Compte-rendu

Retour d’expérience du Salon des Entrepreneurs de Lyon 2010

2010-06-30T15:45:00+02:00

30.06.2010, 


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Des initiatives des pouvoirs publics jusqu’aux mesures concrètes que doit prendre chaque porteur de projet ou chef d’entreprise, la 7e édition du Salon des Entrepreneurs Lyon Rhône-Alpes a permis à tous les visiteurs de mieux appréhender l’entrepreneuriat. Tour d’horizon des conférences.

Comment développer l’esprit d’entreprendre : de Singapour à la région Rhône-Alpes

Salon des Entrepreneurs de Lyon 2010
Crédits photo : Salon des Entrepreneurs/ © Driss Hadria
La 7e édition du Salon des Entrepreneurs Lyon Rhône-Alpes s'est tenue les 23 et 24 juin au Centre de Congrès de Lyon.

Les leçons entrepreneuriales de Singapour

Le World Entrepreneurship Forum (WFE) se tient tous les ans pendant 3 jours à Lyon, afin de réfléchir sur l’entrepreneuriat dans le monde. A l’occasion du Salon des Entrepreneurs de Lyon, les membres du forum ont souhaité témoigner sur le modèle de Singapour. Pour Inderjit Singh, membre du gouvernement singapourien et entrepreneur, le développement de l’entrepreneuriat dans son pays résulte de la crise économique asiatique de 1987. « Les Singapouriens ne sont pas des entrepreneurs-nés : le salariat leur convenait très bien. Mais le départ des multinationales nous a obligés à créer nous-mêmes. Nous avons dû passer d’une économie basée sur le capital à une économie basée sur l’innovation », résume-t-il. Pour ce faire, le gouvernement a pris plusieurs mesures : partenariats public-privé, réductions d’impôts et de charges réglementaires, incitations des banques à accorder des prêts, aides aux écoles qui développent des programmes d’entrepreneuriat et subventions aux pépinières afin d’emmener les jeunes pousses jusqu’au stade industriel. Un engagement payant, puisque Singapour est aujourd’hui reconnu mondialement comme l’endroit où il est le plus facile de créer son entreprise !


Les pistes d’amélioration en France

D’après Jean-Louis Brunet, président de Grenoble Angels (association des business angels de Grenoble), les deux aspects essentiels au développement économique d’un pays sont l’innovation et l’entrepreneuriat. « En France, nous n’avons pas à rougir de notre innovation, mais nous devons nous améliorer sur l’entrepreneuriat, considère-t-il. Nous disposons de toutes les briques. Il faut maintenant les organiser, dans une combinaison intelligente entre public et privé. » Michel Coster, professeur d’entrepreneuriat à l’EM Lyon, va plus loin : « Nous savons créer mais nous avons du mal à nous développer, car nous sommes trop attachés au contrôle et à la propriété. Les Français ont un rapport affectif, presque fusionnel avec l’entreprise. Il faut apprendre à lâcher des parts de capital pour gagner en dimension, selon le principe : "plus j’ai de gens compétents autour de moi, plus je vais vite". Un chef d’entreprise a trois rôles : stratégie, management et gouvernance. Notre mentalité doit évoluer en ce sens. »


Les initiatives en Rhône-Alpes

Pour développer son économie, la région Rhône-Alpes a décidé d’accorder un budget substantiel à l’entrepreneuriat. Elle s’est notamment dotée d’outils susceptibles d’aider l’entreprise dans toutes ses phases : création, développement, cession. « La France compte autant de structures d’accompagnement que de variétés de fromages, plaisante Jean-Louis Gagnaire, vice-président délégué au développement économique de la Région Rhône-Alpes. Plutôt que d’en créer de nouvelles, nous avons donc choisi de les fédérer à travers un réseau des réseaux, baptisé Creafil. » La région a aussi décidé de basculer d’un système de subventions à un système plus efficace et moins cher : dispositifs de garantie, prêts d’honneur, avances remboursables… Par ailleurs, le développement des pôles de compétitivité permet de fédérer dans une même filière des entreprises, des laboratoires de recherche et le monde universitaire, afin de soutenir l’innovation. Enfin, l’économie sociale et solidaire représente un peu plus de 10 % des entreprises de la région. « C’est une filière qui se structure et se professionnalise. En période de crise, il faut savoir investir de nouveaux marchés », estime Jean-Louis Gagnaire.

