Cyclofix, Help My Bike et Ridy : sprint dans la réparation de vélos

2017-11-22T17:52:00+02:00

22.11.2017, 


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Faire réparer son vélo à domicile, au bureau ou dans la rue... Un concept lancé par la start-up Cyclofix en janvier 2016, suivie de près par Help My Bike et Ridy. Trois start-up avec des positionnements et des stratégies différentes.

En France, 39 % des vélos personnels nécessitent une remise en état, selon une étude de l’Observatoire des mobilités actives publiée en mai 2013. C'est pour répondre à ce besoin qu'ont émergé des start-up comme Cyclofix, Ridy ou Help My Bike. Ces start-up visent une clientèle plutôt urbaine qui va au travail à vélo, soit environ 2 % des actifs soit un peu plus de 500 000 personnes en France, selon une enquête de l'Insee sortie en janvier 2017.

L'offre de services des ces start-up est identique : une réparation géolocalisée, c'est à dire « Où vous voulez, quand vous voulez », affiche Help My Bike sur son site internet. Le client donne la position de son vélo s'il est accès libre, ou prend rendez-vous avec réparateur à domicile, au bureau ou où bon lui semble ; enfin, le client choisit une heure d’intervention. Le délai d'intervention est rapide : il faut moins d’une journée en moyenne, assurent les start-up, pour que le vélo soit à nouveau utilisable.

« On assiste à une uberisation de la réparation de vélos. Sauf qu’à l’inverse des taxis qui ont été remplacés, il n’y avait pas vraiment de solution. Ces start-up répondent à un réel manque », analyse l’experte en techniques commerciales Evelyne Platnic Cohen.

Le nombre croissant de start-up sur le marché de la réparation de vélos géolocalisée est un indice positif, assure Jean de La Rochebrochard. « La concurrence est bonne pour le business. Cela poussera les start-up à se dépasser et fera baisser les prix pour le consommateur », explique l'investisseur, associé chez Kima Ventures. Les dépenses en marketing de chacune d'elle serait bénéfique pour l'ensemble des acteurs du secteur en démocratisant l'usage de ce nouveau service.

Mais face à l’explosion d'offres, la fondatrice et dirigeante de Booster Academy, Evelyne Platnic Cohen  prévient : « s'ils ne se différencient pas, il n’y aura pas de places pour tous les acteurs ». La réussite dépendra donc du modèle économique et de la stratégie marketing mis en place par chacune de ces jeunes pousses.

Cyclofix, le précurseur, se développe déjà partout en France et à l’étranger

Dès août 2015, l’idée germe dans l’esprit d’Alexis Zerbib, trentenaire passé par une agence de publicité, de son père Eric-Flaesch-Zerbib et d'un collègue d’agence de publicité, Xavier de Gevigney. « J’ai commencé par me former à la réparation de vélos et j'ai lancé le service moi-même pour voir si ça marchait », raconte Alexis Zerbib. Après une centaine de réparations, il engage des réparateurs indépendants et crée Cyclofix en janvier 2016. « C’est comme une franchise 2.0 : on prend en charge l’administratif, la logistique, le service client… et eux s’occupent de la réparation », explique le cofondateur.

Chaque réparateur est évalué puis formé à la réparation et au service client. Pas question d’adopter « le modèle tant décrié du montant fixe par course utilisé par Deliveroo ou Uber », revendique Alexis Zerbib. Cyclofix centralise la facturation puis reverse au réparateur le chiffre d'affaires qu'il a réalisé. La start-up prélève au passage une commission, dont elle ne divulgue pas le montant.

Si les comptes de la start-up sont encore dans le rouge, « le modèle est rentable », assure M. Zerbib, qui affirme privilégier l’investissement et l’expansion. Cyclofix dispose aujourd'hui d'un réseau de 40 réparateurs à Paris, Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Grenoble, Lille et leurs villes avoisinantes.

Et pour accélérer son déploiement en France et développer une application mobile géolocalisée, Cyclofix a réalisé, en juin 2016, une levée de fonds auprès du fonds d'investissement de Xavier Niel et Jeremie Berrebi, Kima Ventures, et de business angels. « On n'avait jamais vu une telle entreprise avant. Le marché est gros et le besoin clairement identifié. Ce sont les qualités qui priment pour un investissement », souligne Jean de La Rochebrochard, associé chez Kima Ventures.

Cyclofix compte encore changer de braquet dans les mois qui viennent. En octobre 2017, la start-up lève un million d’euros auprès de l’accélérateur de business Via ID, de Bpifrance et de business angels, avec pour objectif de s’internationaliser. En ligne de mire pour 2018 : Londres, Berlin, Munich ou Madrid.


