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Développement durable : l'économie d'énergie au point mort

13.11.2009, source : Les Echos.fr

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La crise n'a pas modifié les perspectives de croissance de la demande mondiale d'énergie, l'appétit des pays émergents compensant le recul observé dans les pays industrialisés. L'AIE pousse un cri d'alarme et appelle à un changement de politique afin de lutter contre le réchauffement climatique.
Première baisse de la consommation mondiale d'électricité depuis 1945. Premier recul de la demande de gaz depuis cinquante ans. Cette année, la récession a eu des conséquences spectaculaires sur la demande d'énergie de la planète. Un répit en matière de pollution. Mais cet effet va être de courte durée. A moyen terme, la crise n'aura pas d'impact sur l'évolution de la consommation énergétique de la planète, a indiqué mardi l'Agence internationale de l'énergie (AIE), à l'occasion de la publication de son rapport annuel.
Par rapport à l'an dernier, l'AIE a laissé ses prévisions de la demande mondiale quasi inchangées. Elle a abaissé sa prévision de la consommation mondiale d'énergie primaire de 4,5 % en 2015 et d'à peine 1,3 % en 2030. Bref, malgré la crise et malgré le réchauffement climatique, la planète continue d'afficher des besoins énergétiques insatiables. Entre 2007 et 2030, le monde devrait augmenter sa consommation d'énergie de 40 %, à un rythme de 1,5 % par an, selon l'AIE.
Toutefois, le rythme de cette croissance sera sensiblement différent selon les régions du globe. Par rapport à l'an dernier, l'AIE a sensiblement revu à la baisse ses prévisions de consommation d'énergie dans les pays de l'OCDE. L'Agence a diminué son estimation de 5,7 % à l'horizon 2015 et de 4,2 % à l'échéance 2030. Un phénomène lié au recul de l'activité économique et à la mise en oeuvre de nouvelles politiques publiques en matière de consommation d'énergie.
En revanche, elle a laissé quasi inchangée son estimation de la demande dans les pays émergents. Celle-ci a été abaissée d'à peine 0,3 % à l'horizon 2030. Malgré la crise, la Chine et l'Inde vont en effet conserver un énorme « appétit énergétique ». A lui seul, l'empire du Milieu devrait voir sa part de la consommation mondiale d'énergie passer de 16 % en 2007 à 23 % en 2030.


« Dommages irréparables »

Au final, la demande de la planète restera donc inchangée, l'appétit des pays émergents compensant la faiblesse de la demande dans les pays industrialisés. Cette stabilité des chiffres se retrouve dans l'évolution de la consommation mondiale de pétrole. L'AIE estime que celle-ci devrait s'élever à 105 millions de barils par jour en 2030, contre une précédente prévision de 106 millions de barils par jour l'an dernier et un volume de consommation de l'ordre de 86 millions en 2010. La crise n'a donc pas vraiment changé les comportements, même si elle a pesé sur les investissements dans l'exploration-production pétrolière et gazière. Cette année, ceux-ci devraient chuter de 19 % par rapport à l'année précédente.
Dans ce contexte, l'Agence internationale de l'énergie continue de pousser son cri d'alarme. Entre 2007 et 2030, les émissions de carbone liées aux centrales électriques au charbon devraient augmenter de 60 %. Si les politiques énergétiques ne sont pas infléchies d'urgence, la température globale pourrait augmenter de 6 °C d'ici à 2030, provoquant « des dommages irréparables » sur l'environnement, écrit l'AIE.
Pour l'Agence, «  le temps de l'action est arrivé ». Alors que se profilent les négociations sur le climat de Copenhague (du 7 au 18 décembre), des investissements supplémentaires d'un montant de 10.500 milliards de dollars sont nécessaires d'ici à 2030 pour infléchir les politiques énergétiques. Il faut agir vite. Selon l'AIE, chaque année de retard accroît la facture de 500 milliards de dollars.

E. M., Les Echos le 12/11/09
 

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