Commerce : une France à deux vitesses

2018-02-02T16:03:00+02:00

02.02.2018, 


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Pour la deuxième édition de son palmarès des centres-villes, la fédération Procos a choisi de saluer les efforts plutôt que de pointer les carences. Les métropoles sont florissantes, les petites villes, sur une mauvaise pente.

 

Tours, Le Havre et Pontarlier, chacune dans sa catégorie sont les trois lauréates de la deuxième édition du palmarès des centres-villes commerçants, dressé par la fédération Procos qui regroupe 260 enseignes. Alors que la lutte contre la désertification des centres urbains a été quasi élevée au rang de cause nationale par le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mezard, Procos a voulu mettre en valeur les bons élèves plutôt que stigmatiser les cancres, en étudiant, dans 233 villes, la progression des chiffres d'affaires des enseignes, le nombre de partants et l'arrivée de nouveaux commerçants.

La situation diffère du tout au tout entre les métropoles de plus de 500.000 habitants où le commerce est florissant, les villes moyennes, (de 200 à 500.000) où quelques rues fonctionnent très bien grâce aux locomotives qui s'y installent, aux dépens souvent des commerces de bouche ; et les petites villes, (- de 200.000) sans concurrence en périphérie, mais dont le salut - incertain - réside dans l'attractivité touristique ou la grande qualité des commerçants. Les trois gagnantes ont en commun des élus et des professionnels qui n'acceptent pas comme une fatalité les rideaux baissés. Dans ces trois villes, le taux de vacance n'a pas évolué, le chiffre d'affaires des enseignes, pas baissé.

Une détérioration enfin prise en compte

Cette stagnation représente paradoxalement un progrès dans un paysage national dont la situation ne s'améliore guère : d'après l'étude de Procos, le taux moyen de la vacance en centre-ville est passé de 7,2 % en 2012 à 9,5 % en 2015 et 11,1 % en 2017 ; « 62 % des 233 centres-villes observés dépassent les 10 %, on n'en comptait qu'une sur dix en 2001 ». Démographie, baisse des emplois publics, désindustrialisation, inadaptation de la taille des boutiques, accessibilité difficile aux centres, parkings insuffisants... Les explications sont plus nombreuses que la seule concurrence des zones commerciales en entrée de ville et le développement des centres commerciaux de périphérie. Un autre ennemi a émergé : la vente en ligne qui oblige à réorganiser les espaces, l'accueil, le conseil dans les « vrais » magasins. « On ne peut que constater la décorélation entre des chiffres d'affaires qui baissent et des loyers qui augmentent, et transfèrent la rente du commerce à l'immobilier. C'est vrai surtout dans les grandes villes. paradoxalement, dans les petites la rentabilité peut-être bonne car les loyers et le droit au bail restent raisonnables », poursuit l'étude. « Le processus de détérioration n'est pas stoppé, explique Emmanuel Le Roch, le délégué général de la fédération. Mais les élus d'abord, le gouvernement ensuite ont pris conscience du phénomène ».

Un plan de 5 milliards

Le 16 janvier, le ministre de la Cohésion des territoires a précisé le contenu du plan, « action coeur de ville » annoncé un mois plus tôt. Il devrait être doté de 5 milliards d'euros sur trois ans, alimenté par la Caisse des Dépôts, Action Logement et l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH). Il reste à définir les mesures qui figureront sans doute dans la loi Logement prévue pour le printemps. Le plan annonce déjà les « périmètres prioritaires d'intervention » dans le cadre d'ORT, « opération de revitalisation du territoire ». Au-delà de ces acronymes qui risquent de compliquer encore les documents d'urbanisme, le principe, précisé dans une circulaire du 17 janvier, consiste à repérer 200 à 250 villes, des « pôles d'attractivité » situés hors des périmètres des métropoles, dans lesquelles une action de redynamisation du coeur de ville est nécessaire. Mais « la nécessité ne suffit pas » précise le texte qui insiste sur la volonté politique des élus de mener un projet concernant l'une ou plusieurs des thématiques répertoriées, marché local de l'habitat, dégradation du bâti, vacance des commerces, enclavement, traitement des friches, insuffisance de l'offre de services à la population... Les préfets de région ont jusqu'au 15 février pour recenser les villes éligibles.

Catherine Sabbah, Les Echos, le 30/01/2018

 

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