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Développement durable : la distribution découvre les produits locaux

03.12.2010, source : Les Echos.fr

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Réduire l'empreinte carbone des aliments est devenu l'enjeu d'une bataille d'image.


Entré en juin dans le dictionnaire Larousse, le mot « locavore » signifie : « Personne qui décide de ne consommer que des fruits et des légumes locaux et de saison pour contribuer au développement durable. » Il pénètre petit à petit le monde de la grande distribution. Mike Duke, président Wal-Mart, a promis en octobre de doubler d'ici à 2015 la vente de produits alimentaires locaux. Pour les Européens, un produit local vient d'une ferme située autour de l'hypermarché. Pour le géant américain, produit local veut dire « fabriqué dans le même Etat ». Wal-Mart signe des contrats long terme avec les agriculteurs de la côte Est, autour des grands lacs et de la Floride. Objectif : éviter d'approvisioner tout le territoire à partir de la Californie et réduire le nombre de kilomètres. Dans un contexte de crise de déstabilisation de l'agriculture américaine, une démarche permettant de laisser de la place aux fermiers locaux et de favoriser l'emploi lui permet aussi de verdir son image.


Idée géniale

En France, l'accord entre la marque Petit Producteur et Carrefour illustre cette tendance. Ce groupement de 350 agriculteurs a eu l'idée géniale de personnaliser sa production en affichant leur photo sur les emballages et en vendant dans leurs régions. Dans le cadre de cet accord, chaque jour, le fermier livre l'hypermarché situé à moins de 30 kilomètres de chez lui. Seul bémol, les produits ne sont pas biologiques. Démarré à Quimper, Aix-en-Provence et Orange, l'expérience sera étendue à une dizaine d'hypermarchés d'ici à la fin de l'année et, si tout va bien, à l'ensemble du pays. La marque est également présente chez Auchan et Monoprix.


Produit pour bobo qui ne souhaite pas aller chercher chaque semaine son panier bio au sein de l'Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) près de chez lui ? Pas si simple. Ce genre d'initiatives permet aux distributeurs de se démarquer face au hard discount. Habitués à travailler à partir de centres de stockage régionaux ou nationaux qui se chargent de distribuer la marchandise par camions entiers, les distributeurs doivent changer de pratique. « Les calculs d'émissions de CO2 sont subtils, car il faut savoir si la camionnette de l'agriculteur roule à moitié vide, combien elle consomme pour réellement réduire les émissions de CO2 », explique un expert, avant de souligner que ces démarches habituent le consommateur à suivre les saisons.


Elisabeth Laville, qui conseille les entreprises sur le développement durable, estime que la généralisation d'une offre responsable sera l'enjeu du futur pour les distributeurs. Et la Suisse a une longueur d'avance : les Coop aident à la réimplantation d'agriculteurs dans les montagnes et ont lancé un label baptisé « pro-montagna ». Chez Super U, tout a commencé il y a deux ans, en Alsace. Les magasins ont contacté des PME locales pour leur garantir une mise en avant dans les rayons sous le terme « U d'Alsace ». Le Sud-Ouest, la Savoie et la Vendée ont aussi adopté cette démarche. Dans ce département, les 30 magasins du groupe s'engagent à avoir un minimum de 150 produits fabriqués par des PME locales identifiées pour que les consommateurs s'y retrouvent. La Touraine est la prochaine étape. « Nous ciblons les lieux où une forte tradition locale s'exprime avec un objectif de réaliser 15 % du chiffre d'affaires alimentaire avec ces produits », explique-t-on chez Super U.


JULIE CHAUVEAU, Les Echos, 01.12.2010

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