Avant de se lancer

Cadres en reconversion : un projet de vie à bâtir

2009-03-06T11:32:00+02:00

06.03.2009, 


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Quitter son emploi salarié pour devenir son propre patron peut se révéler être un véritable parcours d’obstacles, même si l’appui d’un franchiseur facilite la tâche. Itinéraire d’une reconversion.

Ces cadres qui deviennent chef d'entreprise
Crédits photo : Getty Images
Pour les cadres qui souhaitent devenir leur propre patron, la franchise est une solution astucieuse qui mêle indépendance et assistance.

Le temps de la réflexion

En temps de crise, les cadres n'hésitent pas à se mettre à leur compte. D'autant plus qu'il existe un moyen de voler de ses propres ailes tout en s'assurant un minimum de sécurité : la franchise. Les enseignes recrutent en permanence et affichent clairement leurs préférences pour les cadres. D'abord, sans doute, parce qu'ils disposent en général d'un patrimoine plus élevé. Ensuite parce que leurs anciennes fonctions d'encadrement leur ont apporté l'expérience et les compétences nécessaires pour gérer et développer une entreprise franchisée. Ainsi, la grande distribution cherche en priorité des cadres issus du secteur, immédiatement opérationnels, car capables de gérer en un temps record des milliers de références comme de diriger une équipe importante. Des qualités de management que les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration recherchent également. Par ailleurs, nombre d'enseignes préfèreront les cadres aux indépendants issus de la même branche car ils acceptent plus aisément d'appliquer le concept et les méthodes d'un réseau.


Des atouts pour se lancer

« Un franchisé est un chef d'entreprise qui doit faire entrer du chiffre d'affaire. Il doit apprendre à tout gérer », rappelle Gilles Capella, consultant chez KP Conseil. Un ancien commercial devra apprendre à gérer les ressources humaines, un communicant à élaborer des stratégies marketing… Autant de nouvelles compétences à acquérir lors de formations plus ou moins longues dispensées par les franchiseurs mais également au quotidien, seul, sur le terrain. Or les cadres sont plus naturellement aptes à cet « auto-apprentissage ». Les postes à responsabilité qu'ils ont occupé leur ont conféré une forte autonomie et une vraie capacité d'adaptation quand il s'agit de gérer un projet, de définir les priorités, de prendre des décisions délicates. Dotés d'une grande capacité de travail, ils sont déjà habitués au fait d'assurer de longues journées en entreprise tout en supportant une forte dose de stress. Une qualité indispensable, par exemple, pour le fleuriste Happy, qui demande à ses franchisés d'ouvrir les boutiques sept jours sur sept tout au long de l'année.


Un choix financier

Attention également à votre motivation financière : si certaines enseignes seront rentables en quelques mois, d'autres ne décolleront véritablement qu'au bout de deux ans. Le jeune patron devra s'attendre à une baisse conséquente de ses revenus, au moins les premiers mois : 38 % des franchisés déclarent gagner moins de 1 600 euros net par mois. Sans parler de l'apport initial demandé, dont le montant varie de 15 000 à 300 000 euros, selon les enseignes. Une situation qu'il convient d'anticiper en se constituant une épargne. Bref, mieux vaut renoncer si l'argent est votre seul moteur. « Il ne faut pas se lancer dans un métier juste en raison de la forte rentabilité de l'enseigne, souligne François Peltier, directeur associé d'Actas Consultant. Chez Quick, par exemple, un futur franchisé suit une formation de huit mois en passant par tous les postes, de la confection des hamburgers au nettoyage des toilettes. Et un franchisé Le Tanneur ou Irrijardin devra connaître tous les produits sur le bout des doigts pour être à même de conseiller sa clientèle. » Mieux vaut donc y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans un métier à caractère technique ou « manuel » si votre profil est plutôt « intellectuel ».


Une vie personnelle entre parenthèses

Franchise ou pas, monter sa propre affaire implique aussi des sacrifices en matière de vie personnelle. Parfois un déménagement pour s'implanter dans une zone propice au développement de l'entreprise. Parfois la vente de la maison pour se constituer l'apport nécessaire… L'investissement n'est pas que financier. Certes, les cadres en entreprise ne comptent déjà pas leurs heures. Mais un chef d'entreprise fait bien souvent une croix sur ses soirées entre amis, ses week-end et ses vacances. « On ne peut pas se passer de l'accord de son conjoint. Et même de l'appui de tout son entourage, estime Céline Dabel, ancienne chargée d'affaire dans le secteur bancaire et franchisée Rivalis, réseau de coachs d'aide à la décision pour les patrons de PME. Heureusement, si l'on peut dire, je n'ai pas d'enfant. »


Maître à bord, mais pas seul...

Evidemment, on ne peut pas tout attendre de son franchiseur. Même s'il se montre très présent, c'est le cadre entrepreneur qui porte le risque. Cependant, jouer la carte de l'individualisme ne paie pas dans un réseau : si le savoir-faire du franchiseur permet d'éviter les écueils et de développer plus sûrement son affaire, entreprendre en franchise implique de suivre à la lettre les méthodes et stratégies de l'enseigne. Certes, se mettre à son compte permet de s'émanciper de la tutelle directe d'un supérieur hiérarchique. Mais il ne faut pas se leurrer, en tant que franchisé, vous aurez l'obligation de respecter des normes collectives, en y laissant immanquablement une partie de votre liberté d'action. Un dernier conseil : en tant que cadre, pour limiter les risques, vous pouvez toujours demander à votre employeur un temps partiel pour création ou reprise d'entreprise, voire un congé sabbatique, qui vous donne l'assurance de retrouver votre emploi en cas d'échec.

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