Les secteurs

Autorité de la concurrence : Système U prend le contre-pied de Leclerc

20.12.2010, source : Les Echos.fr

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Serge Papin, président du troisième réseau français de commerces indépendants, souhaite, contrairement à Michel-Edouard Leclerc, engager un dialogue avec l'Autorité de la concurrence, laquelle veut faciliter les changements d'enseignes.


Si Michel-Edouard Leclerc reproche à l'Autorité de la concurrence d'attaquer le système coopératif, en recommandant de rendre plus faciles les changements d'enseignes ( « Les Echos » du 16 décembre), tous les coopérateurs ne sont pas sur la même longueur d'onde. A la Fédération du commerce associé (FCA), on s'inquiète certes pour la stabilité de ses groupements adhérents, qu'ils opèrent dans l'alimentaire ou dans le non-alimentaire. La volonté de l'Autorité de voir les acteurs du secteur réviser les clauses des contrats d'affiliation -qui empêchent les magasins indépendants de quitter facilement leur réseau ou leur centrale d'achats (clause de non-concurrence ou de non-réaffiliation, etc.) -, sous peine de renvoi du dossier au pouvoir législatif, effraie. Mais certains leaders du secteur se montrent plus tempérés. C'est le cas de Serge Papin, le président de Système U, seul groupement à ne pas faire signer à ses adhérents des clauses de non-concurrence. De ce fait, il paraît moins visé par les recommandations des gardiens de la concurrence. Mais dans une certaine mesure seulement, ce qui autorise son patron à prendre position.


Ouvrir le débat

Pour lui, l'avis du 7 décembre « a vocation à ouvrir le débat ». « Il faut faire de la pédagogie sur ce qu'est la coopération », explique-t-il, en affirmant, contrairement à Michel-Edouard Leclerc, qu'il a bien été entendu par l'Autorité de la concurrence avant la publication de l'avis. « La coopération c'est une économie sociale à but lucratif, comme disait notre ancien président Jean-Claude Jaunait. Elle apporte un réel plus aux consommateurs comme l'atteste le fait que grâce à notre positionnement prix et notre développement, Système U comme Leclerc gagnent des parts de marché. »


En 2010, Système U aura réalisé 15,29 milliards d'euros de chiffre d'affaires TTC (hors carburants), soit une progression de 4,75 % par rapport à l'année précédente, dont environ la moitié à périmètre comparable. « De notre point de vue, poursuit Serge Papin, il faut bien distinguer les contrats d'enseigne, des dispositions prises en cas de cession d'un point de vente. Il est nécessaire pour nous de conserver les offres préalables de vente, une sécurité qui permet d'éviter que les groupes intégrés rachètent progressivement nos magasins. Cela n'est autre chose qu'un pacte d'actionnaires. En revanche, s'il semble légitime d'éviter les allers-retours entre les enseignes tous les deux ou trois ans, on peut considérer que quelqu'un qui est resté dix ans soit libre. »


« La question qui se pose, résume-t-il, c'est de savoir ce que veut dire être indépendant au XXIe siècle et si des contrats de 25 ou 30 ans sont légitimes ? Il faut en discuter. » Et Serge Papin ne se prive pas de titiller son homologue de chez Leclerc en rappelant que « Leclerc fait tout pour garder ses adhérents, mais se montre aussi très actif pour débaucher les adhérents des autres, comme cela a été le cas pour quatre magasins de notre réseau ».


PHILIPPE BERTRAND, Les Echos, 17.12.2010
 

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