Pré-requis

Entreprendre en couple : un choix de vie familial

2009-05-15T17:29:00+02:00

14.05.2009 mis à jour le 15.05.2009, 


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Partager le quotidien, à la ville comme à la scène : de nombreux couples font le choix de créer une entreprise ensemble, notamment en franchise. Tour d’horizon des questions à se poser avant de se lancer.

Entreprendre en couple
Crédits photo : Getty Images
Les deux conjoints doivent adhérer au projet en connaissance de cause.

Adhérer au même projet

S'engager en connaissance de cause

Pour entreprendre en couple, mieux vaut commencer par s'accorder sur le projet. « Toute création d'entreprise demande un lourd investissement en temps et en argent, et engendre beaucoup de stress, prévient Catherine Gourguechon, psychologue et coach. Or dans une création en couple, tout est démultiplié ! Il faut donc impérativement que chacun choisisse ce projet en connaissance de cause. »


Être sûr de s'entendre

Premier point à valider : avoir la certitude que l'on va s'entendre tout le temps. « La vie en couple, normalement, c'est uniquement le soir et pour les vacances, rappelle Jean Beaudoin, consultant en stratégie et en développement commercial. Mais en entreprise, c'est du 24 heures sur 24 ! Il faut vraiment que les conjoints s'interrogent sur leur capacité à supporter cette promiscuité permanente, au-delà de l'a priori positif qu'ils pourraient avoir. »


Une lourde responsabilité économique

Ensuite, il faut veiller à l'impact de cette décision sur le foyer, comme le souligne Gilbert Mellinger, consultant et président d'Epac International. « Il s'agit d'une vraie décision de vie, qui va souvent faire baisser le niveau de vie pendant au moins deux ou trois ans : moins de sorties, vacances plus courtes… Il est donc essentiel de vérifier que les deux conjoints sont conscients de la responsabilité qui pèse sur eux. » Il ne faudrait pas que l'un reproche un jour à l'autre d'avoir mis en péril l'équilibre économique de toute la famille…


Bien s'entourer

D'où l'importance de recueillir le plus d'avis possible avant de se décider. « Même lorsque le porteur de projet est seul, nous nous assurons qu'il est soutenu par ses proches : l'entourage est toujours concerné », confirme Christine Molin, responsable du pôle franchise et commerce associé de LCL.


Choisir un réseau adapté aux couples

Un axe de recrutement

D'après une enquête CSA de 2010 pour la FFF et Banque Populaire, 44 % des franchisés vivant en couple sont aidés par leur conjoint. Certains réseaux en font même un axe de recrutement. Par exemple, dans le groupement des Mousquetaires (Intermarché, Ecomarché, Netto, Bricomarché, Vêti, Roady, Restaumarché), les couples sont largement majoritaires : parmi les nouveaux adhérents de 2008, on compte 58 % de personnes mariées, 20 % en vie maritale, 17 % de célibataires et 5 % de divorcés. « Un des premiers engagements de nos adhérents est de consacrer un tiers de leur temps au fonctionnement de l'entreprise commune, par la prise en charge d'une fonction transversale – recrutement, communication, direction d'une usine…, explique Pascal Richez, président de l'Union des Mousquetaires, entité chargée du recrutement et de la formation des chefs d'entreprise du groupement. Cela signifie que deux jours par semaine, ils sont absents de leur propre entreprise. Il est donc important qu'un conjoint puisse assurer la continuité de l'activité. »


De fortes amplitudes horaires

Pour les franchiseurs, le principal intérêt de recruter un couple de franchisés est leur capacité à gérer de fortes amplitudes horaires : ils peuvent se relayer de 6 heures à 22 heures, ce qui serait beaucoup plus cher avec des employés. « Les enseignes qui privilégient les couples recherchent en général l'engagement total : avoir deux personnes qui vont se donner à fond, analyse Gilbert Mellinger. Les deux acceptant une rémunération réduite pendant la phase de lancement, les coûts d'exploitation sont plus faibles. »


Privilégier les concepts matures

Mais attention : tous les réseaux ne permettent pas forcément d'assurer l'équilibre financier de l'ensemble du foyer. « Si les deux conjoints se lancent ensemble, nous sommes plus vigilants sur le choix de l'enseigne, reconnaît Christine Molin. Avec l'assurance d'un revenu complémentaire stable, un porteur de projet seul peut se permettre un coup de cœur pour un nouveau concept. Mais à deux, il faut jouer la sécurité : vérifier si le réseau compte déjà des couples parmi ses franchisés, les contacter, demander l'avis du franchiseur… » Les concepts matures sont donc à privilégier.

