Franchises

Recrutement d’entrepreneurs : 40 % des franchiseurs organisent une veille sur leurs salariés

2010-06-01T16:00:00+02:00

01.06.2010, 


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Les réseaux recrutent de plus en plus de franchisés parmi leurs collaborateurs. Parcours de cinq porteurs de projets, Carla Larinier (Au Nom de la Rose), Manuel Lucas (Mikit), Valérie Le Boulch’ et Anne Lis (Cache-Cache), Laurence Urenia (In&Fi).

Veille auprès des salariés
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"40 % des franchiseurs repèrent en amont les collaborateurs qui ont une fibre entreprnariale"

Etape 1 : Découvrir le concept et le réseau

Cadre protecteur du salariat

Qu’ils soient recrutés par l’enseigne ou par un franchisé, qu’ils soient diplômés ou non du secteur d’activité, les futurs porteurs de projet peuvent s’initier au monde de la franchise dans le cadre protecteur du salariat. Ces premières années sur le terrain leur permettent de mesurer leur appétence pour le métier mais aussi pour le concept de l’enseigne.


Un environnement porteur

Bonne nouvelle pour les salariés des réseaux de franchise : les enseignes s’intéressent de près aux porteurs de projet issus de leurs rangs, fins connaisseurs de l’identité et des exigences de l’enseigne. « Aujourd’hui 40 % des franchiseurs font même la démarche de repérer en amont les collaborateurs qui ont une fibre entrepreneuriale », confirme Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération Française de la Franchise. Car, au-delà de la volonté de favoriser l’ascension sociale de leurs employés, « c’est également pour eux un mode de recrutement moins coûteux », précise la déléguée générale de la FFF.


Croissance rapide

Intégrer une succursale est une des voies les plus porteuses pour lancer sa carrière dans un réseau. Lorsque Carla Larinier pousse, au début de l’année 1995, la porte de la boutique d’Au nom de la rose, rue Tournon à Paris, elle n’a sûrement pas encore en tête ce projet. Fraîchement diplômée d’un CAP de fleuriste, elle est salariée chez un indépendant. « Je suis tombée en arrêt devant la vitrine car j’ai adoré le concept », se rappelle-t-elle.
Embauchée en mai, dans la boutique de la rue Victor Hugo, elle devient responsable du magasin l’année suivante. En l’espace de 5 ans, elle apprend sur le terrain le management dans ce qui devient l’un des plus gros points de vente de l’enseigne. Cinq salariés à encadrer et des comptes à rendre à la direction lors des réunions mensuelles… « Les objectifs de résultats, de fréquentation, de panier moyen étaient très élevés mais nous les avons toujours atteints », souligne-t-elle.


Carrière bâtie à la force du poignet

Manuel Lucas, lui, a fait ses armes aux côtés d’un franchisé Mikit de Choisy-le-Roi (94). Tout a commencé à Domexpo où il cherche un constructeur pour sa maison. Au gré de l’avancement du chantier, il découvre le concept de l’enseigne. « Le métier m’a tout de suite plu », raconte-t-il. En janvier 1995, il déballe ses cartons dans sa toute nouvelle maison et fait quelques mois plus tard ses cartons au travail.
Licencié économique dans le secteur de la métallurgie, Manuel Lucas opte alors pour la reconversion dans la construction individuelle qui l’attire tant. Mais il a tout à apprendre. Il suit une formation de technique de vente commerciale puis se lance à la recherche de premiers clients… « Au début, on essuie des échecs commerciaux. Mon erreur au départ était de vouloir faire plaisir aux clients. Il faut savoir dire non quand les projets sont impossibles. » Dix-huit mois plus tard, il se trouve à nouveau sans emploi suite au déménagement de son patron. « Il m’a proposé de le suivre en province mais j’ai voulu rester à Choisy. J’ai alors décidé de reprendre son agence. »


En tête-à-tête dans une agence

Laurence Urenia, elle aussi, était une « petite bleue » lorsqu’elle découvre In&FI, le réseau de courtage en crédits aux particuliers. Après une carrière dans le contrôle de gestion puis les ressources humaines, elle intègre en février 2007 la toute nouvelle agence d’Etampes (91). « J’ai tout de suite été intéressée par l’aspect social du métier. J’en ai rapidement compris les clefs car j’ai longtemps été cadre en entreprise », rappelle-t-elle. Elle traite ses premiers dossiers aux côtés de la gérante dans une ambiance de « saine émulation ». « Un an plus tard, nous avons été classés dans le top 10 des agences les plus performantes du réseau », affirme-t-elle.

