Chaussures : Bata France en redressement judiciaire

27.11.2014, source : Les Echos.fr

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La marque de chaussures a vu ses ventes et sa rentabilité se dégrader depuis trois ans. Elle mise sur des repreneurs pour son réseau de magasins, afin de sauvegarder 800 emplois.

Bata, la célèbre marque de chaussures, a décidé de se placer sous la protection de la justice française. Selon nos informations, la filiale tricolore du groupe familial canadien devrait demander l’ouverture le vendredi 21 novembre d’un redressement judiciaire au tribunal de commerce de Nanterre (92), avec l’objectif de susciter l’intérêt d’un ou plusieurs repreneurs. Quelques 800 emplois sont en jeu, au siège à Puteaux et dans les 136 magasins Bata en France, dont une trentaine en région parisienne.

La société, fondée en 1894 en Tchécoslovaquie avant que la famille n’émigre au Canada, a vu sa perte d’exploitation se creuser l’an dernier à plus de 9 millions d’euros pour 91 millions de revenus. En cumulé, la perte atteint plus de 30 millions sur quatre ans. Le groupe canadien a décidé d’arrêter les frais en France pour ne pas mettre en péril le reste de l’activité dans le monde, où il compte 5.000 magasins et où il tire mieux son épingle du jeu. La procédure judiciaire va lui permettre de geler les dettes fournisseurs. L’histoire de la marque, connue pour son slogan « Pas un pas sans Bata », a été jalonnée de hauts et de bas en France. Après son apogée dans les années 1970, l’entreprise a connu des premières difficultés au début des années 2000 : le groupe avait alors fermé son site de production en Moselle (800 salariés). Depuis, Bata, avec ses chaussures « pour tous les jours », vendues à un prix moyen de 40 euros, n’a pas réussi à redécoller, à cause d’un positionnement trop flou.

C’est la crise de 2008 qui a précipité sa chute dans l’Hexagone. La fermeture d’une soixantaine de magasins depuis et un plan de relance n’ont pas suffi pour maintenir la rentabilité de la société, dont les ventes s’élevaient alors à 110 millions d’euros. Depuis trois ans, elle a replongé dans le rouge et la mauvaise conjoncture depuis la rentrée, avec un marché de la chaussure en recul de 10 % en septembre et octobre, a encore aggravé la situation. Sans parler de la forte concurrence des deux leaders, Vivarte et Eram, d’Internet et des chaînes d’habillement (H&M, Zara...) qui vendent de plus en plus de modèles.


Augmentation des prix

Au-delà, la nouvelle offre de Bata pour la saison automne-hiver n’a pas fonctionné. L’entreprise a lancé une collection unique sur le Vieux Continent pour se relancer. En plus d’un style trop pointu, les prix ont augmenté, coupant la marque de sa clientèle populaire sans pour autant attirer des consommateurs à plus fort pouvoir d’achat. Bata a conservé en France l’image d’une marque bas de gamme pour la famille alors que plus de la moitié des modèles sont en cuir.

La fabrication est réalisée à 60 % en Europe (Italie, Espagne, Portugal...) et le reste en Chine, en Inde ou en Indonésie. Le groupe a rappelé, il y a un mois, François Le Ménahèze, ancien patron de 2008 à 2010, pour trouver des solutions. Le point fort de la marque reste ses emplacements, dont 40 % sont en centre-ville.

Dominique CHAPUIS, Les Echos, le 21/11/2014

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