. Soit pas loin du tiers des effectifs globaux (629 CDI).

L'entreprise confectionne en France 27 % de ses articles, soit plus que ses concurrents. Elle veut ramener cette proportion entre 7 % et 10 %, au profit de la zone Euromed et de l'Asie.

 « Quand ils nous ont repris en 2008, les Autrichiens avaient déjà exprimé leur volonté d'augmenter la part délocalisée. Ce n'est pas une surprise », constate une déléguée CFDT. Face à ce qui paraît inéluctable, elle proteste contre la méthode.  « On nous dit que le métier change, alors pourquoi ne pas avoir pris des décisions sociales en amont pour permettre aux ouvrières, dont la moyenne d'âge avoisine 50 ans, de se reconvertir vers d'autres tâches ? » L'amertume est d'autant plus grande que le précédent propriétaire, l'américain Warnaco, s'est déjà séparé de quatre sites en 2003. La société comptait alors 1 078 salariés.

Après la nouvelle restructuration, seule sera conservée l'unité d'Yssingeaux en Haute-Loire (96 salariés). Elle devrait bénéficier d'investissements et devenir un site pilote pour la mise au point des collections, les petites séries et l'exportation sélective vers des pays comme le Japon ou la Corée. Le choix d'Yssingeaux n'est peut-être pas étranger au fait que Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi, est le député de la circonscription.

Avec la crise, Lejaby aurait vu ses ventes reculer de 10 % l'an dernier, par rapport aux 70 millions de 2008. Et les perspectives pour 2010 restent maussades même si l'entreprise a récupéré la licence Nina Ricci. Au-delà du financement du plan social, il lui faudra faire face en octobre au remboursement de la dette senior contractée en 2008 lors de l'acquisition, payée 32,5 millions d'euros à compléter par une soulte de 12,5 millions en 2013. Le mutisme dans lequel s'enferme la direction ne donne guère de visibilité sur la stratégie.


Un plan de masse en Europe ?

Après Lejaby, c'est Dim (355 millions d'euros de chiffre d'affaires) qui tiendra demain matin un comité central d'entreprise extraordinaire à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). A l'ordre du jour, la  « présentation de la réorganisation de DIM SAS avec ses déclinaisons organisationnelles et sociales ». De quoi faire craindre le pire aux 1 700 salariés.  « Cela augure à mes yeux d'un nouveau plan de réduction des effectifs, au siège comme dans les unités d'Autun (Saône-et-Loire) », note un délégué syndical.

Acheté en 2006 par le fonds d'investissement Sun Capital à l'américain Sara Lee, Dim enchaîne les restructurations. En 2006, le groupe DBApparel, qui contrôle la marque Dim, mais aussi Playtex, Wonderbra, Nur Die en Allemagne et Lovable en Italie, engageait 900 suppressions de postes en Europe, dont 450 en France. Fin 2008, l'unité de lingerie féminine, l'une des trois productions fabriquées à Autun, avec les collants et les mi-bas, était délocalisée en Roumanie. Et en janvier de cette année, 75 démonstratrices étaient touchées par un plan social, toujours en cours aujourd'hui.

 « Francis Riston, le directeur général pour Dim et Playtex, nous a récemment laissé entrevoir un plan de masse en Europe », assure un représentant du personnel. Une affirmation qui semble confirmée par l'organisation les 14 et 15 avril d'un comité européen à Roissy. De sources non confirmées, cette stratégie obéirait à la volonté de Sun Capital de revendre les deux entreprises avec un outil productif allégé ou de ne les conserver qu'à l'état de marques pour toucher des royalties.

L'inquiétude des salariés se nourrit aussi du projet de déménagement du siège de Levallois-Perret vers Rueil-Malmaison. Une procédure de délit d'entrave a été engagée à ce sujet au tribunal de grande instance de Nanterre. Une décision est attendue demain.

Marie-Annick Depagneux (à Lyon) et Didier Hugue (à Dijon), Les Echos, 12.04.2010
 

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