Etape 2 : Gagner ses galons auprès du franchiseur

Performances et/ou investissement

Une fois assurés de leur volonté de poursuivre leur carrière au sein du réseau, les salariés doivent attirer l’attention des dirigeants de l’enseigne. Deux voies s’offrent alors à eux : réaliser de bonnes performances dans l’unité ou s’investir dans la vie du réseau. Voire cumuler les deux.


 Fleurissement d’initiatives

Les performances de la boutique Au nom de la rose de la rue Victor Hugo et les idées de Carla Larinier ne manquent pas d’attirer l’attention de la direction de l’enseigne. Elle milite, entre autres, pour l’introduction du muguet dans les bouquets pour le premier mai et la confection de centres de table pour les mariages. Ses contributions à l’enrichissement du concept lui valent d’être promue directrice de l’exploitation en 2001.
Pendant 5 ans, de 8 à 20 heures, elle fait le tour des points de vente pour former les franchisés et vérifier que le concept est bien respecté. « Je n’avais que 24 ans et c’est la première fois qu’on me faisait confiance », souligne-t-elle. Avec la naissance de son enfant, Carla Larinier a envie de redevenir responsable de magasin. Même si cela représentait un « retour en arrière ». « Je suis revenue à la boutique de la rue de Tournon, poursuit-elle. Je suis également devenue responsable d’une nouvelle unité, Place Monge. »


Valérie Le Boulc’h, Cache-Cache
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Valérie Le Boulc’h, Cache-Cache.

Parties de cache-cache

La mobilité interne, Valérie Le Boulc’h aussi en a bénéficié. Elle est embauchée en 1997 comme vendeuse dans la boutique franchisée Cache-Cache de Carhaix (29). Son patron la nomme responsable du magasin en 1999 puis, en 2006, superviseuse de ses 10 boutiques affiliées du groupe Beaumanoir, sous enseigne Bonobo, Cache-cache et Patrick Bréal. « J’ai occupé 12 ans ce poste, tout en restant responsable du magasin de Carhaix », précise Valérie Le Boulc’h. De son côté, dans le Nord Pas-de-Calais, Anne Lis intègre la succursale Cache-Cache de Douai (59) comme responsable de magasin avant d’être mutée à Flers-en-Escrebieux (59). Repérée par le directeur régional, elle effectue des missions dans certains magasins. « Je vérifiais le merchandising, le rangement du magasin, je formais ou reformais les filles sur les étapes de la vente et de l'organisation général du magasin. »


Franchiseur intuitif

A peine avait-elle mis un pied au siège que Laurence Urenia a attiré l’attention du courtier en crédits In&FI. « Le formateur m’a dit que, compte tenu de mon parcours d’analyste financière, j’avais plutôt un profil de responsable d’agence. Ce qui évidemment, du point de vue du franchiseur, semblait intéressant pour un éventuel projet d’ouverture à terme. Mais j’ai préféré commencer par un poste de salariée en agence pour découvrir ce nouveau métier et savoir s’il me conviendrait dans la durée. » Elle est vite fixée. Passionnée par cette profession émergente en cours de réglementation, elle multiplie les contacts avec les autres franchisés et le siège, à l’occasion des formations.


Emmanuel Grenier, Midas France
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Emmanuel Grenier, Midas France

Franchiseur proactif

40 % des franchiseurs cherchent de leur propre initiative des talents chez leurs salariés. Midas, réseau de réparation automobile, met les bouchées doubles. Et pour cause : l’enseigne, née en 1978, verra 15 % de ses franchisés partir à la retraite dans les 3 années à venir. Aujourd’hui, plus de 10 % des actuels franchisés sont issus de leurs rangs. Et le groupe entend bien favoriser cette évolution. « Quand un franchisé s’approche de la retraite, nous l’incitons à identifier un numéro 2 dans l’équipe pour l’accompagner dans la reprise du centre. L’idée est de leur donner peu à peu plus de responsabilités, de les initier à des tâches administratives. Ils peuvent aussi racheter petit à petit des parts de l’entreprise », détaille Emmanuel Grenier, responsable du recrutement.