Help My Bike sécurise son modèle avec des salariés

Gregory Pigier, lui-même cycliste, lance sa start-up de réparation de vélos en avril 2016. « Nous avons aussi un service complet d’entretien, de révision et de rénovation pour les vélos classiques, cargos ou hollandais », insiste le cofondateur d’Help My Bike.

Si le concept est similaire à celui de Cyclofix, le modèle économique est tout à fait différent. Les deux réparateurs - un troisième devrait être embauché en 2018 - qui sillonnent Paris en vélo cargo sont des employés de la start-up. Avant d’être embauchés, ils ont été formés et qualifiés par un certificat de formation professionnelle. « Le volume de réparateurs est faible par rapport à la demande, il serait intéressant d’imaginer des cours avec un diplôme à la clé, voire une académie », conseille d'ailleurs Evelyne Platnic Cohen pour le développement de ces start-up.

Autre stratégie de croissance envisageable : l’abonnement. « Un abonnement est à l’étude, notamment pour les comités d’entreprises, avec qui nous réalisons plus de 50 % de nos prestations », réagit Gregory Pigier. La start-up s’occupe de l’entretien des vélos des salariés d’AccorHôtels ou encore de BNP Paribas. Mais l’entrepreneur préfère avancer « pas à pas ». « Pour l’instant notre clientèle teste le service, nous pensons proposer un abonnement dans 5 ou 6 mois », explique-t-il.

Même stratégie pour s’étendre sur le territoire français. Le cofondateur veut « sécuriser le modèle à Paris avant d’exporter un modèle qui fonctionne dans d’autres villes ». Il prévoit une levée de fonds pour financer son déploiement dans d'autres villes françaises.

Avec un chiffre d’affaires de 50 000 euros d’avril 2016 à mai 2017, la start-up est à l’équilibre et commence même à devenir rentable, selon Gregory Pigier, qui a apporté les fonds de départ avec la cofondatrice et actionnaire Maguelone Develay.


Ridy se différencie avec des ateliers de réparation B to B

En juillet 2016, c’est au tour de Ridy de voir le jour à Paris. Arthur Feraud, Alain Bretillot, Philippe Leclerc et Nicolas Matt, passionnés de cyclisme, sont les cofondateurs de cette start-up. « On a mis nos compétences en commun pour mettre fin à ces vélos épaves qui jonchent Paris », raconte Philippe Leclerc.

Ils travaillent avec cinq micro-entrepreneurs qui se déplacent avec leur propre vélo ou empruntent un vélo cargo de Ridy. Payés à l’heure, ils récupèrent également une commission de 25 % sur la prestation et les produits qu'ils vendent. Le réparateur est incité à proposer au client des produits annexes, comme des lampes pour vélo par exemple.

Début 2017, Ridy gagne le Marathon Pitch du Salon des entrepreneurs de Paris, puis de la finale organisé par Les Echos Entrepreneurs. A l’été 2017, les cofondateur de Ridy sont sélectionnés par Moove Lab, l’incubateur du CNPA (Conseil national des professions de l’automobile) et de Via ID. Depuis septembre 2017, ils bénéficient d’un accompagnement de 6 mois au sein de Station F.

Le fonds d’investissements Via ID accompagne donc Ridy, alors qu'il a également participé à la levée de fonds de Cyclofix. « Nous avons pour principe de ne pas investir dans deux concurrents. Nous rencontrons donc tous les acteurs du marché pour savoir si on mise sur la bonne start-up. Et on a pensé que Cyclofix était plus performant », explique Sophie Bailly, responsable marketing chez Via ID. Les deux start-up ont cependant un marché différent, souligne-t-elle.

Cyclofix travaille principalement en B-to-C, tandis que Ridy réalise la moitié de ses réservations auprès d’entreprises, comme Ubisoft ou Solar Hôtel. « Ce pivot sur les entreprises est un modèle tout à fait intéressant pour Ridy », souligne Sophie Bailly. Les deux start-up seraient ainsi plus complémentaires que concurrentes. D'ailleurs, Philippe Leclerc, CEO de Ridy, développe des ateliers de réparation depuis mai 2017, en particulier en entreprise.

La start-up n’est pas encore rentable, mais elle vise une levée de fonds de 350 000 euros, pour financer le lancement de son service à Strasbourg au printemps 2018. Son ambition ne s’arrête toutefois pas aux frontières, puisque Philippe Leclerc espère s’exporter à Bruxelles, Berlin ou encore Londres d’ici trois ans.

Amélie PETITDEMANGE, Les Echos Entrepreneurs, le 18/11/2017

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