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Commerces : la distribution traditionnelle malade de ses rayons non alimentaires

14.06.2012, source : Les Echos.fr

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De façon durable pour les réfrigérateurs ou les téléviseurs, par à coups pour le textile : les produits d’équipement de la personne et de la maison souffrent de la crise et de la concurrence du commerce électronique. Une remise en question du modèle économique des grandes surfaces.

Au moment où s’ouvre ce matin à Paris le SIEC, le Salon de l’immobilier commercial, les professionnels de la distribution n’en finissent plus de s’interroger sur l’avenir de leur métier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis plus d’un an, les enseignes, qu’il s’agit des hypermarchés généralistes ou des spécialistes, souffrent en France de la débandade des clients dans les rayons non alimentaires.

Au premier trimestre 2012, les ventes des hypermarchés Carrefour sur ces marchés ont baissé de plus de 10 % . Celles des Géant Casino baissaient de 7,9 %. Dans le même temps, Darty, le spécialiste des produits bruns (électronique grand public) et blancs (électroménager) affichait une baisse de 10 % de son chiffre d’affaires du 9 janvier au 30 avril (à surface égale). La FNAC, l’enseigne de biens culturels, a limité la casse au cours des trois premiers mois de l’année, mais a tout de même vu ses ventes baisser de 2,1 %.

Autre marché en souffrance, le textile. Selon l’Insee, la consommation de textile cuir a reculé de 8,2 % en avril, soit son plus bas niveau depuis janvier 2002 ! Sur un an, l’Institut français de la mode (IFM) fait état d’une chute des ventes d’environ 15 % en valeur.

Plusieurs phénomènes expliquent cette tendance baissière. L’électronique grand public combine la chute des ventes de télévisions, due à l’échec de la 3D, et le baisse des prix de l’informatique. Les produits non alimentaires, en particulier l’électroménager et le textile, font aussi les frais des arbitrages d’un consommateur au pouvoir d’achat contraint par la crise.

Si pour les vêtements, les courbes varient avec la météo, le problème paraît plus structurel pour les autres marchés. D’autant plus que les enseignes subissent de plein fouet sur ces rayons, la concurrence du e-commerce. Acheter un réfrigérateur sur Internet est devenu la norme. Sur la Toile, les comparaisons sont infinies tant sur le plan technique que sur le plan des prix. Grâce à cela et aux avis émis sur les réseaux sociaux par les utilisateurs, le consommateur est devenu un expert qui fait fi des anciennes techniques commerciales.


La concurrence du e-commerce

« L’e-commerce entraîne une mutation comme l’on n’en connaît que tous les cinquante ans », estime Philippe Nobile, spécialiste de la distribution chez Kurt Salmon. Là aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le syndicat Fevad, les ventes du commerce électronique ont progressé de 24 % au cours du premier trimestre 2012, à 11 milliards. Les sites des réseaux en dur sont de la partie : fnac.com est à +15 %, Cdiscount, la filiale de Casino, à +12,2 %, et Darty.com, à +10 %. Mais pour ces derniers, la concurrence avec des « pure players » qui achètent de la part de marché au détriment de leur rentabilité (1 % en net pour Cdiscount) reste difficile. Et leurs enseignes doivent faire évoluer dans l’urgence les points de vente physique.


Philippe BERTRAND, Les Echos, le 13/06/2012

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