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Déçus par les soldes d'été, les commerçants de plus en plus hostiles aux dates « flottantes »

06.08.2010, source : Les Echos.fr

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Si le secrétaire d'Etat chargé du Commerce, Hervé Novelli, évoque un bilan « globalement positif », la plupart des professionnels, hormis dans les grands magasins et sur Internet, expriment une certaine déception. Les soldes flottants, instaurés depuis début 2009, font l'objet des critiques les plus vives, tandis que les consommateurs manquent d'appétit.

Malgré une hausse des ventes pendant les deux premières semaines, les soldes d'été, lancés le 30 juin, se sont achevés hier (sauf pour les régions PACA et Corse) sur un bilan global moins bon, si l'on en croit les professionnels, que ce que laisse entendre Hervé Novelli. Le secrétaire d'Etat chargé du Commerce a fait état, à l'occasion d'un déplacement aux Galeries Lafayette du boulevard Haussmann, à Paris, d'une tendance générale à la hausse - entre 5 %, « au minimum », et 15 %  par rapport aux soldes d'été 2009 -qui met ainsi fin à deux années consécutives de baisse. Ainsi, les Galeries Lafayette ont connu une hausse de 15 % des ventes au niveau national par rapport à la même période en 2009, et de 30 % sur le magasin Haussmann. Pour le BHV, le bilan est également positif, avec une croissance du chiffre d'affaires de 3 %.

A ce constat général « globalement satisfaisant » dressé par le ministre, les professionnels répondent de façon plus mitigée, à l'exception des grands magasins et des sites de vente en ligne, qui auraient connu une hausse de 15 % selon Hervé Novelli. Ainsi, Claude Boulle, président exécutif de l'Union du grand commerce de centre-ville (UCV), se félicite d'un bilan « très positif », pour la plupart des grands magasins, avec des progressions à deux chiffres, tandis que, sur Internet, certains sites, comme BrandAlley, n'hésitent pas à parler d' « un véritable raz-de-marée ».

Mais pour d'autres, la situation est moins florissante. Jean-Marc Génis, président exécutif de la Fédération des enseignes de l'habillement (FEH) - qui regroupe des enseignes telles que Celio, H&M, Zara, etc., et représente 38 % des achats réalisés -, évoque pour sa part « un bilan assez mitigé ». Dans l'attente des chiffres définitifs que lui communiqueront les chaînes, il craint « une absence de progression cette année » pour les soldes d'été. La Fédération des enseignes du commerce associé (FCA), qui représente les groupements coopératifs (Système U, Intersport, etc.), a interrogé ses adhérents. Il en ressort que, « globalement, 62,5 % des commerçants se déclarent "moyennement satisfaits" de ces derniers soldes ». De fait, les progressions de chiffre d'affaires sont comprises entre 2 % et 7 % pour la moitié d'entre eux, mais, pour plus du tiers, il est question d'une baisse de 5 % en moyenne. Du côté du petit commerce indépendant, Charles Melcer, président de la Fédération nationale de l'habillement (FNH), dresse un bilan « relativement positif », avec une augmentation comprise entre 3,5 % et 4 %  par rapport aux soldes de 2009.


Une réunion au sommet

Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer ces résultats mitigés, à commencer par l'effet des soldes flottants ou le budget serré des consommateurs. Sont également incriminés le démarrage tardif des soldes cette année, le 30 juin - une semaine plus tard que l'an dernier -ou la concurrence de la vente en ligne.

Les soldes flottants figurent en première place des critiques. Selon la FCA, 75 %  des entrepreneurs qui ont connu un recul de leur chiffre d'affaires au terme de ces soldes d'été dénoncent « les soldes flottants et autres promotions comme facteurs majeurs des différentes baisses constatées ». Un constat partagé par Jean-Marc Génis, selon lequel « les soldes flottants banalisent le terme même de "soldes" », et par Charles Melcer, qui dénonce « une erreur majeure  ». Conscient des critiques qui sont adressées à cette nouvelle réglementation, Hervé Novelli a déclaré qu'il convoquerait, avant le 15 septembre, une réunion sur le dispositif des soldes flottants, rappelant que « c'est une décision qui n'a pas été prise à la légère ».

L'activité des sites marchands opérant sur la Toile revient aussi souvent comme explication des moindres performances des magasins. Ainsi, 50 % des commerçants interrogés (parmi les secteurs de l'alimentaire, de l'équipement, des loisirs, etc.) pour le sondage de la FCA et qui ont connu une baisse de leur chiffre d'affaires « pointent également du doigt la concurrence des achats via Internet  ». Celle-ci semble être moins ressentie dans l'habillement, un secteur où, selon la FEH et la FNH, l'acheteur conserve l'habitude de se déplacer en magasin pour essayer et juger sur place. De surcroît, certaines enseignes disposent maintenant de leur propre portail Internet, et ont ainsi su s'adapter, rendant la vente en ligne complémentaire, et non concurrente, à leurs activités.


J.P LES ECHOS,e le 04.08.10

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