Etape 3 : Apprendre le métier de patron

Réalité de l’indépendance

Se lancer en tant qu’indépendant réclame des qualités spécifiques. Malgré l’expérience de leurs salariés, les réseaux préfèrent souvent leur faire suivre des formations et les accompagner dans la création ou la reprise d’une unité. Désormais seuls maîtres à bord, les nouveaux franchisés doivent affronter la réalité de l’indépendance.


Chantal Zimmer, déléguée générale de la FFF
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Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération Française de la Franchise.

Epauler le porteur de projet

« La franchise est un véritable ascenseur social. Pépinières, contrat de location-gérance, participation dans le capital… les enseignes aident leurs salariés à se lancer en indépendants », affirme Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération Française de la Franchise.
Anne Lis a bénéficié pour l’ouverture de son magasin de l’accompagnement proposé par Cache-Cache à ses salariés. « Le directeur de l’enseigne est venu me voir dans le Pas-de-Calais pour discuter de mon projet de commission-affiliation. » Il a donné son feu vert. Au-delà de la formation en gestion, comptabilité et management, la tête de réseau épaule Anne Lis dans sa recherche de local. « La direction a trouvé un point de vente à Saint-Pol-sur-Ternoise et fait une étude de marché pour s’assurer de la viabilité de l’implantation. » En août 2009, elle ouvre ses portes.


Encadrement

Si les formations sont parfois allégées, le statut de collaborateur ne dispense pas du processus d’intégration des nouveaux franchisés. Chez le réparateur automobile Midas, les compétences acquises en tant que salarié sont essentielles. Mais ne se suffisent pas à elles-mêmes.
Tous les nouveaux franchisés doivent ainsi suivre une formation de 6 semaines pour apprendre les bases de la gestion des achats et des flux. « Nos collaborateurs ont une légitimité technique mais pas forcément de compétences managériales, souligne Emmanuel Grenier, responsable du recrutement. Ils sont également envoyés dans des centres qu’ils ne connaissent pas pour mieux appréhender la réalité sur le terrain. »


Carla Larinier, Au nom de la Rose
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Carla Larinier, Au nom de la Rose.

Gestion raisonnée

Après 12 ans de bons et loyaux services, Carla Larinier a senti qu’elle ne pourrait pas progresser plus en tant que salariée : « Le directeur a compris qu’il fallait me faire une proposition pour me dissuader de quitter l’entreprise. » Heureuse coïncidence, Au Nom de la Rose prévoit d’implanter un nouveau point de vente à Issy-les-Moulineaux (92). La solution est dès lors toute trouvée.
L’enseigne remet les clefs de la toute nouvelle boutique à Carla Larinier. Les droits d’entrée sont légèrement revus à la baisse. Malgré son ancienneté, l’ex-responsable de magasin doit, elle aussi, suivre une formation de 2 jours pour apprendre à organiser les commandes et les livraisons. Mais devenir patron c’est également gérer au plus juste les stocks. « J’ai toujours aimé avoir des étagères de produits dérivés, comme les bougies parfumées, bien garnies. Je commandais aussi beaucoup de roses pour avoir un magasin plein. Aujourd’hui, je me montre plus économe ! »


Suivre les dossiers de A à Z

Pour Manuel Lucas, qui n’a que 18 mois d’ancienneté en tant que commercial dans le réseau et quelques sessions de formation, les débuts à la tête de l’agence Mikit de Choisy-Le-Roi sont éprouvants. Il ne s’agit plus uniquement de vendre des maisons mais également de suivre les chantiers, gérer les relations avec la direction départementale de l’équipement, choisir les artisans avec qui travailler. « Je me suis fixé l’objectif de construire et réceptionner un pavillon dès le premier exercice. En octobre 2008, je me suis lancé dans la prospection de clients puis dans la production. » Pari réussi. Six mois après son lancement, il embauche deux collaborateurs.
De son côté, Laurence Urenia, toute nouvelle franchisée In&Fi, doit, elle aussi, se constituer un portefeuille de clients. Elle quitte l’Ile-de-France et choisit Montpellier pour implanter son agence en courtage de crédits. « Il y a avait des agences fraîchement créées dans l’Hérault mais aucune dans cette ville de 250 000 habitants. C’est un vrai challenge de démarrer sans relationnel. J’ai mis 3 mois à créer des contacts avec des clients et des banques. » Son expérience à Etampes lui a permis de gagner un an sur le développement de l’agence.
 

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