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Développement durable : Auchan méthanise ses invendus

13.01.2010, source : Les Echos.fr

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Quinze magasins du Nord valorisent en Belgique leurs déchets non consommables.

Il a fallu se tourner vers la Belgique pour trouver une solution de méthanisation à nos invendus », soupire Pierre Frisch, directeur environnement d'Auchan. Depuis trois ans, l'enseigne s'est convertie à ce mode de valorisation des déchets alimentaires encore confidentiel en France. Une quinzaine de magasins du nord de la France se sont mis à trier les invendus alimentaires dans des bennes spécifiques.
Les produits du rayon boulan-gerie, les fruits et légumes, les viandes, les poissons ou les fleurs subissent les dates de péremption, les variations climatiques des achats, des approvisionnements parfois surdimensionnés, etc. Les supermarchés se retrouvent tous les jours avec des aliments non vendables mais encore consommables, qu'ils donnent généralement à des banques alimentaires. Le reste est jeté. Dans les magasins Auchan du Nord, ces déchets rejoignent des bennes de différents formats. L'été, les conteneurs sont plus petits pour s'adapter à la baisse de consommation. L'hiver, le froid permet de conserver plus longtemps les déchets sans problème d'odeurs. « Nous avons signé un partenariat avec l'industriel belge Vanheede, qui récupère les déchets dans un rayon de 300 kilomètres de son usine. Il dispose d'une machine qui sait séparer l'alimentation de ses emballages, ce qui évite une main-d'oeuvre importante », explique Pierre Frisch.


Un taux de recyclage de 74 % 

Les emballages partent au recylage et la matière organique rejoint un méthaniseur. Cette grande cuve fermée abrite une soupe peu ragoûtante de bactéries anaérobies qui font fermenter les déchets organiques. Il en ressort du CO2 (de 20 à 50 % ), du méthane (plus de 50 % ), de l'eau et une matière ( « digestats ») valorisable par épandage agricole. Le méthane fait tourner de son côté un moteur qui entraîne un générateur d'électricité. Le site est autonome en énergie, puisque 25 % de l'électricité sert à alimenter l'usine, le reste étant revendu sur le réseau belge.
Ce procédé conserve toutefois de faibles rendements à cause de la présence d'eau. Le modèle n'est rentable que si les fournisseurs de « combustible » comme Auchan participent à son financement. « Nous ne faisons pas d'économies directes dans cette affaire, mais des économies de dépense, car nous évitons d'envoyer nos déchets fermentescibles en centre d'enfouissement, ce qui revient à 120 euros la tonne. La prestation de Vanheede est moins chère et nous faisons du bien à la planète », justifie Pierre Frisch.
Les quinze magasins ont livré l'an dernier 3.100 tonnes de déchets fermentescibles, soit un gain relatif pour Auchan de 120.000 euros et une énergie produite de 525 Mégawattheures. Cette nouvelle filière a permis, dans les magasins concernés, d'atteindre en 2009 un taux de recyclage des déchets de 74 %, alors que la moyenne des 120 magasins d'Auchan se situe à 63 %.
L'enseigne cherche à généraliser cette démarche, persuadée que le coût d'enlèvement et de transport va devenir de plus en plus élevé et que les déchets fermentescibles seront interdits d'enfouissement à terme. Depuis quelques mois, trois nouveaux magasins à Nice, Villetaneuse et Soisy-sous-Montmorency se sont rapprochés de petits pilotes expérimentaux de méthanisation. « Nous produisons au total 180.000 tonnes de déchets alimentaires et non alimentaires, dont nous pourrions méthaniser 48.000 tonnes qui ne peuvent être données aux banques alimentaires. Cela représente de 20 à 25 gigawatts de puissance, soit la consommation énergétique de 5.000 ménages, promet Pierre Frisch. Mais la France, qui ne compte aucune usine de méthanisation de taille suffisante près de nos magasins, a beaucoup de retard dans ce domaine. »
Quant à la réduction des gâchis en amont, elle « obsède » les responsables de l'enseigne : « Donner aux banques alimentaires, c'est bien, moralement, mais nous préférerions tout vendre évidemment. En tant que commerçants, les déchets sont malgré tout inévitables. Nous sommes tenus de prendre des risques en achetant de grandes quantités, pour proposer des promotions attractives par exemple. Nous nous reconnaissons donc un certain droit à l'erreur. »
MATTHIEU QUIRET, Les Echos le 12/01/10

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