Valider son dossier financier

Etablir un business plan de qualité

Entreprendre en couple représente un risque financier conséquent, qu'il faut savoir anticiper. Vis-à-vis de la banque notamment, l'obtention du prêt peut être problématique. En effet, la première année d'activité, les franchisés gagnent généralement très peu. La principale question à se poser est donc : comment le couple va-t-il vivre ? Tout dépend de la qualité du « business plan » réalisé.


Un gage de sérieux pour les banques

Pour Jean Beaudoin, « les banques n'ont aucune raison de refuser les couples en franchise. Mieux vaut que les deux s'investissent, plutôt qu'un seul entreprenne et l'autre reste à la maison : le risque financier sera alors bien plus important !» Un avis partagé par Pascal Richez, président de l'Union des Mousquetaires : « Les banques sont plutôt favorables aux dossiers de couples que nous leur transmettons. Elles considèrent ce choix comme un signe d'engagement fort sur le projet d'entreprise : c'est un gage de sérieux. »


Prévoir une rémunération suffisante

Selon l'APCE, les capitaux réunis par les dirigeants qui entreprennent en couple sont d'ailleurs plus élevés que ceux des entreprises dont les dirigeants entreprennent sans leur conjoint : 22 % des couples réunissent 40 000 euros ou plus, contre seulement 14 % pour les entrepreneurs seuls. Et 44 % des dirigeants qui entreprennent avec leur conjoint bénéficient d'aides, de subventions ou d'exonérations pour financer leur projet.
Mais là encore, le choix de l'enseigne est primordial : il faut analyser attentivement le compte d'exploitation prévisionnel et vérifier que le modèle économique permet la rémunération des deux conjoints.


5 % d’entreprises créées en couple
Parmi les dirigeants vivant en couple, 14 % déclarent diriger leur entreprise avec leur conjoint et 28 % déclarent avoir mis en place leur projet avec cette même personne. Rapporté à l’ensemble des créations, 5 % des entreprises créées sont « une affaire de couple ». Les dirigeants qui entreprennent en couple créent principalement dans les secteurs de la construction (33 %), du commerce (24 %) et des services aux particuliers (16 %).
Source : Insee / APCE (Agence pour la création d’entreprise)

Définir les statuts juridiques

Commencer en entreprise individuelle

Les franchisés ou membres de groupements étant des entrepreneurs indépendants, c'est à eux de déterminer la structure juridique qu'ils souhaitent adopter. Ils peuvent exercer leur activité sous la forme d'une entreprise individuelle ou d'une société commerciale. « L'idéal est d'exercer l'activité sous forme individuelle dans les premières années, puis de la transformer en société si le volume d'affaires se développe », conseille Hubert Fabre, responsable transmission d'entreprises de l'étude notariale Monassier & Associés.


Choisir le statut des conjoints

Lorsque l'entreprise n'est pas mise en société, il faut aussi définir le statut de chaque conjoint. En effet, depuis la loi du 2 août 2005, le conjoint du chef d'entreprise qui exerce une activité régulière dans l'entreprise doit obligatoirement choisir un statut : exploitant, collaborateur ou salarié. En société, si les deux conjoints sont associés, il peut être judicieux d'accorder une courte majorité des parts (51 %) à l'un des époux, pour éviter un risque de blocage des décisions en cas de conflit, voire de divorce. Autre option : signer un pacte qui prévoit qu'en cas de mésentente, l'un des associés peut racheter l'autre, ou encore que si un associé trouve un repreneur pour ses parts, l'autre est soit obligé de le racheter au prix proposé par le repreneur, soit obligé de vendre en même temps ses parts au repreneur (clause de préemption et clause de sortie conjointe).


Privilégier un régime de séparation de biens

Enfin, concernant le régime matrimonial, il est recommandé aux entrepreneurs en couple de choisir le régime de la séparation des biens, plutôt que régime dit « légal » de la communauté de biens réduite aux acquêts. Cette précaution permet d'éviter que les biens de l'autre époux soient engagés en cas de difficultés de l'entreprise.


Consulter un notaire

De manière générale, il peut être utile de consulter un notaire avant de créer l'entreprise, afin de choisir la forme et les statuts les plus adaptés. « C'est notamment l'occasion de déterminer ce qui adviendrait de l'entreprise en cas de divorce ou de décès de l'un des conjoints », explique Hubert Fabre.
 

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