L. Schneider (Alter Echo) : " Les entreprises vont délaisser le produit au bénéfice du service pour le développement durable" 

2009-10-31T08:56:00+02:00

31.10.2009, 


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Il souhaite que son métier soit appelé à disparaitre. Ludovic Schneider* est un homme engagé dans le développement durable. Il a fait de ses convictions son activité professionnelle. Il a créé Alter Ec(h)o un bureau d’ études de conseil et de formation en environnement et développement durable, qu’il dirige seul aux commandes. 


En quoi consiste votre activité ?

J’interviens auprès des entreprises et des collectivités. Je les accompagne à mettre en place un management développement durable. Cette démarche, qui nécessite un véritable engagement, va au-delà de l’application de normes environnementales. Elle inclut des enjeux sociaux et favorise une logique de gouvernance. L’importance est de faire comprendre à mes interlocuteurs qu’il faut une démarche globale. Souvent le premier contact se fait autour d’une question précise. C’est le cas d’un lycée collège pour lequel je travaille. Au départ l’établissement s’interrogeait sur la gestion de ses déchets. Au fil de l’expérience, j’ai construit avec eux un programme plus large qui a mobilisé tous les acteurs (personnels, enseignants, jeunes). Ainsi un projet d’éducation développement durable est né. J’ai à la fois un rôle d’expert et de pédagogue. La participation est essentielle dans le changement des comportements. C’est dans cet esprit que j’ai formé les 400 salariés d’une entreprise d’équipement automobile. Tous les salariés ont été impliqués à la démarche de développement durable.


Le bilan carbone est il pour vous un outil intéressant ?

Je réalise des bilans carbone pour le compte de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME). Il s’agit de comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre de l’activité économique. L’Ademe a établi des barèmes de calcul. C’est un outil intéressant pour les entreprises mais pas suffisant. Seule la logique énergétique est privilégiée. Il n’y a pas réflexion sur l’eau. Or par exemple pour un coiffeur, c’est un indicateur pertinent car il peut utiliser des produits dangereux et polluants. Je privilégie une réflexion transversale. Il faut un vrai bilan environnemental et non juste un bilan carbone.


Quel est le défi à relever pour les entreprises ?

Les entreprises vont continuer à avancer dans leur prise de conscience. Elles seront de plus en plus soumises des obligations. Aujourd’hui les PME ont beaucoup de besoins, mais hélas faute de moyens elles ne s’engagent pas encore. Mais je pense que les choses vont changer. Une piste intéressante se dégage. Il s’agit de développer des démarches collectives de réseaux soit par rapport à un territoire ou à une zone d’activités. Il faut mettre autour de la table des personnes qui ont un intérêt commun. Les franchises sont un bon vecteur de formation de leur réseau au développement durable. Autre tendance de fond, les entreprises vont délaisser le produit au bénéfice du service (partage de service, recyclage). Et puis je suis persuadé que produire vert et avoir démarche globale environnementale entraine une diminution des coûts pour le consommateur.


Quelle évolution voyez-vous dans la sensibilisation des entreprises ?

Les entreprises et les collectivités sont beaucoup plus sensibilisées à la démarche environnementale qu’il y a 5 ans. Mais attention au vernis. Plus d’entreprises ont envie de s’engager. Il faut aller au-delà de l’image, ne pas faire du vert pour du vert. Une enseigne de restauration rapide a investit dans les gobelets bio dégradables. Initiative louable mais inutile. Car au final, ils aboutissent dans la poubelle des déchets ménagers non recyclables.

Propos recueillis par Sophie Le Renard

*Ludovic Schnieder est Ingénieur Conseil en Eco-Responsabilité, diplômé de l’Ecole des Mines et Titulaire d'un Master Recherche en Environnement Industriel et Urbain
Implanté en Alsace, Alter Ec(h)o existe depuis 2006.

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