Les secteurs

Centres commerciaux : Simon Property entre au capital de Klépierre

12.03.2012, source : Les Echos.fr

imprimer

L’américain, leader mondial des centres commerciaux, va développer avec Klépierre une offre unique de présence sur trois continents.

L’entrée de la foncière américaine au capital de Klépierre marque un tournant dans le secteur des foncières. Il n’existait en effet pas encore d’acteur ayant une présence des deux côtés de l’Atlantique. Aucune foncière jusqu’à présent ne pouvait donc assurer une implantation mondiale aux enseignes clientes de ses centres commerciaux.

Avant la transaction annoncée hier, Simon Property Group (SPG) était déjà leader mondial avec une capitalisation boursière de 41 milliards de dollars, contre 14 milliards d’euros pour la plus grosse en Europe, Unibail Rodamco, et 5 milliards pour Klépierre. Mais sa présence restait concentrée en Amérique du Nord, avec une diversification en Asie. Il avait dans le passé une présence marginale en Europe, mais il s’était retiré en février 2010, en vendant ses 7 centres commerciaux en France et en Pologne à Unibail-Rodamco pour 715 millions d’euros. Aujourd’hui, moyennant 1,5 milliard d’euros, il fait un retour en force. Il va ajouter à ses 337 centres commerciaux les 273 possédés par Klépierre dans 13 pays. Il ne rachète que 28,7 % du capital. Mais il ne veut pas déclencher une OPA (obligatoire au-delà de 30 % ). Elle serait inutile puisque le bloc acquis en fait déjà le principal actionnaire et lui donne trois représentants au conseil de surveillance, dont David Simon, le PDG de SPG. Il aura toute latitude pour travailler avec le management de Klépierre à une stratégie commune.


Doper la rentabilité

C’est un coup dur pour Unibail-Rodamco. Le leader européen des foncières de centres commerciaux a fondé sa stratégie sur le fait d’offrir aux enseignes une présence paneuropéenne. Avec Simon Property, Klépierre aura une offre imbattable conjuguant les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie, et peut donc potentiellement attirer à l’avenir les enseignes les plus recherchées, avec en plus un fort pouvoir de négociation du prix des baux car une telle couverture mondiale se monnaye...


Côté rentabilité, « SPG a un savoir-faire en termes de pratiques marketing et de développement de revenus additionnels dans ses centres (par des opérations de fidélisation, etc.) qui sont une génération en avance, commente Laurent Morel, président du directoire de Klépierre. Ce sera un accélérateur » pour parvenir à davantage de rentabilité. Aujourd’hui, le revenu généré par mètre carré va du simple au double entre les Etats-Unis et la France. Doper la rentabilité aiderait Klépierre, actuellement très endetté puisque sa dette nette a atteint fin 2011 presque 46 % de la valeur de son patrimoine immobilier, quand la limite jugée acceptable actuellement dans le secteur est de 40 %. Des cessions sont en cours.

Mais les observateurs vont surtout scruter quels nouveaux modèles de centres commerciaux pourraient émerger de cette alliance franco-américaine. Les formats français évoluent actuellement. Par exemple, la spécificité hexagonale consistant à avoir systématiquement un hypermarché présent dans chaque centre commercial est aujourd’hui remise en cause. La France semble progressivement converger vers les modèles pratiqués ailleurs en Europe et aux Etats-Unis. Mais au-delà de ce phénomène, il reste à tester dans quelle mesure les diverses pratiques américaines pourraient connaître le même succès dans l’Hexagone.


Myriam CHAUVOT, Les Echos, 09/03/2012

Dernières actualités