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Ascenseur social : comment les salariés d’une enseigne deviennent associés d’un groupement

2010-06-01T16:30:00+02:00

01.06.2010, 


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Au-delà d’une volonté managériale de favoriser la promotion de leurs collaborateurs, les enseignes du Commerce associé recherchent activement parmi leurs salariés des repreneurs d’entreprise. 6 300 places sont à (re)prendre dans les 5 ans.

Promotion des salariés par la veille
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Pour être repéré par leur patron et leur groupement les salariés doivent d'abord faire leurs preuves en magasin.

Etape 1 : Se construire une solide expérience

Ascenseur social

Pour être repéré par leur patron et le groupement, les salariés doivent d’abord faire leurs preuves en magasin. C’est-à-dire accéder à des postes à responsabilité et acquérir le savoir-faire nécessaire à leur projet de création ou de reprise. Cet ascenseur social est d’autant plus facilité que les groupements leur apportent un soutien technique et financier.


6 300 opportunités en transmission

Avis aux entrepreneurs : les réseaux du Commerce associé recrutent. D'ici à 5 ans, ce ne sont pas moins de 6 300 nouveaux dirigeants de points de vente que les groupements devront dénicher. Actuellement, 60 % des créateurs ou repreneurs sont d'anciens salariés des groupements.
Et pour cause : « L’ascenseur social est pour nous une véritable philosophie », explique Guy Leclerc, président de la Fédération des enseignes du Commerce Associé (FCA). Une vision que partage également Bernard Cadeau, président du réseau immobilier Orpi : « Nous encourageons ce parcours pour fidéliser nos collaborateurs et leur offrir des perspectives de carrière. »


Vocation : patron

Nombre de jeunes diplômés caressent dès leur sortie de l'école l'ambition de se mettre à leur compte. Mais il leur faut d'abord faire leurs armes en tant que salariés. C’est peut-être parce que six kilomètres seulement séparent les boutiques Optic 2000 de Hélène Maatouk et Matthieu Pourcher que ces opticiens ont un parcours professionnel aussi ressemblant. Embauchés comme « simples vendeurs », ils gravissent très rapidement les échelons, l’une à de Croissy-sur-Seine (Yvelines) et l’autre à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).
En 1997, Hélène Maatouk commence à mi-temps puis se voit rapidement confier de plus en plus de responsabilités. Au point qu’elle assume, à l’exception des achats, l’ensemble des activités de la boutique : l’accueil des clients, la vente et les commandes des montures. « Dès ma sortie du BTS, j’ai eu envie de devenir mon propre patron. J’ai patienté car je savais que le propriétaire allait céder le magasin. »
De son côté, après un contrat de qualification, Matthieu Pourcher fait aussi ses preuves en tant que vendeur puis responsable de magasin. « De 2000 à 2004, je suis passé par tous les postes : montage, gestion des stocks, vente. J’ai appris à connaître les médecins, la clientèle, les collaborateurs pour finalement devenir le bras droit du propriétaire du magasin », raconte l'opticien.


Ludovic Buisson, Hyper U.
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Ludovic Buisson, Hyper U.

Commerçant dans l'âme

Diplômé d’une école de commerce, Ludovic Buisson a commencé sa carrière comme chef du rayon liquide en grande distribution alimentaire avant de devenir directeur de magasin de bricolage, à Beauvais (Oise). Cette réorientation multiplie ses chances d'avoir à terme son propre établissement, en raison d’investissements moins lourds.
Mais Ludovic Buisson reste attaché à l’alimentaire. « J’aime la pluralité des métiers, la gestion des produits frais, le non-alimentaire, les produits de grande consommation et la station-service. Une association de métiers riche qui n’existe pas dans le bricolage. » Il décroche un poste de manager de département dans l'Hyper U de Challans, en Vendée. « Le patron du magasin m’a tout de suite fait confiance, se rappelle-t-il, ému. Il m’a proposé un an après mon arrivée de devenir directeur d'un second magasin, qu’il comptait transférer à Olonne-sur-Mer ». Une expérience plus qu’enrichissante pour le jeune manager : le point de vente gagne 1 500 m² au passage.


