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Développement durable et bourse le casse-tête des entreprises

26.10.2009, source : Les Echos.fr

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De nombreux prix récompensent le mérite vert d'une entreprise, ses actions en matière de respect de l'environnement et en faveur du développement durable. Thibaut Dauphin, chercheur à l'International University Schloss Reichartshausen et auteur d'une thèse sur la relation entre la performance environnementale d'une entreprise et celle de sa gouvernance, a étudié l'effet de ces récompenses sur le cours des sociétés entre début 2005 et mai 2009. Le chercheur a isolé la variation du cours de Bourse de la société qui est uniquement attribuable à cette annonce. Ses conclusions ? Un paradoxe : dans les quatre jours qui suivent cette communication, le cours des sociétés concernées baisse de 0,83 %. Le recul est encore plus fort (- 1,81 % ) lorsque la période d'observation commence après le début de la crise financière, en juillet 2007, et jusqu'en mai dernier. La raison ? Les investisseurs peuvent estimer que « l'entreprise a retenu l'investissement dans le développement durable au détriment d'autres placements plus rentables, particulièrement dans un contexte économique difficile », avance le chercheur, pour qui ce malentendu réside dans le fait que les managers veulent assurer la viabilité à long terme de leurs sociétés alors que les « investisseurs se concentrent sur une sélection d'opportunités d'investissement avec de grands rendements à court terme et donc finalement peu compatible avec les thèses du développement durable ».
La réaction du marché discrimine selon le secteur de la société. Ainsi, lorsqu'elle officie dans les télécommunications, l'informatique ou les matériaux, l'obtention d'un prix vert lui permet de voir son cours de Bourse gagner 1,46 % dans les quatre jours qui suivent l'annonce. L'effet est neutre pour les entreprises de la finance, de l'alimentation et de la santé. Il est très négatif (- 3,42 % ) pour les secteurs des biens de consommation, de l'industrie et des services aux collectivités locales (eau, gaz, électricité).


Quête de crédibilité

Compte tenu de leur mode de production et de distribution à forte intensité de carbone, il « est presque impossible pour ces entreprises d'adopter un modèle de développement réellement durable ». D'où le scepticisme du marché et sa réaction négative. D'ailleurs, sa réaction « est fortement influencée par la capacité d'une entreprise ou d'un secteur à communiquer sur une stratégie et modèle de développement durable qui soit crédible », souligne Thibaut Dauphin.
Les investisseurs ne réagissent aussi pas de la même manière selon leur marché. Ainsi, au Japon, ils ont tendance à récompenser les sociétés qui obtiennent des prix verts. Des différences dans les législations sont un élément d'explication. En Europe, il était longtemps facile pour les sociétés de réduire leur émissions grâce à quelques dispositions simples prises sans bouleverser leur mode de fonctionnement. Les marchés ont pu assimiler l'obtention d'une récompense environnementale à ces mesu­rettes à court terme, bien différentes d'une authentique politique de développement ­durable.
NESSIM AÏT-KACIMI, Les Echos le 26/10/09

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