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C. Cuvillier (Unibail-Rodamco) : « 4 milliards d'euros de projets commerciaux sont en développement »

19.10.2013, source : Les Echos.fr

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Christophe Cuvillier est président du directoire d'Unibail-Rodamco, groupe européen d'immobilier commercial. A l'occasion de l'inauguration du centre commercial Aéroville, à Roissy-Charles-de-Gaulle le 16 octobre, il répond aux questions des Echos sur son secteur.

Quelles sont les caractéristiques fortes d'Aéroville ?

Le design, tout d'abord, avec notamment des allées de 13 mètres de large. Par ailleurs, l'emphase a été mise sur l'espace restauration, qui représente 10 % de la surface d'Aéroville, contre 5 % habituellement. Il existe aujourd'hui une forte demande de convivialité. Dans nos centres de Madrid ou de Barcelone, malgré la crise, les restaurants sont pleins... Par ailleurs, nous faisons évoluer nos centres en fonction des tendances à long terme. La restauration est un type de commerce ne présentant aucun risque de dématérialisation, on ne déjeune pas sur Internet !

Deuxième caractéristique d'Aéroville, la mise en valeur des marques a été renforcée par des vitrines allant jusqu'à 8 mètres de haut. Une équipe d'Unibail aide les marques à se mettre en scène pour recréer un commerce d'exception. Je souhaite une accélération de l'innovation. Dans cet esprit, nous avons d'ailleurs renforcé l'équipe de l'Unibail-Rodamco Lab, qui dispose en outre désormais d'un siège spécifique.


Comment vos centres traversent-ils la crise actuelle ?

Depuis cinq ou six ans, nous surperformons le marché. En Espagne, l'indice national des ventes reculait de 7,4 % au premier semestre, mais nous progressions de 1,1 % dans nos centres de Madrid, de Barcelone et de Valence. En France, alors qu'il reculait de 1,7 %, selon l'observatoire Procos, chez nous, les ventes étaient stables. Unibail-Rodamco est spécialisé dans les grands centres commerciaux, c'est un segment très particulier. Ceux de plus de 10 millions de visites par an ne représentent que 3 % du secteur du commerce et croissent plus vite que le marché...


Etes-vous en phase de croissance externe ? Notamment en Allemagne…

Nous n'en avons pas besoin. Nous avons déjà 7 milliards d'euros de projets en développement, dont 4,3 milliards de projets pour les centres commerciaux, qui se traduiront par une augmentation de 27 % de nos surfaces commerciales en Europe d'ici à cinq ans. Ces livraisons contribueront à atteindre notre objectif : un résultat net récurrent par action de 14 euros fin 2017. Quant à l'Allemagne, où nous détenons 51 % du holding mère de MFI, le numéro deux national, nos accords nous donnent la possibilité de monter au capital en cas de vente des parts restantes à compter de juin 2014.


Comment les diverses réformes fiscales impactent-elles Unibail ?

En tant que société d'investissement immobilier cotée (SIIC), nous ne sommes pas soumis à l'impôt sur les sociétés, ce sont nos actionnaires qui de facto paient l'impôt car nous avons une obligation de distribution d'au moins 85 % de notre résultat courant. A ce titre, nous avons été exemptés en 2013 de la taxe de 3 % sur les dividendes. Mais la question se pose à nouveau pour 2014. Nous militons auprès de Bercy pour le maintien de cette exemption en faveur des SIIC, en échange d'un relèvement de leur taux de distribution, qui passerait de 85 % à 95 %. Depuis son introduction en France en 2003, le régime SIIC a permis que les deux leaders européens de l'immobilier commercial soient français, avec Unibail-Rodamco et Klépierre, ce qui n'est pas si courant. Unibail-Rodamco a une spécificité : plus de 90 % de nos actionnaires sont étrangers, mais 60 % de nos activités sont en France. Le secteur a ainsi su attirer les capitaux étrangers pour investir en France. Il ne faut surtout pas casser ça.


Que pensez-vous du débat sur l'ouverture dominicale ?

Je ne suis pas pour l'ouverture généralisée le dimanche, mais je pense que certains secteurs, comme le bricolage, au même titre que les magasins de meubles et les jardineries, devraient en bénéficier en Ile-de-France, où le rythme de vie et de travail est sensiblement différent. Sur un plan national, je pense, comme le Centre national des centres commerciaux, que l'ensemble des commerces devrait bénéficier d'un plus grand nombre d'ouvertures annuelles que les cinq actuellement prévues. Certains réclament douze ouvertures par an. Personnellement, je pense que la loi pourrait fixer un maximum de douze, à charge au maire de décider, dans cette limite, du nombre idéal pour sa commune. Certains maires refusent actuellement la moindre ouverture dominicale, je le regrette. C'est pourtant un souhait des clients, des commerçants et des salariés, qui bénéficient de la rémunération majorée.

Sur le principe, il faut évidemment que les salariés y trouvent leur compte en termes de rémunération et que le travail dominical se fasse sur la base d'un vrai volontariat.

Myriam CHAUVOT, Les Echos, 16/10/2013

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