Créer et développer son entreprise : financement, premiers clients, diversification et recrutement

Salon des Entrepreneurs de Lyon 2010
Crédits photo : Salon des Entrepreneurs
Plus de 100 conférences et ateliers ont été organisés autour des différentes thématiques de l'entrepreneuriat.

Financer le démarrage

« Il existe deux écueils dans la création d’entreprise, analyse Arnaud Peyrelongue, directeur du réseau sud-est d’Oséo. Le premier est l’isolement du chef d’entreprise : une création d’entreprise accompagnée double ses chances de réussite. Le second écueil est le sous-financement : même si le créateur estime avoir suffisamment de fonds propres, il est toujours utile de solliciter les banques qui, outre de l’argent, peuvent apporter un regard extérieur sur le projet. » Un avis confirmé par Serge Daupeux, responsable du marché des entreprises à la Banque Populaire Loire et Lyonnais : « Les échanges avec le banquier permettent d’affiner le projet et de bénéficier de conseils utiles : c’est la première personne à convaincre, avant les clients potentiels. Il ne faut pas hésiter à rencontrer plusieurs banques, et même différentes agences d’un même réseau, car les réactions peuvent varier. » En effet, la qualité de la relation humaine entre l’entrepreneur et le banquier est essentielle à la réussite du projet. De manière générale, mieux vaut solliciter des demandes de financement au démarrage, car elles sont plus difficiles à obtenir par la suite. D’où la nécessité de ne pas sous-estimer ses besoins.


Trouver ses premiers euros de chiffre d’affaires

Etre entrepreneur nécessite de la persévérance. Jean-Frédéric Géolier, fondateur et dirigeant de Mille et un repas, a mis 23 mois à signer son premier contrat. « Tant que je n’avais pas de client, je n’avais pas de référence. Les gens veulent toujours être le deuxième client, jamais le premier », regrette-t-il. Pour convaincre, il faut donc être particulièrement attentif à la présentation de son offre, afin de prouver son professionnalisme malgré le manque d’expérience. Pour accompagner les entrepreneurs dans cette phase délicate, Lyon Ville de l’Entrepreneuriat (dispositif lyonnais dédié à la coordination des actions d’appui à l’entrepreneuriat) a lancé la charte « Partenaires pour entreprendre » : en la signant, les grandes entreprises du territoire s’engagent à étudier les offres commerciales de jeunes pousses sélectionnées par la ville. « De même que nous avons à cœur de voir nos enfants décrocher leur premier emploi, il est de notre responsabilité de chef d’entreprise d’aider de jeunes créateurs à trouver leur premier client », témoigne Benoît Soury, PDG de La Vie Claire, signataire de la charte.


Identifier son axe de développement

Bruno Bonnell, ancien fondateur et dirigeant d’Infogrammes/Atari (première société européenne de jeux vidéos) et d’Infonie (première société fournisseur d’accès Internet en France), est depuis 2006 à la tête de Robopolis, leader de la robotique de service en France. Pour lui, « un entrepreneur est un surfeur : il doit prendre la vague au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard ». Mais surtout, ce visionnaire préconise de définir un axe de développement, plutôt qu’un simple produit, afin de donner du souffle au projet d’entreprise. Nicolas Bourgerie, dirigeant-fondateur de Methodia, initialement spécialisé dans le soutien scolaire à domicile, a ainsi identifié que l’essence de son savoir-faire était d’« apprendre à apprendre », ce qui lui permet de se diversifier notamment dans la formation professionnelle. De même, pour Stéphanie Berrahma, fondatrice et gérante de Pinjarra, son activité ne se résume pas au seul porte-bébé en tissu biologique qu’elle a déjà créé, mais peut potentiellement s’étendre à l’ensemble de la puériculture écologique.


