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Conjoncture : le bricolage broie du noir après un début d'année catastrophique

16.07.2013, source : Les Echos.fr

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Le printemps pourri a gelé les ventes d’articles de jardinage et a fait chuter le chiffre d’affaires dans des proportions historiques. Au-delà de la météo, les spécialistes du bricolage sont pris en tenaille par la baisse du pouvoir d’achat et le ralentissement du marché de l’immobilier, dont le dynamisme générait jusqu’alors de nombreux travaux d’aménagement.

Les Castorama et Leroy Merlin, champions français du « do it yourself », n’en sont pas là. Mais le dépôt de bilan, hier, de Praktiker, qui exploite 300 magasins de bricolage en Allemagne, pour des raisons de mauvaise gestion, mais aussi à cause des méventes du début de l’année, pointe la fragilité du secteur.

« C’est la première fois depuis 1975 que je vois une conjoncture si difficile dans le bricolage. Cette année, même le mauvais temps impacte les ventes », expliquait fin juin aux « Echos » Jean-Claude Bourrelier, le PDG de Bricorama. « Le début de l’année a été catastrophique. Les chiffres sont mauvais. Nos adhérents, mais aussi les fabricants de matériel, sont préoccupés ou inquiets », confirme Caroline Hupin, déléguée générale de la Fédération des magasins de bricolage (FMB).

De fait, l’indice mensuel de la Banque de France pour le premier trimestre 2013 donne le vertige. Les ventes en volume ont chuté de 6,09 % en janvier, de 11,9 % en février et de 12,2 % en mars. Avril a marqué statistiquement un retour à la stabilité, mais la comparaison avec le même mois de l’année précédente reste cruelle car avril 2012 avait été marqué par une brutale rupture de tendance, s’inscrivant en recul de 11 % sur le même mois un an plus tôt. Facteur aggravant, ces baisses interviennent après une année 2012 déjà médiocre, à peine stable en termes de chiffre d’affaires et en recul de 2,5 % en volume. Poids lourds historiques du marché, Castorama a vu ses ventes diminuer de 4 % à magasins comparables et Brico Dépôt, sa filiale low cost, de 7,3 %.

Faut-il craindre pour le secteur un déclin similaire à celui que connaît la distribution de biens culturels et de produits électroniques ? « Le mauvais début d’année est dû pour beaucoup à la météo, qui a été exécrable et a pénalisé les ventes de produits d’extérieur et pour le jardinage », tempère Caroline Hupin. Laquelle ajoute aussitôt : « Il est vrai que notre activité souffre aussi de deux autres phénomènes plus structurels, la baisse du pouvoir d’achat libérable des Français et le ralentissement du marché de l’immobilier. » Mais « notre marché reste solide », ajoute la déléguée générale de la FMB. Chez Castorama, si les ventes d’articles saisonniers et d’extérieur ont dégringolé de 11 % au cours du premier trimestre de l’exercice 2013-2014, celles des produits d’intérieur n’ont baissé que de 3 %.

Déprime saisonnière

Le secteur du bricolage n’est-il alors victime que d’une déprime saisonnière ? La baisse des mises en chantier de nouveaux logements et l’atonie du marché de l’immobilier pénaliseront encore demain les enseignes qui, comme Brico Dépôt, comptent une bonne part d’artisans dans leur clientèle. Pour les autres, plus grand public, tels Castorama ou Leroy Merlin (qui a vu ses ventes progresser de 4 % en 2012), le mois de mai a marqué un retour à la stabilité.

« Notre dernière enquête sur les intentions d’achat indiquait que 71 % des Français envisageaient de réaliser des travaux dans les mois à venir. La hausse de l’énergie, par ailleurs, va porter les travaux d’isolation », souligne Caroline Hupin.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 12/07/2013

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