Les secteurs

Croissance verte : comment Accor s'est fait une place au soleil

21.04.2010, source : Les Echos.fr

imprimer

Le groupe hôtelier vient d'installer son centième chauffe-eau solaire collectif dans le monde. Au total, le groupe a investi 6 millions d'euros (dont la moitié en France), avec, en retour, une économie annuelle de 28 euros par mètre carré.

Nous sommes le premier opérateur privé dans le solaire thermique », affirme Patricia Cortijo, directrice environnement d'Accor. Le groupe hôtelier vient d'équiper son centième établissement d'un système de chauffe-eau solaire. Avec 8.179 mètres carrés de panneaux solaires et une production de 3.739 mégawattheures en 2009, les toits du groupe sont devenus des petits opérateurs d'énergies renouvelables. A l'échelle mondiale du groupe, c'est une goutte d'eau dans la plomberie des 4.100 hôtels. Au niveau français, les quelques dizaines d'installations aident pourtant la filière à passer de l'artisanat à l'industrialisation.


L'aventure d'Accor dans le solaire remonte à 1998 et marque la première incursion du groupe dans l'environnement. Le coup d'accélérateur n'est toutefois intervenu qu'en 2006, à l'occasion d'un partenariat avec l'Ademe. L'objectif était alors d'équiper une centaine d'hôtels en France. « Nous avons identifié les bâtiments adaptés sur les 600 que compte la France, explique Patricia Cortijo. Nous avons écarté les établissements sous franchise ou managés par Accor pour ne retenir que ceux détenus en propre. Il a fallu ensuite écarter également ceux ne disposant pas de terrasses ou de locaux techniques suffisamment spacieux. »


Retards administratifs 

La crise est depuis venue jeter son ombre sur la cible initiale, le groupe n'ayant pas investi autant que prévu : la centaine d'équipements existent bien… mais à l'échelle mondiale. Notamment au Maroc, au Brésil, en Chine et en Australie. Le projet français a également pâti de retards administratifs, tant dans le montage des dossiers que dans l'établissement des permis de construire. La gestion centralisée du groupe a notamment été déroutée par l'organisation régionale de l'Ademe.


Ces difficultés ne remettent pas en question l'objectif final de 100 installations, toujours programmées, en comprenant les installations déjà réalisées dans les différentes marques françaises du groupe : 12 Formule 1, 10 Etap Hotel, 24 Ibis, 6 Novotel et 4 autres sites français. Formule 1 a profité d'une campagne de rénovation de ses chambres et de la forte standardisation de ces hôtels pour intégrer les chauffe-eau. Quant à Ibis, c'est la marque d'Accor la plus impliquée dans l'environnement, avec une certification ISO 14001.


Accor a mis en place un petit comité pour pousser les feux solaires. Composé des services achats, technique et développement durable, il a d'abord mandaté le bureau d'études Tecsol pour préparer un appel d'offres sur les 100 systèmes visés. « Il s'agissait notamment d'éviter le surdimensionnement des installations, qui peut générer des surchauffes en été », selon Patricia Cortijo. L'équipementier français Clipsol a été sélectionné sur les bases d'un partenariat. Face à l'atomisation des installateurs et à l'hétérogénéité de leur compétence, Accor a préféré sous-traiter les chantiers de pose à Clipsol. Leurs équipes ont également travaillé de concert sur la conception sur mesure d'un système unique. Pour diminuer les coûts de pose, la structure porteuse des panneaux a été préfabriquée. Le partenariat permet aussi à Clipsol d'expérimenter sur quelques sites des techniques innovantes comme les tubes sous vide.


De 10 % à 15 % des besoins

Le groupe a investi environ 6 millions d'euros dans cette opération, dont la moitié pour la France. Ses responsables tablaient initialement sur un prix moyen au mètre carré autour de 700 euros, mais ont plutôt constaté un coût de 800 euros. Ces panneaux ont assuré 40 % de la production de leur eau chaude sanitaire. Comme ce poste représente de 20 % à 30 % du poste énergie d'une telle activité, le solaire thermique remplit de 10 % à 15 % des besoins en énergie. Avec une économie annuelle de 28 euros par mètre carré, le système promet un temps de retour sur investissement de dix à quinze ans, même avec les aides de l'Ademe. Le recours à plusieurs bureaux d'études a pesé sur la facture, qui pâtit aussi des lourdes mesures de suivi des performances énergétiques des installations qu'impose l'Ademe, de l'ordre de 3.000 euros par hôtel. Depuis 2008, le partenariat du groupe avec l'Ademe s'effectue dans le cadre du fonds chaleur.


Doté de 1 milliard d'euros pour la période de 2009 à 2011, ce fonds est financé par l'Etat pour soutenir la croissance des énergies renouvelables dans la production de chaleur. Les projets sont gérés selon deux modes : les grosses usines thermiques à biomasse font l'objet d'un appel d'offres annuel de l'Ademe et les plus petits projets sont gérés au cas par cas par les directions régionales de l'Ademe. L'opération d'Accor s'insère moins naturellement dans le fonds chaleur, par sa taille intermédiaire et son organisation centralisée, mais ses responsables saluent les efforts de l'Ademe pour en faciliter la gestion.

MATTHIEU QUIRET, Les Echos, 20.04.2010

Dernières actualités