Tout à découvrir

Quant à Stéphanie Génoüel, elle est une autodidacte. Elle est embauchée en 1987 dans la boutique La Guilde des Orfèvres de Fougères (Ille-de-Vilaine), alors qu’elle commence des études de cuisine. « A l’époque, dans les milieux modestes, on achetait des bijoux pour les grandes occasions comme les baptêmes, les communions, les mariages. Travailler dans une telle boutique était pour moi un rêve inaccessible. »
Quelques mois plus tard, elle troque définitivement les casseroles pour les bijoux. «  A cette époque, on avait le temps de se former sur le terrain, estime-t-elle. Ce métier demande des connaissances spécifiques sur l’or, la provenance et les critères de qualité des pierres précieuses. » Peu à peu, elle devient polyvalente, assure l’accueil des clients puis la gestion des stocks et des achats quand son patron part en congé. « J’ai acquis plus de responsabilités avec l’informatisation de la boutique en 2000. »

Etape 2 : Préparer le passage de relais

O D'abrigeon, N. Fromentin, Julien Dorcel
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Olivier D’Abrigeon et Nathalie Fromentin, Julien Dorcel

Transmission de savoir-faire

Implantée à Aubenas (Ardèche), dans une boutique Julien Dorcel, Nathalie Fromentin a suivi une carrière de bijoutière on ne peut plus classique. Embauchée comme vendeuse en 1999 par Olivier D’Abrigeon, elle devient responsable du magasin en 2005. Dans la boutique, le duo fonctionne à merveille : cogestion des stocks, de l’accueil de la clientèle et du management. « Un jour, il m’a annoncé qu’il cherchait à vendre la boutique. Je lui ai immédiatement fait part de mon envie de la reprendre. »
Dès lors, il la forme sur les aspects les plus techniques du métier, comme le diagnostic sur la transformation ou la réparation des bijoux. Parallèlement, depuis quelques années déjà, c'est elle qui se rend au salon des bijoutiers à Lyon et aux assemblées générales. Elle y tisse des liens forts avec des responsables de la centrale. Aussi à l'heure de l'examen de son projet de reprise, avec l’appui de son patron, la commission d'affiliation accepte son dossier sans difficulté.


Légitimité pour reprendre le flambeau

A Fougères, la patronne de La Guilde des Orfèvres anticipe elle aussi la cession de sa bijouterie. Employée depuis 1987 dans la boutique, Stéphanie Génoüel a toute la légitimité pour reprendre le flambeau. « Je participais à la gestion du stock, à l’organisation de la vitrine et au service après-vente. Il m’a fallu devenir très pointu car les clients sont très avertis par les moyens de communication comme internet. Il ne faut pas qu’ils en sachent plus que nous ! » Un responsable de la centrale vient constater la qualité de son travail. Et en 2007, c’est elle qui se déplace à Paris pour parler stratégie de l’enseigne avec les responsables de magasin et les propriétaires du groupement. Elle se rend également régulièrement aux salons professionnels.


Parrainage

Du côté du Super U d’Olonne-sur-Mer, un nouveau chantier démarre. Le point de vente gagne encore 1 000 m². L’été, Ludovic Buisson recrute à tour de bras. Il manage jusqu’à 140 employés et détermine la politique commerciale de l’établissement. L’envie de devenir chef d’entreprise le taraude de plus en plus.
Mais la transmission n’est pas à l’ordre du jour à Olonne. « Mon patron ne comptait pas vendre son magasin mais il est devenu mon parrain. Il m’a apporté une caution morale, technique et financière pour m’aider à me lancer ». Peu à peu, il lie connaissance avec des responsables de la centrale puis, fort du soutien de son employeur, se présente devant la commission qui le valide en 2006 comme postulant. Désormais chercheur officiel de magasin, il se met en quête d’un établissement à reprendre.


Seul maître à bord

Dans la boutique Optic 2000 de Saint-Germain-en-Laye, Matthieu Pourcher rapidement bénéficié d’une grande autonomie. « Je me suis montré impliqué et motivé dès le début. Mon patron a commencé à lever le pied 4 ans avant son départ. Il aurait pu trouver quelqu’un à l’extérieur, mais me garder lui a permis de partir sereinement. Bref, chacun y trouvait son compte. » Matthieu Pourcher a dû toutefois montrer patte blanche à la centrale où les quelques formations qu’il y a suivi ne lui ont pas laissé le loisir de se créer un véritable réseau.

