Un chômeur devenu PDG

J-P. Boudier (Troc de l'Ile) : « Le chômeur est formé à l'école de l'épargne »

2009-02-27T15:09:00+02:00

27.02.2009, 


imprimer

Autodidacte issu d’une famille modeste, Jean-Pierre BOUDIER a fait une carrière brillante aux Nouvelles Galeries (les anciennes Galeries Lafayette) avant de se retrouver au chômage à l’âge de 45 ans. Au bout de 16 mois de démarches infructueuses, il décide de devenir son propre patron. Il monte un dépôt-vente qui deviendra ensuite la pierre fondatrice de la société Troc de l’Ile, aujourd’hui Troc.com. De cette expérience riche, il tire une vision originale du défi qu’est la création d’entreprise pour un demandeur d'emploi.


Crédits photo :
Jean-Pierre Boudier, fondateur de Troc de L'Ile, société aujourd'hui appelée Troc.com

Comment avez-vous fondé Troc de l’Ile ? J’ai eu l’idée du dépôt-vente pendant l’été 1981, en feuilletant un exemplaire du magazine ELLE. La description un restaurant-brocante où l’on pouvait mettre des objets à vendre m’a provoqué le déclic, car ce projet nécessitait peu d’argent et peu de charges. Pas besoin de bureaux, ni même de chauffage à condition de m’installer dans le Sud. C’est ainsi que j’ai ouvert avec ma femme mon premier entrepôt à Avignon sur l’île de la Bartelasse. Un endroit pas facilement accessible mais au loyer abordable pour mon petit budget. Mon frère, licencié de chez Renault, est venu nous rejoindre. Très vite, nous avons enchaîné les ouvertures.


Comment les chômeurs deviennent de bons chefs d’entreprise ? Etre au chômage est parfois un atout, surtout pour les chômeurs de longue durée parce qu’il n’y a aucune autre échappatoire possible : on est alors prêt à se battre jusqu’au bout pour s’en sortir et prouver à tous ce que l’on vaut. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours été enclin à travailler avec des chômeurs. Aux débuts de Troc de l’Ile, 98 % de nos franchisés étaient d’anciens chômeurs. La force qu’ils tirent de leur parcours mouvementé vaut tous les diplômes. Le deuxième atout du chômeur, c’est qu’il est formé à l’école de l’épargne. A ses débuts, le chef d’entreprise se paye rarement : il ne doit ponctionner que le minimum vital, le temps que sa société prenne des forces.


Pour vous, quelle est la qualité essentielle d’un chef d’entreprise ? Avant tout avoir envie de partager avec les autres. Si le moindre employé commet une erreur, c’est qu’il a été mal formé ou mal aiguillé. La faute revient donc à la hiérarchie. De cette manière, on évite les faux-semblants et donc les fausses solutions. Il faut savoir reconnaître que l’on est directement responsable de dysfonctionnements ou de mauvaises initiatives. En revanche, si tout le monde peut faire des erreurs, on n’a le droit de ne faire qu’une seule fois la même erreur. L’entrepreneur doit toujours être sur le qui-vive pour saisir les opportunités au vol. Pour moi, la chance est une dame qui passe souvent à côté de vous mais que vous ne reconnaissez pas parce qu’elle est vêtue d’un bleu de travail.

Sommaire
Dans ce secteur
Liens vers cet article
Fiches pro APCE