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Déflation : les distributeurs tendent la main aux industriels

21.06.2014, source : Les Echos.fr

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La fédération de la distribution vient d’écrire elle aussi à Manuel Valls.Elle propose de mettre toute la filière alimentaire autour d’une table.

Supprimer la publicité nationale pour les comparateurs de prix : voilà ce que proposent les distributeurs pour lutter contre la spirale déflationniste des produits alimentaires ! C’est du moins la proposition la plus spectaculaire que contient la lettre que la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a envoyé le 16 juin au Premier ministre et que « Les Echos » ont pu consulter. Une proposition également adressée aux présidents de l’Ania (l’Association nationale des industries alimentaires), de Coop de France et des agriculteurs de la FNSEA.

Convaincre les indépendants

A première vue, c’est la réponse du berger à la bergère. Les trois organisations de la filière agroalimentaire se sont, en effet, adressées elles-mêmes à Manuel Valls le 11 juin ( « Les Echos » du 12 juin), pour faire part de leur « vive inquiétude » face « aux ravages de la guerre des prix », selon eux « entretenue (...) par les enseignes de la grande distribution ». Mais les distributeurs réunis au sein de la FCD (Carrefour, Casino, Auchan, Cora, etc.) entendent pour une fois sortir du jeu de postures qui les opposent depuis des années à leurs fournisseurs. En se montrant « constructifs » selon le mot de Jacques Creyssel, délégué général de l’organisation professionnelle.
 

« Nous refusons la stigmatisation », explique-t-il aux « Echos ». « La déflation actuelle (...) est une réalité », écrit-il encore au Premier ministre, « mais elle résulte avant tout d’une situation économique exceptionnelle de recul du pouvoir d’achat (...) qui renforce la compétition entre tous les acteurs ». En clair : les enseignes ne veulent plus passer pour les méchants qui étranglent les gentils industriels lors des négociations commerciales. « Il y a toujours un industriel qui fait une offre de baisse de prix pour conserver ses parts de marché », affirme Jacques Creyssel aux « Echos ». « S’il y a des abus, comme des demandes de garantie de marge, cela doit être sanctionné », ajoute-t-il.

Considérant que la déflation est mauvaise « pour tous les acteurs », le représentant des distributeurs intégrés fait à ses « partenaires » trois autres propositions. La FCD souhaite d’abord faire aboutir rapidement le label Relations fournisseurs responsables que l’Ania refuse de valider. Puis, surtout, « se mettre rapidement autour de la table » et, enfin, lancer une étude indépendante sur les grands enjeux de la filière alimentaires françaises : sécurisation des approvisionnements, rééquilibrage des filières animales (en perte de vitesse) et végétales, réflexion sur la façon en faire repartir à la hausse le budget alimentaire des Français, « notamment chez les jeunes ». L’Etat serait « associé » à cette démarche qui débuterait entre professionnels. « L’Etat a beaucoup de mal à faire de la stratégie », commente pudiquement Jacques Creyssel...

L’Elysée, saisi du dossier, a cependant annoncé jeudi 19 juin une réunion prochaine des acteurs. Le gouvernement pourra alors se prononcer sur cette main tendue des enseignes. Reste à convaincre les réseaux indépendants qui n’appartiennent pas à la FCD, et, notamment, le franc-tireur Leclerc. Serge Papin, patron de Système U, propose lui un nouveau « pacte alimentaire » depuis plusieurs mois.

Philippe BERTRAND, Les Echos, le 19/06/2014.

 

 

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