Interview

C. Stauth (CDIA) : « Pour sécuriser un point de vente, il faut compliquer la tâche des cambrioleurs »

2009-05-04T11:36:00+02:00

04.05.2009, 


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Vols, incendie, agressions… Quelques mesures de précaution et un contrat d’assurance adapté peuvent limiter les risques pour le commerce organisé. Conseils de Christian Stauth, agent général d’assurance.

Christian Stauth, agent général d'assurance
Crédits photo : DR
Christiant Stauth, agent général d'assurance

Christian Stauth est agent général d’assurance à Haguenau (Bas-Rhin) et délégué départemental du Centre de documentation et d’information de l’assurance (CDIA).

Conseils pratiques

Comment lutter contre le vol ?

La plupart des cambrioleurs n’interviennent qu’après avoir évalué le degré de difficulté de l’effraction. Pour les décourager, les serrures doivent donc comporter le plus de points d’ancrage possible : 3 ou 5 points, et être si possible de norme A2P. Deux serrures avec deux points chacune peuvent également être une bonne solution, car elles réclameront un double travail à l’ouverture du magasin. Il faut également mettre en place un vitrage anti-effraction avec 3 épaisseurs de verre. Les assureurs peuvent même exiger un grillage ou un barreaudage dans les moyennes et grandes villes, où le risque est plus important. Et mieux vaut placer la grille derrière la vitre. Là encore, on complique la tâche des agresseurs…


Quels sont les comportements à conseiller ?

De manière générale, il faut être particulièrement attentif au moment de fermer son commerce. Par exemple, éviter de laisser un fond de caisse trop important ou de laisser une sacoche susceptible de contenir de l’argent visible de l’extérieur. Enfin, en cas d’attaque en journée, il faut essayer d’identifier l’agresseur avec le maximum de précisions, pour faciliter ensuite le dépôt de plainte au commissariat.

Le chiffre : 40 %
En France, 40 % des vols à main armée sont commis dans un commerce de proximité, selon le Ministère de l’Intérieur.

Faut-il mettre en place une protection électronique ?

Un système d’alarme et de vidéosurveillance peut être utile, mais pas suffisant. Il faut compter au moins 15 minutes entre l’alerte et l’intervention. Donc sans protection mécanique efficace, le cambrioleur aura eu le temps de réaliser son vol avant l’arrivée des agents de sécurité… Ceci dit, un système d’alarme avec télétransmission vers une société de surveillance est un mal nécessaire, car même en cas d’effraction, l’intervention évite de laisser le local ouvert pendant toute une nuit, voire tout un week-end.


Que faire pour limiter le risque d’incendie ?

Les principales mesures de sécurité consistent à placer les extincteurs en évidence, au niveau des principales issues, et à les signaler par des écriteaux. Par ailleurs, tout responsable d’un local qui accueille du public doit faire vérifier son installation électrique tous les ans – ou tous les deux ans selon certaines dispositions légales.

Bien choisir son assurance

Dans le commerce organisé, qui doit souscrire l’assurance ?

Tout dépend de la nature du contrat. Certains franchiseurs peuvent avoir des tarifs préférentiels négociés auprès d’un assureur national pour l’ensemble de leurs franchisés. Si les risques sont très semblables d’un lieu à un autre, les réseaux ont tout intérêt à opter pour ce système. En revanche, en cas de problèmes très ciblés, un assureur local viendra peut-être plus facilement sur place qu’un assureur national. Cependant, pour certaines activités, comme le diagnostic immobilier par exemple, il est tellement cher de s’assurer à titre individuel que les franchisés sont quasi obligés de passer par leur franchiseur.


Quels sont les commerces qui demandent le plus de protection ?

Les activités les plus sensibles au vol sont le prêt-à-porter, la maroquinerie, les jeux vidéo, la parfumerie… Les opticiens sont aussi très touchés actuellement. La vente de boissons alcoolisées, l’épicerie fine haut-de-gamme, la hi-fi et les magasins de photo-ciné-son sont évidemment aussi concernés. Quant à la bijouterie et la fourrure, elles font appel à des assureurs spécialisés sur ce créneau car le risque est particulièrement élevé. Et attention : le vol à l’étalage n’est jamais couvert par les assurances. La protection contre ce risque ne peut se faire que par le recrutement de vigiles.


Quand intervient l’assureur ?

L’idéal est de faire venir son interlocuteur d’assurance au local avant la signature du bail, pour qu’il se rende compte des risques et de la protection existante. Il pourra ainsi proposer un contrat adapté à la réalité des lieux. Et il sera encore temps de ne pas signer le bail si les investissements de protection demandés par l’assurance sont trop importants. Par exemple, l’installation d’une grille pleine métallique peut coûter jusqu’à 30 000 euros, en fonction de la surface de vitrine à protéger…


Quel type de contrat d’assurance choisir ?

Il n’existe pas sur le marché deux contrats identiques. Il est important de choisir des garanties adaptées à ses besoins : des exigences de protection réalistes, une couverture suffisante du fonds de caisse, une extension de garantie pour les transports de fonds vers la banque… Car en l’état actuel de la jurisprudence, tout manquement de l’assuré à une clause du contrat permet à l’assureur de ne pas couvrir un sinistre, quel qu’il soit. Par exemple, si un local est mal protégé contre le vol, une compagnie d’assurance pourrait ne pas avoir à couvrir un sinistre dû à un incendie… Il faut vérifier son contrat ligne par ligne et ne pas se soucier uniquement du coût. D’autant plus qu’il est impossible de donner un prix moyen : les tarifs varient énormément selon le quartier d’implantation, l’activité exercée, la surface à protéger, le niveau de garantie demandée, etc. Surtout, n’hésitez pas à demander des devis à différentes compagnies et à faire jouer la concurrence !
 

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