Les secteurs

Alimentation : les industriels veulent négocier de sensibles hausses des prix

21.09.2010, source : Les Echos.fr

imprimer

Les industriels de l'agroalimentaire vont commencer les négociations de leurs tarifs pour 2011 auprès de la distribution. Elles s'annoncent d'autant plus difficiles que les matières premières s'envolent. Café, chocolat, biscuits, poisson, poulet… : de nombreux produits vont être touchés.

Tous les secteurs de l'industrie agroalimentaire n'ont pas encore fait leurs comptes. Mais des professionnels du café à ceux du poisson, en passant par les producteurs de volaille ou de biscuits, ils sont déjà nombreux à s'inquiéter de la nouvelle envolée du prix de matières premières et à prévoir de présenter des tarifs en hausse à la grande distribution. Toute la question est de savoir quelles seront les répercussions sur le prix final proposé aux consommateurs.

 « Nous sommes durablement inscrits dans un cycle d'instabilité des prix avec la disparition de la politique agricole commune et l'intérêt nouveau des spéculateurs pour les matières premières agricoles », rappelle Jean-René Buisson, président de l'Ania (Association nationale des industries alimentaires).

Les négociations entre distributeurs et industriels démarrent dans quinze jours et dureront jusqu'au 1 er février 2011.  « Elles promettent d'être encore plus tendues que d'habitude, vu les positions de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) », prévient Jean-René Buisson. En effet, la FCD a d'ores et déjà fait savoir que les enseignes n'accepteraient que des hausses très limitées sur un nombre de produits spécifiques.

 « La tendance sera haussière et, sur certains produits, elle le sera fortement », affirme malgré tout Jean-René Buisson. Ce sera notamment le cas du café et du chocolat. Nestlé, Sara Lee et les autres spécialistes s'y préparent.  « Pour prendre en compte la flambée de l'arabica, qui a pris 34 % en huit mois, il faudrait pouvoir augmenter nos tarifs à la distribution de 16 % à 20 %, mais les grandes surfaces n'accepteront jamais… », confie un grand industriel du café.

Pour Matthieu Lambeaux, directeur général de Findus, les enseignes seront obligées d'accepter les augmentations de prix du groupe de surgelés sur le poisson, vu la raréfaction de la ressource et le développement de la demande.

Les exigences des fournisseurs de Findus en colin et en lieu se sont littéralement envolées avec un bond des factures de 87 %. Dans le cas du saumon rose du Pacifique, la hausse a atteint 60 % en septembre par rapport au même mois de l'année dernière. Le cabillaud pêché dans l'Atlantique a pour sa part augmenté de 21 %. Or, dans le poisson pané surgelé, la matière première représente 65 % du coût de production de Findus. Un taux qui monte à 90 % pour le poisson nature.  « Ces hausses pour nous engendrent une perte de 4,5 millions d'euros de marge brute en 2010. En 2011, nous perdrons 9,6 millions d'euros si nous ne pouvons pas accroître les tarifs à la distribution », précise Matthieu Lambeaux.


Pas d'inquiétude

Les dirigeants de Findus ne craignent pas d'effondrement consécutif de la consommation.  « Dans le pire des cas, les changements d'étiquettes provoquent un tassement des ventes », affirme Steven Libermann, le directeur commercial. De son côté Jean-René Buisson souligne qu'il est prématuré d'estimer l'impact sur le portefeuille du consommateur, car  « tout dépend de l'issue des négociations ». En outre, le poids du prix de certaines matières premières demeure faible dans beaucoup de produits. Ainsi la flambée du malt ne devrait-elle pas provoquer plus de 1 à 2 centimes de hausse de la canette de bière.

En 2009, les industriels avaient baissé leurs tarifs aux enseignes de 7 %. Mais les distributeurs n'ont pas répercuté cet effort dans les étiquettes, rappelle Jean-René Buisson. Un point contesté par la distribution.

MARIE-JOSÉE COUGARD, Les Echos, le 20.09.10

Dernières actualités