Etape 3 : Devenir son propre patron

S’approprier le métier

Pour peu que leur projet soit sérieux et leur profil convainquant, les futurs chefs d’entreprise peuvent compter sur l’appui du groupement. Charge à eux cependant de faire tourner leur affaire au quotidien. Un véritable métier auxquels des salariés doivent s’approprier.


Guy Leclerc; FCA
Crédits photo : Droits Réservés, FCA
Guy Leclerc, président de la Fédération des enseignes du Commerce Associé (FCA).

Tous à la même enseigne

Les anciens salariés d'une enseigne du Commerce associé bénéficient d’aides concrètes de leur directeur de magasin et de leur centrale pour se lancer.          « Chaque groupement apporte une aide à travers le financement ou le parrainage. Il investit, prend des risques mais on assiste rarement à des dépôts de bilan. C'est pourquoi les banques suivent les porteurs de projet », explique Guy Leclerc, président de la Fédération des enseignes du Commerce Associé (FCA).
Mais leur statut de salariés ne les place pas au-dessus des autres créateurs ou repreneurs d'entreprise. « Nos collaborateurs sont volontaires et ont du talent, avertit Bernard Cadeau, président du réseau Orpi. Mais il n’y a pas de passe-droit, avertit-il. Il faut des compétences, attestées par leur patron et une carte professionnelle délivrée par la préfecture. »


Solidarité financière

A l’heure de reprendre le magasin Julien Dorcel d’Aubenas, Nathalie Fromentin ne dispose pas d’un apport suffisant pour acquérir à la fois le fonds de commerce et un stock suffisant pour démarrer l’activité. La seule solution : obtenir un prêt. Mais les banques se montrent frileuses. « Olivier D’Abrigeon m’a immédiatement proposé de me céder le stock petit à petit pour montrer la confiance qu’il m’accordait. » Cet engagement de son patron permet à Nathalie Fromentin de décrocher son financement.
Pour Stéphanie Genouël, c’est l’appui de la centrale de la Guilde des Orfèvres qui a été déterminant. La notoriété du groupement lui a permis de négocier des délais de paiement avec les fournisseurs pour constituer son premier stock.


Manque de fonds

Chez Système U, Ludovic Buisson est lui aussi confronté à un manque de fonds. Il vend sa maison, fait un tour de famille et trouve un arrangement financier avec la propriétaire du magasin de Marans (17) qu’il s’apprête à reprendre. « Elle m’a vendu 51 % des parts, il y a 2 ans. J’aurai totalement acquis le magasin dans 4 ans ». Et sa nouvelle associée ne s’arrête pas là. « Elle m’a déroulé un tapis rouge. Elle m’a présenté aux élus, aux associations. » Un appui sans lequel il n’aurait peut-être pas mené à bien son projet de reconstruction du magasin qui accueille aujourd’hui un coiffeur, une pharmacie et un opticien.
L’inauguration en avril 2009 n’a pas sonné l’heure des vacances pour Ludovic Buisson qui doit gérer, en plus du supermarché, les relations avec le salon de coiffure, la pharmacie et le magasin d’optique de la toute nouvelle galerie marchande. « Depuis que je suis patron, je dors encore un peu moins bien qu’avant », plaisante-t-il.


Dur labeur du manager

Hélène Maatouk a choisi de s’associer avec une amie pour reprendre la boutique Optic 2000 de Croissy-sur-Seine (Yvelines). Reprendre le magasin à deux leur a permis d’alléger la charge financière et dégager du temps pour s’occuper de leur famille respective. Au final, rien n’a réellement changé dans le travail au quotidien. Si ce ne sont les tracas courants qu’un chef d’entreprise doit gérer au jour le jour. « Il y a des hauts et des bas, reconnaît-elle. Nous devons gérer la démission d’un employé. Sans parler de la climatisation en panne depuis un an. »
A Fougères (35), chez La Guilde des Orfèvres, Stéphanie Genoüel apprend le dur métier de manager. Elle navigue, pour ainsi dire, à vue malgré les trois jours de formation. « Je ne sais pas déléguer. Heureusement mon mari travaille en entreprise. Il me dit ce qui se fait… ou pas ». Matthieu Pourcher, propriétaire du magasin Optic 2000 de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), se montre plus sûr de lui. « Depuis mon arrivée au magasin, j’ai occupé tous les postes : montage, stock, vente. Je connais le rythme, la productivité que chacun de mes 5 employés peut avoir, ce qui facilite le management. »
 

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