Bio : ces dangers qui guettent la filière française

2017-12-20T17:54:00+02:00

20.12.2017, 


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Les exploitations françaises bios sont moins fragiles que les autres. Mais elles sont loin de répondre à la demande. Ce qui crée des risques importants pour leur avenir.

L'agriculture bio vit une situation paradoxale. A bien des égards, la filière est dans une situation enviable. Elle est tout d'abord moins exposée que l'agriculture conventionnelle aux risques de défaillances, juge Coface. « Une hausse de 10 % de la part du bio dans une filière est associée à une baisse de 11 % des défaillances d'entreprises », indique une étude de l'expert en assurance-crédit publiée le 12 décembre. L'indice de confiance du consommateur est très élevé, poussant de plus en plus la demande.

Celle-ci devrait progresser de 14 % en 2017, selon l'Agence bio, si bien que le marché devrait dépasser les 8 milliards d'euros cette année. Les prix nettement supérieurs des produits bios permettent à toute la filière de dégager des marges confortables, y compris aux agriculteurs. Ce qui explique la hausse du nombre de conversions . De 1,6 % de la surface agricole totale en 2001, le bio est passé à 6,5 % en 2017.

Moins rentable que les voisins

Et pourtant, pour survivre, le bio risque de devoir se transformer de telle façon qu'il pourrait y perdre ce qui le définit et ce qui a fait son succès, estime Coface. A cela deux raisons majeures : la distribution a fait du bio un de ses axes de croissance, contribuant fortement au développement de la demande.

Or la production nationale est très loin d'être suffisante. Résultat, les importations augmentent avec le double risque d'installer le recours aux produits étrangers et de créer une concurrence dommageable. Les exploitations françaises sont en effet plus petites que leurs rivales européennes et de ce fait moins rentables à l'hectare. Pour les productions bios, dont les rendements restent très inférieurs au conventionnel, le différentiel est encore plus important.


Agrandissement nécessaire

« L'augmentation des rendements est un enjeu crucial pour accompagner la croissance de la demande », martèle Coface. La capacité d'accroître l'offre locale de produits bios dépendra du nombre de producteurs engagés, mais également de la taille des exploitations. Et poursuit, Coface, « malgré la réticence d'une partie des acteurs craignant que la notion d'agriculture bio ne soit dénaturée par une industrialisation excessive de la production, l'agrandissement des exploitations semble inévitable en raison de la nouvelle dimension de la filière ». Cette extension des exploitations permettrait « un accroissement des rendements grâce à des économies d'échelle, mais aussi une meilleure qualité des produits en limitant les risque de résidus des produits chimiques des surfaces environnantes », juge Coface.


La menace des enseignes

Celle-ci pointe également l'atomisation des exploitations bio, source de coûts logistiques accrus pour la filière. Faute de regroupements, le problème perdurera.

Enfin, si l'intérêt de la grande distribution aboutit au contrôle de la quasi-totalité de l'offre, la filière bio se trouvera en position de forte dépendance. D'importantes pressions à la baisse des prix s'ensuivront. Les GMS étant dans une démarche nettement moins militante que les magasins spécialisés, la filière bio pourrait perdre ses fondements originels comme les circuits courts, la faible empreinte carbone, l'ancrage social et la répartition équilibrée de la valeur produite.

Marie-Josée COUGARD, Les Echos, le 12/12/2017

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