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Centres commerciaux : menace sur les projets autour des gares du Grand Paris

08.10.2012, source : Les Echos.fr

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L’incertitude qui règne désormais sur le Grand Paris Express met à mal plusieurs projets franciliens qui étaient conditionnés à l’implantation des gares.

Le métro automatique n’est pas le seul à avoir du plomb dans l’aile. Plusieurs projets d’envergure, attirés par le potentiel de développement des gares, voient leur avenir en pointillé. C’est le cas d’Europa City, ce complexe pharaonique de 1,7 milliard d’euros, situé au coeur du Triangle de Gonesse, à mi-chemin entre les aéroports du Bourget et de Roissy-CDG. Immochan, la filiale immobilière du groupe Auchan, qui porte seul le projet, a toujours conditionné le lancement des travaux à la création d’un réseau de transport. Située sur le tracé rouge nord du Grand Paris Express, qui relie la Défense à Roissy-CDG, la gare multimodale est indispensable pour drainer les 80.000 visiteurs quotidiens prévus. Auchan propose même de la cofinancer. Car son ambition est grande avec ce nouveau concept mêlant loisirs, culture, commerces et hôtels sur 600.000 m2. Soutenu par l’ensemble des élus du nord-est parisien, Europa City doit créer 12.000 emplois directs.

Immochan se base donc sur une gare pour 2022, voire 2025, pour lancer son premier coup de pioche en 2017. Au-delà, le groupe ne cache pas qu’il ira voir ailleurs.  « Cette décision de ne pas affecter le milliard d’euros nous inquiète. Si le phasage du Grand Paris Express est remis en cause, nous arrêterons le projet et investirons ailleurs qu’en France », affirme Christophe Dalstein, directeur exécutif d’Europa City.  « Ce groupe privé porte seul le risque financier. Il est normal qu’il ne puisse pas attendre plus longtemps », analyse une source proche du dossier.

 « C’est une vraie catastrophe »

Au-delà, c’est tout l’aménagement du Triangle de Gonesse, cette énorme réserve foncière de 700 ha (dont 280 ha urbanisables), qui pâtira de l’absence de gare. A côté d’Europa City, sont prévus un quartier d’affaires et un parc de 70 ha, l’ensemble devant entraîner la création de 40.000 emplois. Ils devraient se contenter du  « barreau de Gonesse » (reliant le RER B et RER D), liaison ferroviaire de 320 millions d’euros, qui est promise depuis des années pour éviter à la population locale de repasser par Paris pour travailler à Roissy.

Dans le sud-francilien aussi, on s’inquiète des arbitrages du gouvernement. La remise en cause de la Ligne verte, reliant Versailles à l’aéroport d’Orly, pèsera sur le dynamisme des pôles de Saclay ou du Cancer Campus de Villejuif.  « C’est une vraie catastrophe, explique Hervé Hocquard, maire UMP de Bièvres et administrateur de l’Etablissement public de Paris Saclay, nombre d’établissements ont subordonné leur venue sur le plateau à un réseau de transports performant. » Même inquiétude chez François de Mazières, le député-maire UMP de Versailles et président de la communauté d’agglomération Versailles Grand Parc :  « Le projet de Saclay devient très bancal au moment où toutes les décisions se prennent pour les grandes écoles et pour des investissements majeurs. » Ce projet de  « Silicon Valley » à la française, voulu par Sarkozy et visant à regrouper 30.000 étudiants et 12.000 chercheurs sur Saclay, avait déjà du mal à décoller. L’absence de transport signerait son arrêt de mort.

Marion KINDERMANS et Dominique MALECOT, Les Echos, 03/10/2012

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