Les secteurs

Agences de voyage : TUI Travel veut sauver Nouvelles Frontières par une fusion avec Marmara

25.07.2011, source : Les Echos.fr

imprimer

Une nouvelle phase de la structuration du marché français du voyage à forfait s'est ouverte vendredi dernier. Quatre ans après sa création, avec la fusion de la division tourisme de l'allemand TUI et du britannique First Choice, le premier voyagiste européen, TUI Travel, a décidé de fusionner l'ensemble de ses filiales en une seule et même entité. Cette dernière réunira le généraliste Nouvelles Frontières, Marmara, le premier tour-opérateur français par le nombre de forfaits vendus et spécialiste des forfaits à prix « serré », mais aussi Tourinter, un spécialiste des voyages à la carte dans les îles, enfin Aventuria, un opérateur haut de gamme positionné sur le voyage aventure et le voyage à la carte.


Sur le papier, le regroupement, annoncé vendredi dernier, fait désormais clairement de TUI Travel le numéro un dans l'Hexagone, devant la branche française de son grand rival européen Thomas Cook. Sur la base des comptes 2009-2010, le chiffre d'affaires consolidé pro forma du nouvel ensemble avoisine 2 milliards d'euros et le nombre de ses passagers transportés approche les 2,8 millions. Autre illustration de sa puissance, sa part de marché déclaré dans le « tour operating » tricolore s'élève à 40 % ...


Sur le plan juridique, la fusion s'effectuera avec l'absorption par le holding TUI Travel France de toutes les filiales françaises de la maison mère germano-britannique. Le pilotage du groupe a été confié au PDG de Nouvelles Frontières, Pascal de Izaguirre, qui a remplacé en mai dernier Jean-Marc Siano, contraint à la démission. Par ailleurs, l'actuel directeur général de Marmara, Florian Vighier, aura la haute main sur quasiment tout le « tour operating », les activités relevant du voyage sur mesure et du voyage aventure étant du ressort du patron de Tourinter et d'Aventuria, Christophe Pérot. Par ailleurs, il est prévu de se constituer un pôle distribution regroupant les différents réseaux de distribution. Enfin, la compagnie aérienne Corsairfly de Groupe Nouvelles Frontières en est une autre composante opérationnelle.


Un impératif redressement

Ce « big bang » est d'abord motivé par l'impératif redressement de Nouvelles Frontières. TUI a, il est vrai, engagé 1 milliard d'euros environ dans le voyagiste français depuis sa prise de contrôle en 2000-2002. Alors en proie à de graves difficultés, Nouvelles Frontières a depuis continué à accumuler de lourdes pertes.


Dans une lettre adressée à l'ensemble du personnel, le PDG de Nouvelles Frontières indique d'ailleurs que « l'état de santé du groupe est grave, plus grave que ce que nous pouvions imaginer. Il est fort probable que la perte opérationnelle de l'exercice en cours (clôture au 30 septembre, NDLR) sera la plus importante de notre histoire ». Comme pour mieux mettre les syndicats au pied du mur, Pascal de Izaquirre indique même que « la fermeture » de Nouvelles Frontières a été « sérieusement envisagée » pour donner « de l'oxygène aux autres TO de TUI en France ». Conséquence directe de l'état des lieux, la nouvelle organisation, qui sera en place à la fin 2011 ou au début 2012, s'accompagnera d'un plan social, dont les grandes lignes seront connues dans la seconde quinzaine de septembre.


La décision de fusionner l'ensemble des filiales françaises de TUI Travel s'explique par ailleurs, indique-t-on en interne, par la volonté de « mettre fin à la « guéguerre » » entre Nouvelles Frontières et Marmara dans les Hôtels Clubs. Enfin le printemps arabe, qui a stoppé net la reprise du marché français du « tour operating », a cristallisé la décision d'une maison mère soucieuse d'optimiser la rentabilité de ses actifs français. Dans l'immédiat, la direction du nouveau TUI Travel France prévoit des bénéfices d'ici deux à trois ans, le nouvel ensemble étant sur pied à la clôture de l'exercice 2011-2012. Si l'amplification des synergies doit être tangible dès l'année prochaine, la sortie du rouge dépendra toutefois de l'évolution de la conjoncture.


Par ailleurs, la fusion comporte un pari osé : inoculer aux équipes de Nouvelles Frontières l'efficience opérationnelle et la réactivité de Marmara, l'inventeur du « tour operating » low cost. En outre, le positionnement, aujourd'hui confus, de la marque Nouvelles Frontières devra être clarifié. L'entreprise, créée en 1967, a perdu son âme depuis sa reprise par TUI, alors qu'elle avait été décisive dans la démocratisation des voyages à l'étranger, sous la houlette de Jacques Maillot, cofondateur et son dirigeant jusqu'à sa cession. Pour autant la concurrence est prévenue : TUI Travel France se met en ordre de marche.


Christophe PALIERSE, Les Echos, 25/07/2011

Dernières actualités