Assumer ses responsabilités

Faut-il s’associer ou rester seul maître à bord ? « Il est primordial de savoir s’entourer de personnes de confiance, et surtout, de savoir les écouter », estime Stéphanie Berrahma. Mais attention à ne pas se tromper de partenaires… « Les compétences ne suffisent pas : il est important de partager avec ses associés la même vision de l’entreprise et de veiller à ce que chacun ait son propre territoire d’intervention », conseille Nicolas Bourgerie. Et le recrutement de collaborateurs ? « Pour qu’un projet devienne une entreprise, il faut faire monter à bord des personnes qui vont s’y impliquer dans un rapport salarial. Le risque de devoir licencier plus tard existe toujours, mais il ne doit jamais être un frein », considère Bruno Bonnell. Car la clé réside dans la capacité à se remettre en question et à faire évoluer l’entreprise tout au long de sa vie. « Il faut être conscient de ses responsabilités et ne pas faire l’autruche en cas de difficultés, conclut Nicolas Bourgerie. L’entrepreneuriat demande beaucoup d’opiniâtreté. A chacun de trouver son moteur : le mien, c’est de donner du sens à mon travail. »

Choisir la franchise : quel profil, quel secteur, quelle enseigne, quel délai ?

Profil d’un entrepreneur franchisé

« Le portrait type du franchisé est une personne de 43 ans. Deux sur trois sont des hommes, la moitié a au moins un bac+2 et les trois quarts viennent du secteur privé, généralement dans des fonctions de cadres », énumère Eric Luc, expert-comptable spécialisé en franchise au sein du groupe Fiducial. Leur principal point commun ? L’envie de reprendre leur destin en main en devenant entrepreneur indépendant. Mais attention, certaines qualités demeurent nécessaires : compétences commerciales, sens du management, notions administratives… « Surtout, il faut respecter les couleurs que l’on porte, c’est-à-dire la marque et le savoir-faire de l’enseigne : avoir l’esprit réseau, en somme !», rappelle Eric Luc. « Il est important d’accepter les règles du jeu, malgré l’ego que possède tout chef d’entreprise », insiste Jean-Michel Illien, fondateur du cabinet Franchise Management.


Se renseigner avant de se lancer

Première étape : identifier un secteur. « Il faut avant tout choisir une activité qui vous plaît, et ne pas prendre la rentabilité comme seul moteur, recommande Nathalie Dubiez, responsable franchise et commerce associé de HSBC. Soyez particulièrement vigilants sur les secteurs dits "porteurs" : les fondamentaux de la franchise ne sont pas toujours respectés. » Au moment du choix de l’enseigne, la prudence est donc de mise. « En moyenne, un franchisé reste 15 ans dans un réseau : mieux vaut être sûr de s’entendre avec le franchiseur et les autres membres du réseau !», conseille Jean-Michel Illien. Il est important de ne pas rencontrer que les franchisés recommandés par le franchiseur, ni ceux qui sont les plus proches géographiquement : une véritable enquête s’impose. De même pour l’étude de marché réalisée par le franchiseur, qu’il convient de confronter à de réelles observations de terrain.


Prévoir un financement suffisant

S’il est nécessaire de s’assurer du soutien de son entourage, il est tout aussi utile de solliciter des avis extérieurs sur votre projet : avocat, expert-comptable, banquier… « Il ne faut pas faire l’impasse sur l’avocat, prévient Jean-Christophe Sozza, responsable franchise et commerce associé de BPCE. Un contrat de franchise est très engageant : le candidat doit en vérifier les clauses et être conscient des conséquences. » Le montant des honoraires restera toujours moins cher qu’un échec ! Compte tenu de toutes ces démarches, il faut souvent compter un an entre la décision de devenir franchisé et l’inauguration du point de vente. Attention d’ailleurs à prévoir un financement suffisant pour cette période et celle qui suit : « il est recommandé de ne pas prévoir de rémunération pendant les 6 premiers mois d’activité, afin de ne pas freiner le développement de l’entreprise », préconise Eric Luc.

Les Echos de la Franchise interrogent les franchiseurs
Lors de la plénière intitulée « Franchise et commerce associé : quels sont les modèles et secteurs à succès pour créer son entreprise en 2010 ?», Les Echos de la Franchise ont invité plusieurs experts et franchiseurs à s’exprimer sur leur métier. « Il n’existe pas de bons ou de mauvais franchiseurs et franchisés, a rappelé René Prevost, directeur général franchise de Speedy. Mais il ne faut pas se tromper : un passionné de communication aura peu de marge de manœuvre dans ce domaine au sein d’un réseau comme le nôtre… » Pour Laurence Pottier-Caudron, présidente-fondatrice de Temporis, tout est une question de timing : « un franchisé doit être un bon commercial au démarrage de son activité, et un bon manager pour pérenniser sa structure. Mais toutes les innovations du réseau viennent du terrain : ce sont les franchisés qui les apportent !»

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