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Banque : retour progressif à la normale

10.01.2010, source : Les Echos.fr

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Une année aura suffi à la plupart des banques, notamment aux Etats-Unis, pour renouer avec les profits. Mais la situation reste fragile et le paysage bancaire a commencé à se transformer.


Dans quelques jours, partout dans le monde, les banques commenceront à rendre publics leurs résultats pour 2009. Paradoxalement, ils devraient donner l'impression que dans le pays d'où est partie la plus grave crise financière depuis 1929, les Etats-Unis, les choses sont déjà revenues quasiment à la normale. Des établissements comme Goldman Sachs ou JP Morgan devraient faire état, dès la semaine prochaine, de profits très confortables alors que fin 2008 ils bénéficiaient du programme d'aide du Trésor - le fameux TARP -doté à l'origine de 700 milliards de dollars.


Un an plus tard, toutes les grandes banques américaines ont remboursé l'Etat. Après un effondrement de l'activité et des volumes de crédits accordés aux ménages et aux entreprises au premier trimestre, le retour progressif de la confiance et le maintien de taux directeurs bas de la part des banques centrales ont été salvateurs pour la plupart des banques. Dès le mois de mai, plusieurs d'entre elles, aux Etats-Unis et en Europe, ont pu opérer des levées massives de capitaux sur les marchés. Le montant des dépréciations d'actifs s'est aussi progressivement réduit, notamment en Europe. Du coup, seuls de rares établissements (UBS, Lloyds Banking Group, Commerzbank ou encore RBS) sont restés dans le rouge sur neuf mois.


Pratiques d'avant-crise

Fort de ce constat, nombre de banques anglo-saxonnes ont renoué avec des pratiques d'avant-crise en matière de bonus en invoquant des raisons de concurrence internationale. Mais ce faisant, elles ont attisé la colère de l'opinion publique et des milieux politiques. Le Royaume-Uni mais aussi la France ont réagi, et ont fini par proposer en fin d'année une taxe exceptionnelle sur les bonus. Résolution qui n'a pas été suivie par les Etats-Unis, ni par l'Allemagne. En parallèle, plusieurs initiatives réglementaires ont été prises par le Comité de Bâle et le Conseil de stabilité financière, mis en place par le G20, qui projettent notamment de renforcer les exigences prudentielles des banques. Mais seulement à partir de 2011 ou 2012.


 « Il y a peut-être un sentiment de retour à la normale avec la réapparition des bénéfices, mais beaucoup de banques en Europe sont encore sous tutelle ou sous perfusion de l'Etat. En outre, la question est de savoir si ces bénéfices vont pouvoir durer et surtout comment vont évoluer les modèles bancaires », souligne Nicolas Véron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel. Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, le paysage bancaire a été profondément transformé et les cartes rebattues en matière de concurrence. Les plus résistants en sont sortis renforcés (comme Santander, qui n'a sollicité aucun soutien, ou BNP Paribas, avec le rachat de Fortis). Les autres, sous la pression de la Commission ou pour renflouer leurs fonds propres, se sont lancés dans de vastes cessions d'actifs (ING, Dexia, Commerzbank, Barclays, etc.) ou des regroupements (BPCE). Aux Etats-Unis, Goldman Sachs, JP Morgan ou Bank of America sortent plus forts et plus gros de la crise, mais les faillites ont atteint un point haut l'an passé, essentiellement parmi les banques régionales (140), et certains grands groupes demeurent convalescents comme Wells Fargo et Citi ou en voie de démantèlement comme l'assureur AIG.


Ces changements n'ont pas toutefois enlevé le sentiment de gâchis de la part de l'opinion publique, confrontée désormais à une crise économique majeure et au surendettement des Etats.  « Je suis solidaire et mobilisé, mais je ne me sens aucunement coupable », disait récemment Baudouin Prot, président de la Fédération bancaire française et directeur général de BNP Paribas. Un sentiment qui, s'il peut être relativement justifié pour les banques françaises, est sujet à caution pour d'autres. Et qui a en tout cas lancé un débat sur l'utilité de certaines activités de marchés et leur plus stricte surveillance.


REJANE REIBAUD, Les Echos, 08/01/2010

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