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Conseiller en gestion de patrimoine indépendant, une profession menacée

29.10.2012, source : Les Echos.fr

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La profession souffre de l’environnement réglementaire et fiscal. Elle est dans le collimateur de Bruxelles, qui souhaite harmoniser le statut des intermédiaires financiers.

Les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (ou CGPI) sont-ils voués à disparaître ? Objet de débat, leur mode de rémunération, qui fonde leur modèle économique, a conduit Bruxelles à le rendre transparent. Mais la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers, révisée le 26 septembre dernier par le Parlement européen, ne ménage que partiellement les CGPI.

Indépendants de tous réseaux bancaires ou d’assurances, ils perçoivent des honoraires versés par leurs clients mais touchent aussi des commissions de la part de leurs partenaires fournisseurs en produits de placements. Critiqué, ce statut hybride doit être réformé avec doigté. La Grande-Bretagne a en effet décidé, en mars 2010, de supprimer les commissions des « independent financial advisers », les homologues des CGPI. En conséquence, « 70 % des cabinets indépendants ont disparu en trois ans », rappelle Philippe Dié, qui exerce à Paris depuis trente-cinq ans.

Dans ce contexte, Bruxelles a autorisé les commissions, à condition qu’elles soient précisées dans le détail aux clients, selon une exigence de « transparence totale ». La mention d’ « indépendance » du conseil devra également disparaître, les intermédiaires seront tenus de préciser aux clients s’ils ont procédé à un appel d’offres ou s’ils ont proposé les produits de leurs partenaires habituels.

Cet arbitrage ne contente pas vraiment les CGPI. « Les arguments sur notre manque d’indépendance sont aberrants. Nous sommes là pour faire croître les actifs de nos clients donc nous avons intérêt à leur conseiller les meilleurs supports sinon nous les perdrons », souligne Hugo Benoît, CGPI à Vannes en Bretagne.

Nombreux défis

La profession doit, en outre, faire face à de nombreux défis. Elle souffre notamment d’un déficit d’image auprès du grand public. « Notre métier ne s’est pas encore assez démocratisé, souligne Jean-Luc Deshors, président d’un groupement de CGPI. Nos parts de marché stagnent à 6,7 % depuis 1994. » S’ajoute à cela la pression réglementaire. Selon un baromètre du marché réalisé pour la sixième année consécutive par BNP Paribas Cardif, plus de neuf CGPI sur dix considèrent l’adaptation à la réglementation comme un défi de taille. « L’environnement réglementaire qui pèse sur notre activité est stérilisant. On perd du temps et de l’énergie à répondre aux exigences du régulateur et cela n’apporte rien aux clients », regrette Alain Quintric, qui exerce à Rennes depuis 1984. Les CGPI redoutent également l’évolution de la fiscalité. « Si in fine elle grève la pertinence de nos conseils, nous allons sans doute pâtir de cette vision politique court-termiste du gouvernement », s’inquiète Géraldine Metifeux, CGPI à Paris.

Conséquence de la crise financière, les clients se montrent plus attentistes. « Les clients retardent leurs placements alors qu’il faudrait être plus agressif, ils privilégient les actifs chers comme l’or ou l’immobilier. L’enjeu, pour nous, est de les inciter à développer les réflexes contraires », explique Alain Quintric. Certains entendent néanmoins profiter de la crise pour se faire connaître. « On voit des épargnants frapper pour la première fois à notre porte. La médiatisation de la crise les a conduits à se poser des questions sur leur patrimoine, ils cherchent un oeil indépendant et objectif », témoigne Hugo Benoît. Selon une étude réalisée par Morningstar, une société d’analystes indépendants, présentée au Salon Patrimonia le 27 septembre, plus d’un conseiller sur cinq anticipe cependant une mauvaise année, dont plus de 5 % prédisent à la profession une année noire.

Les Echos, 24/10/2012

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