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Carrefour soigne ses relations avec le monde agricole avant son entrée en Inde

16.09.2010, source : Les Echos.fr

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En attendant de pouvoir ouvrir son premier hypermarché dans le pays, le distributeur français veut obtenir les faveurs des agriculteurs indiens en leur proposant des programmes de formation.

Une bonne centaine de femmes se pressent, en cette chaude matinée d'été, sous une tente érigée dans le village de Palla, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Delhi. La capitale a beau être tout proche, c'est ici un autre monde : des maisons basses en terre, une agriculture primitive.

Vêtues de leurs saris de fête, les villageoises ont accepté une invitation pour une matinée de formation professionnelle offerte par Carrefour. Le distributeur français, qui espère ouvrir sa première implantation en Inde dans un avenir proche, ne fait certes pas encore partie de leur quotidien, mais il leur offre là une opportunité rare d'améliorer leurs compétences. A la tribune se succèdent des ingénieurs agronomes qui expliquent aux paysannes les recettes pour apporter une valeur ajoutée à leurs produits, comme laver et emballer les légumes ou encore fabriquer des pickles avec des mangues, plutôt que de les vendre en vrac…

Comme rien ne vaut une bonne démonstration, Yannick Douville, responsable du département produits frais de Carrefour Inde, se coiffe d'une toque en papier, enfile des gants jetables et initie les paysannes de Palla à l'art de la barquette de champignons et du sachet de courgettes scellé. Des opérations qui impressionnent : jamais dans le village on n'avait vu une balance électronique ou un appareil pour sceller à chaud ! Quand un appel est lancé aux volontaires afin de tester ces engins, les femmes se bousculent…


Des réactions positives

« Voici deux ans que nous avons lancé ce type d'opérations », à l'image de ce que le groupe faisait déjà au Brésil ou en Thaïlande, explique Yannick Douville. Carrefour se focalise désormais sur la campagne proche de Delhi pour une bonne raison : « Si le partenariat que nous nouons avec Palla fonctionne bien, nous pourrons faire du village un partenaire privilégié de notre magasin de gros », poursuit-il. Le distributeur a fourni une serre à la coopérative,et, si les paysannes accrochent à ces nouvelles techniques, il pourra aider à l'installation du petit matériel nécessaire pour l'emballage.

Les réactions s'avèrent plutôt positives. Pour Ritu, la trentaine, qui exploite la minuscule ferme sur laquelle elle fait vivre les neuf personnes de sa famille, le constat est en effet amer : « Travailler très dur pour faire pousser nos légumes, et tout ça pour ne pas les vendre bien cher ! » L'idée donc qu'il suffirait d'ajouter un emballage pour que le prix de vente augmente sensiblement la séduit. S'adressant à des paysannes dépourvues de toute formation technique, la séance permet d'introduire des notions aussi élémentaires qu'inconnues. Babita, une femme d'une quarantaine d'années, s'émerveille d'avoir appris qu'il faut faire très attention à récolter les mini-épis de maïs « juste au bon moment parce que, si l'on attend, ils peuvent pourrir ». Désormais, dit-elle, « je ferai très attention » .

Ces femmes travaillent « dans un logique de subsistance, pas de commercialisation ni de conservation », constate Franck Kenner, directeur des opérations de Carrefour Inde. Pour lui, pas de doute : si ces femmes adoptent des techniques leur permettant de respecter le cahier des charges du distributeur, alors « tout le monde sera gagnant : leur niveau de vie s'améliorera et le magasin trouvera des fournisseurs dont il a besoin ».

PATRICK DE JACQUELOT, Les Echos, le 14.09.10

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